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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 02:00

 

 

Voici un troisième papier de Robert Parry, un des plus célèbres et respectés journalistes d’investigation américains. C’est lui qui a révélé l’affaire du financement des Contras en 1985…

Robert Parry

Alors que l’enquête concernant le crash du vol Malaysia Airlines MH17 vient seulement de commencer, le gouvernent Obama et les médias US ont vendu au monde une version inculpant le président russe Vladimir Poutine. John Kerry se faisant le promoteur de cette opération.


Le secrétaire d’état, John Kerry, prétend que comme ancien procureur, il sait qu’il dispose d’un dossier solide contre les rebelles de l’Est de l’Ukraine et leurs soutiens russes pour les condamner d’avoir abattu jeudi dernier le vol MH17de la Malaysia Airlines, et cela même sans les bénéfices d’une enquête officielle.

John Kerry

Tout au long de ses cinq apparitions au cours de différents talk-shows de dimanche, Kerry a fait ce qu’un juge condamnerait à coup sûr comme : « porter atteinte à l’affaire » ou « influencer le jury ». En effet, le secrétaire d’état a rendu un « procès » équitable quasiment impossible, ce qui conduirait tout barreau à engager une procédure d’exclusion contre le procureur Kerry.


Mais ce qu’a fait Kerry est bien pire. Il a essentiellement imposé le résultat d’une enquête qui risque de conduire le monde dans une nouvelle et dangereuse Guerre Froide. Avec sa didactique – tout raconter rien montrer – de présentation de « preuves », Kerry a rendu impossible toute évaluation objective des preuves actuelles, que ce soit pour les enquêteurs du gouvernement américain et même pour beaucoup de représentants officiels des institutions internationales dont les emplois dépendent souvent de la bonne volonté des États Unis. 

Si vous étiez, disons, un analyste du renseignement américain passant au crible les éléments de preuve et trouvant que certaines pistes sont parties dans une mauvaise direction, allant à l’encontre de l’armée ukrainienne, par exemple, vous pourriez retenir vos conclusions sachant que contredire de hauts fonctionnaires qui ont déjà prononcé le verdict pourrait être dévastateur pour votre carrière. Il serait beaucoup plus évident d’enterrer à six pieds sous terre toutes preuves contradictoires.

En effet, une des leçons de la désastreuse guerre en Irak était le danger de l’obligation de penser comme les Officiels de Washington. Lorsque les plus hauts fonctionnaires ont indiqué clairement l’issue qu’ils souhaitent pour une investigation, les employés de niveau intermédiaires se démènent pour rendre leurs patrons heureux.

Si Kerry se souciait de trouver la vérité sur cette tragédie qui a coûté la vie à 298 personnes, il aurait simplement indiqué que l’enquête ne faisait que commencer et qu’il serait erroné de spéculer sur la base des quelques bribes d’information disponibles. Au lieu de cela, il n’a pas résisté à établir un récit qui – aux yeux du monde – accuse le président russe Vladimir Poutine d’être la partie coupable.

La prestation télévisée de Kerry rappelle sa hâte de juger et de blâmer le gouvernement syrien pour une toujours mystérieuse attaque au gaz sarin le 21 août dernier. Dans les deux cas, le secrétaire d’État coud ensemble des preuves indirectes par la grâce du refrain répété, « nous savons. »

Toutefois, dans le cas de la Syrie, la plupart de ce que Kerry a affirmé «connaître» s’est avéré être faux par la suite. Pourtant, en s’appuyant sur ces « preuves » inattaquables, Kerry a poussé les États-Unis au bord d’une campagne de bombardement massive avant que le président Barack Obama ne recule et – avec l’aide du président Poutine – atteigne un compromis qui a permis d’éviter une autre guerre des États-Unis et d’obtenir de la Syrie de rendre la totalité de son stock d’armes chimiques. Pour plus de détails, voir Consortiumnews.com “le triste cercle de John Kerry pour tromper.”

Mais Kerry apparemment n’a retenu aucune leçon ni du fiasco syrien, ni d’avoir été dupé par le président George W. Bush en 2002 sur les ADM (armes de destruction massives) inexistantes de l’Irak, ni du motif de tromperies du gouvernement américain qui a expédié lui et des millions d’autres jeunes Américains dans les jungles du Vietnam dans les années 1960.  Pour en savoir plus à ce sujet, voir Consortiumnews.com “Quel est le problème avec John Kerry ?

De retour sur ses grands chevaux

Ce dimanche, Kerry remontait de nouveau sur ses grands chevaux, chargeant au-delà des limites d’une quelconques preuve sérieuse ou d’une enquête pour ne laisser que peu de doute sur qui devrait être reconnu coupable au sujet du vol MH17 de la Malaysia Airlines, abattu par un missile au-dessus de l’est de l’Ukraine. Bien que l’un des suspects naturels soit l’armée ukrainienne, Kerry n’a parlé que des « rebelles » ethniques russes et de Moscou.

Lors de son passage sur « Rencontre avec la presse » sur la chaine TV NBC avec David Gregory, Kerry a dit :

Permettez-moi de vous dire ce que nous savons à ce stade, David, car cela vous en dit beaucoup sur ce qui se passe. Dans le dernier mois, nous avons observé d’importants mouvements de matériels.

Il y a plusieurs semaines, un convoi d’environ 150 véhicules, y compris des transports de troupes blindés, des chars, des lance-roquettes, artillerie, tout cela est entré et a été transféré aux séparatistes. Nous savons qu’ils ont eut un système SA-11 à proximité quelques heures avant que l’avion ne soit abattu. Il y a des enregistrements sur les réseaux sociaux de cela. Ils parlaient, et nous avons les interceptions de leurs conversations où ils parlent du transfert, du mouvement et du repositionnement du système SA-11.

Les réseaux sociaux les montrent avec ce système se déplaçant dans la zone même où nous croyons que le tir a eu lieu dans les heures avant que cela n’ait lieu. Sur les réseaux sociaux – qui sont des outils extraordinaires, de toute évidence, dans tout cela – ont été postés les enregistrements d’un séparatiste se vantant d’avoir abattu un avion, juste après que cela se soit passé.

Le ministère de la défense, soit disant auto-proclamé de la République Populaire de Donetsk, M Igor Strelkov a effectivement  posté une déclaration sur les réseaux sociaux se vantant d’avoir descendu un transport de troupe. Et ensuite quand il est devenu évident qu’il s’agissait d’un avion civil, ils ont rapidement retiré ce post. Nous…

David Gregory

Etes vous en train d’insinuer ici que la Russie a fournie l’arme ?

Kerry

Il y a une histoire aujourd’hui qui confirme cela, mais nous n’avons pas au sein du gouvernement fait notre décision. Mais c’est assez clair si – il y a une accumulation extraordinaire de preuve indirectes. je suis un ancien procureur. J’ai conduit des accusations sur des preuves indirectes, elles sont solides ici.

Mais plus important encore, nous avons récupéré les images de ce lancement. Nous connaissons la trajectoire. Nous savons d’où il vient. Nous connaissons le déroulement, et c’était exactement au moment où cet avion a disparu de l’écran radar. Nous savons aussi par identification de la voix que les séparatistes se sont vantés de l’avoir abattu après…

Gregory

d’accord

Kerry

Il y a donc un empilement de preuves ici que la Russie a apporter son aide. Nous ne sommes pas en train de tirer la conclusion finale ici, mais il y a beaucoup de choses qui montrent que la Russie doit nécessairement être le responsable. Et ce que le président Obama croit et nous, la communauté internationale, se joint à nous, tous, tout le monde est convaincu que nous devons avoir un accès illimité. Et le manque d’accès – le manque d’accès, David, vaut sa propre déclaration sur la culpabilité et la responsabilité.

Pourtant, comme dans le cas de la Syrie, Kerry n’a présenté aucune preuve vérifiable détenue par le gouvernement des États-Unis, pas d’images du convoi de 150 véhicules, pas de support pour les revendications sur les rebelles qui possèdent le système SA-11 Buk (au-delà des allusions aux « réseaux sociaux » ), aucune information contradictoire sur les systèmes Buk possédés par l’armée ukrainienne, aucun effort pour permettre à des explications contraires pour les observations faites au cours de la confusion qui a suivi l’accident dans une organisation rebelle désorganisée qui a un commandement faible et sans contrôle,pas de demandes de coopération au régime de Kiev.

En outre, il n’y a aucune explication de pourquoi les déclaration de Kerry sont en contradiction avec des déclarations publiques de personnel militaire US de haut rang. Par exemple, Craig Whitloc du Whasington Post a raporté samedi les propos du général de l’US Air Force, Philip M Breedlove, commandant des forces de l’OTAN en Europe, qui indiquait que le mois dernier « nous n’avons encore vu aucun véhicule de défense anti-aérienne [russe] traverser la frontière »

Whitlock a également rapporté que le contre-amiral John Kirby, l’attaché de presse du Pentagone, a déclarié que la Défense n’avait aucun élément de preuve spécifique permettant d’indiquer qu’un système de missiles sol-air SA-11 aurait été transporté de Russie dans l’est de l’Ukraine.

Bien sûr, le seul scepticisme exprimé par Gregory NBC n’a été que pour savoir pourquoi l’administrationObama n’avait pas sauté à la conclusion de culpabilité russe encore plus vite. Au lieu de citer les informations contradictoires dans l’article de Whitlock, Gregory a cité un éditorial du Post belliqueux.

Gregory :

L’éditorial du Washington Post de ce week-end écrit que ce qu’il manquait dans les commentaires du président quand il a parlé ce vendredi était une conclusion morale claire sur le régime de Vladimir Poutine ou une articulation de la façon dont les États-Unis vont réagir. Qu’en est-il ? Traiter Vladimir Poutine de ce qu’il est. Quelle est la menace qu’il représente lui et la Russie pour les États-Unis et l’Occident ?

Comme la réponse de Kerry n’était pas assez béliqueuse, Gregory l’y pousse :

Mais je détecte dans vos mots, Monsieur le Secrétaire d’Etat, une certaine réticence a faire de cela un affrontement l’un contre l’autre. Vous voulez donnez à la Russie un peu plus de place ici. mais il reste la question des conséquences

Reportage à charge

Ihor Tenyukh – Svoboda
Ministre de la Défense Ukrainien

Rien aussi dans l’interview sur la responsabilité partagée de cette salle guerre civil qui a saisie l’Ukraine; rien sur le soutien téméraire des États-Unis à l’égard de groupe néo-nazi utilisé pour le renversement du président élu Viktor Ianoukovitch, le 22 février, un jour seulement après avoir signé un accord avec trois pays européens pour réduire ses pouvoirs et organiser des élections anticipées. Au lieu de soutenir cet accord, le Ministre des affaires étrangère John Kerry a immédiatement soutenu le régime putschiste comme «légitime».

Bien que la réalité Ukraine soit complexe et sombre – avec à blamer des deux côtés – le récit officiel de Washington a été en noir et blanc: les Ukrainiens de l’Ouest, incluant un nombre important de néo-nazis qui font remonter leur idéologie au collaborateur nazi Stepan Bandera, sont les bons et les Russophones de l’Est de l’Ukraine sont les méchants, avec Vladimir Poutine le plus méchant des méchants.

Un journaliste moins biaisé que David Gregory aurait demandé à Kerry s’il pensait que le nouveau président de l’Ukraine Petro Porochenko a été sage en mettant fin à un cessez-le-feu partiel à la fin Juin et en lançant une offensive brutale contre les villes et les villages des rebelles à l’est de l’Ukraine. Ce combat était le contexte qui a permit que l’avion de la Malaysia Airlines soit abattu.

Mais la question immédiate et pressant devrait être de déterminer qui a tiré le missile qui a abattu l’avion. En effet, si la Russie a fourni imprudemment aux rebelles cette arme anti-aérienne, celui qui a approuvé ce transfert devrait être tenu responsable avec les rebelles qui ont tiré, même si le Boeing 777 a été identifié à tort comme un avion militaire.

De même, si des éléments de l’armée ukrainienne ont tiré le missile – pensant sans doute que l’avion était un avion de reconnaissance russe sur le chemin de retour vers la Russie – alors une enquête approfondie doit déterminer qui dans cette chaîne de commandement était responsable.

Des images satellites indiquent que la batterie de missiles était sous le contrôle des troupes du gouvernement ukrainien

J’ai été informé par une source qui a été informé par des analystes du renseignement des États-Unis que des images satellites indiquent que la batterie de missiles était sous le contrôle des troupes du gouvernement ukrainien, mais que leur conclusion n’était pas définitive.

C’est pourquoi les éructations de Kerry dimanche pourrait être si préjudiciable à toute recherche de la vérité. En pointant clairement un doigt accusateur loin du régime Kiev et vers Moscou, Kerry a rendu beaucoup plus difficile pour tout analyste du renseignement d’évaluer les éléments de preuve sans avoir à craindre des conséquences douloureuses


Le reporter d’investigation Robert Parry a révélé la plupart des histoires Iran-Contras pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Il est l’auteur d’un trilogie sur la famille Bush et ses connections avec divers mouvements d’extrême droite.


Source : ConsortiumNews


Traduction : Initiative Communiste

 

http://www.les-crises.fr/la-folle-precipitation-de-john-kerry-a-juger/

 

 

 

 

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