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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 04:54

carteCosta Rica, wikipedia


Le Costa Rica qui a renoncé à avoir une armée nationale, et qui est on ne peut plus pacifique, vient de mettre à exécution un accord de coopération pour la lutte contre le trafic, maritime et aérien illégale, de stupéfiants dans la zone des Caraïbes.

 

7000 marines vont « débarquer » sur le territoire national, ainsi que 46 navires de guerre, quelques 200 hélicoptères de combat de type « Black Hawk », des avions de combat (10 avions AV-8B Harrier) et des systèmes d’attaque contre les sous-marins.

 

De plus, les 7000 marines ainsi que le personnel civil « accompagnant », quelques 6000 personnes, pourront parcourir l’ensemble du territoire avec leurs armes sans aucune limitation, et ne seront pas soumis aux lois du Costa Rica, ce qui leur permettra ainsi d’échapper à la justice de ce pays.

 

D’autre part le gouvernement du Costa Rica renonce à toute plainte à posteriori vis-à-vis d’éventuels dommages sur la possible destruction de propriétés privées, de blessures occasionnées ou de la mort de certains citoyens de la part des dites forces d’occupation lors de leurs « missions »

 

La flotte étasunienne est en mouvement, le Parlement du Costa Rica vient d’approuver un accord de gestion commune de la surveillances maritime costaricaine. Cela va encore étendre la présence militaire US en Amérique Latine, renforcer les pressions sur le Venezuela et Cuba.

 

Bref cela prend tout l’air d’une invasion en bonne et due forme sous couvert d’action anti-narcos. Comme on le préssentait les États-Unis sont en train de reprendre militairement en main le continent latino-américain. On peut également supposer que ce n’est malheureusement pas pour le meilleur.

 

Chevalier Jedi pour Mecanopolis

 

La suite ici : http://www.mecanopolis.org/?p=18671&type=1

 

http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com/article-silence-medias-le-costa-rica-occupe-par-les-etats-unis-53888078.html

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Published by eva r-sistons - dans Occupation militaire
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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 02:42
Diego garcia, l’histoire des Chagossiens. Méconnue !
Guerre contre l’ Iran, déportation de populations au profit de bases militaires, Non-droit, second Guantanamo... Graves questions ! Eva R-sistons ouvre le dossier. Un dossier méconnu, et une cause à relayer !
 
 
 
 
 
L’archipel des Chagos, dans l’Océan Indien,
ou comment les Chagossiens furent déportés
pour permettre l’installation de bases militaires. 
Par eva R-sistons à l’intolérable.
 
 
Il était une fois un petit paradis perdu en plein Océan indien, d’une beauté incomparable. 1500 descendants d’esclaves vivaient là, au milieu des cocotiers, chassant, pêchant, cultivant, heureux au milieu d’une nature généreuse leur donnant tout à profusion.  
  
Oui, mais un jour les Anglais et les Etats-Unis décident d’y installer une base militaire. Le territoire est stratégique ! Alors, les deux pays s’entendent sur le dos des habitants. Petits arrangements entre amis sans scrupules ! Je te donne l’île, car les sujets de sa Gracieuse majesté avaient mis la main sur ce bout de terre, et tu me vends des armes à prix... d’amis, bien sûr !
 
Nous sommes dans les années 60 ; La persécution des Chagossiens commence : Animaux gazés. Privations de travail. Intimidations. Et pour finir, maisons brûlées, terres confisquées, déportations en plusieurs vagues. Les descendants d’esclaves, habitués à la soumission, à la résignation, ne se défendent pas. Et ils retrouvent les cales de navires ; Les négriers sont de retour ! Plusieurs préfèrent se suicider.
 
En 1973, tout est terminé. Les troupes américaines ont pris possession de l’île. Les derniers Noirs encore sur place sont débarqués à l’île Maurice ou aux Seychelles : Direction les bidonvilles, le chômage, la misère, l’alcool, la drogue, où ils retrouvent leurs pairs usés par l’inactivité et par le désespoir. Fin du premier acte.
 
Deuxième acte. La G.B. était restée silencieuse sur les atrocités. C’est simple, il n’y avait pas d’habitants sur l’île, seulement des travailleurs temporaires ! Un peu comme pour les Américains avec les Amérindiens ou pour Israël avec les Palestiniens : Une terre sans peuple pour les colons... Personne ne pose de questions. Jusqu’au jour où un avocat, Me Gilford, plus curieux que les autres, met la main sur certains documents. Et il prend la cause des Chagossiens à coeur. Certes, ce n’était pas la première fois si les Anglais déportaient par la force des habitants. Mais Me Gilford ne veut pas en rester là.
 
Les descendants d’esclaves brisent à nouveau leurs chaînes, ils s’organisent, ils manifestent devant la Haute Cour de Londres. Les documents secrets cessent de l’être. Et le Tribunal suprême reconnaît la citoyenneté britannique aux Chagossiens, et qu’ils doivent être protégés. Un décret stipule que la déportation est illégale et que les Chagossiens peuvent rentrer chez eux... mais pas sur la base militaire. Autrement dit, ils ne peuvent pas rentrer chez eux. Bref, ils sont priés d’aller ailleurs. Comprenne qui pourra ! Les Tribunaux ont parfois leurs raisons que la raison ne connaît point....
 
Troisième acte. Les Chagossiens, devenus citoyens britanniques, obtiennent le passeport et peuvent donc être protégés. Kafkaïen ! Car ils ne sont pas plus avancés. En théorie, ils sont citoyens de l’Ouest, du monde "libre". A condition, évidemment, de ne pas retourner chez eux.... Donc, Sa Gracieuse Majesté signe des décrets interdisant aux Chagossiens de retourner dans leur île. Le monde libre n’est sans doute libre que pour les Blancs... On tourne en rond.
 
Quatrième acte. Un personnage intervient, un obscur Premier Ministre, Paul Béranger, mais c’est justement celui qui dirige l’île Saint Maurice, lequel convoite l’île Diego Garcia. Le monde est terriblement petit, parfois, et fort compliqué ! Et comme le sieur Béranger est coriace, cela n’arrange pas les affaires de la gracieuse Reine. Il va jusqu’à menacer de poursuivre Londres devant le Tribunal de la Haye !
 
Les Chagossiens ont désormais le passeport britannique, ils peuvent prétendre à une retraite décente, et même à la gratuité des transports ; Mais toujours pas pour retourner à Diego Garcia !
 
Ile de Diego Garcia: Le vrai visage du capitalisme anglo-saxon. Monstrueux ! 
Base militaire
et prison à la mode de Guantanamo
 
 
Epilogue ? Le procès définitf s’ouvre le 30 juin prochain à Londres. Alors, retour ou pas ? Les intérêts géo-politiques et militaires vont-ils être supplantés par les Droits humains ? Ce serait bien la première fois ! En attendant, les affaires de l’Oncle Sam, sur l’île, sont florissantes.... Et quel bonheur de préparer les futures agressisons impériales au soleil, à l’ombre des cocotiers, et dans des lagunes enchanteresses ! Le Club Med à la pointe du fusil, et avant de répandre la terreur aux quatre coins de la planète ! Car c’est de l’île Diego Garcia, déjà, qu’étaient parties attaques aériennes contre l’Irak puis contre l’Afghanistan. On chuchote d’ailleurs que la guerre contre l’Iran s’y prépare activement...
 
L’archipel des Chagos est inaccessible, et bien situé. Zone hautement stratégique ! Bref, les champions de la Démocratie imposée à coups de bombardements ont installé des bases militaires permanentes, comme un peu partout d’ailleurs, et puis des vaisseaux de guerres croisent dans le secteur, on murmure aussi qu’ils sont bourrés d’armes nucléaires, et pour finir on assure que Guantanamo a fait des émules sur l’île enchanteresse. Bases militaires, prisons illégales, zones de non-droit, tout y est. Alors, y aura-t-il une place pour les Chagossiens, s’ils obtiennent gain de cause ? 
 
Les mauvaises langues prétendent aussi que le pays de sa très Graceuse majesté laisse traîner les choses en longueur pour gagner du temps. Et en espérant que les derniers témoins de la déportation auront disparu , et que les jeunes n’auront plus envie de retourner dans la belle île... militarisée. 
 
En attendant, c’est en perpétuant leur culture que les Chagososiens tentent de raviver la mémoire des forfaits anglo-saxons...
 
Cela sera-t-il suffisant ? L’avenir nous le dira.
 
L’avenir est toujours radieux pour les peuples !
 
eva R-sistons à la déportation d’innocents et à l’installation de Club Med’ militarisés....
 
 
Le dossier complet (bases militaires, guerre Iran, 2e Guantanamo, etc ):
 
 
 
 
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Published by eva r-sistons - dans Occupation militaire
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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 03:37

Elections-Irak-occupee-j.jpg

 

Election en Irak: Pour ou contre l'occupation ?

 

Mohamed Hassan

 

En mars dernier se tenaient des élections législatives en Irak. Mais depuis, le pays n’a toujours pas de gouvernement. Le laïque Iyad Allaoui avait été déclaré vainqueur de justesse mais le premier ministre sortant, Nouri Al Maliki, joue sur les coalitions et pourrait bien reconduire son mandat. Quels sont les enjeux de ce scrutin ? Comment ces élections irakiennes sont-elles devenues un bras de fer entre Washington et Téhéran ? Pourquoi l’Irak est-il à nouveau le théâtre d’attentats meurtriers ? Nous avons posé ces questions à Mohamed Hassan, spécialiste du monde arabe. Pour lui, les élections irakiennes étaient un référendum : pour ou contre l’occupation US ?

 

INTERVIEW : ABDELLAH BOUDAMI & GREGOIRE LALIEU


Avec les élections, l’Irak a connu une nouvelle vague de violence. Qui sont les auteurs de ces attentats? Quelles sont leurs revendications?
Il y a deux acteurs en réalité : d’une part la résistance classique et d’autre part des mercenaires travaillant pour des sociétés militaires privées étroitement liées aux services secrets US. On sait que la résistance classique lutte contre l’occupation et vise des cibles telles que le Ministère des Finances, de l’Intérieur et les services de sécurité. Cette résistance n’a aucun intérêt à viser la population civile. Par contre, les bombes qui sont posées dans des lieux publics tels que les marchés sont le résultat d’actions de mercenaires. Le but est de diviser de plus en plus la société irakienne entre ses différentes communautés. Pour comprendre cet aspect du conflit, il faut lire Roger Faligot, un spécialiste des services secrets. Il démontre que ce type d’action terroriste est une technique classique pour installer le chaos, comme l’ont fait par exemple les services secrets britanniques en Irlande du Nord pour embraser le climat entre protestants et catholiques. En attisant la violence sectaire en Irak, les Etats-Unis espèrent que les luttes intestines éclatent et épargnent leur armée, car ils craignent beaucoup de voir augmenter le nombre de morts au combat. C’est en raison de cette stratégie que l’on entend moins parler de soldats américains morts au combat.

Quels étaient les acteurs des élections législatives irakiennes, ce 7 mars?
Depuis l’invasion américaine de 2003, toute une série de partis séculaires ou anticléricaux ont fait leur apparition. Parmi ceux-ci, une personnalité importante qu’on a déclarée vainqueur de ces élections : Iyad Allaoui. Ce neurologue est un ancien cadre baasiste, à droite sur l’échiquier politique et pro-américain. Il vient du milieu chiite mais c’est un laïque. Allaoui dirige le Mouvement National Irakien, une coalition laïque soutenue par les Etats-Unis. On retrouve notamment dans cette coalition le Parti Communiste irakien qui a connu une renaissance depuis l’invasion américaine. D’ailleurs, et c’est un fait inédit, les cadres les plus à droite du Parti Communiste ont soutenu l’intervention militaire de Washington. Toujours parmi ces partis laïques, vous avez le mouvement kurde qui soutient indirectement la coalition d’Allaoui. 
Ensuite, vous avez des partis cléricaux proches de l’Iran. C’est le cas de l’Alliance Nationale Irakienne, une coalition où l’on retrouve un parti puissant fondé à Téhéran en 1982 : le Conseil suprême islamique irakien. Autrefois membre de cette coalition, Nouri Al Maliki, le premier ministre sortant, a fondé sa propre alliance, l’Alliance de l’Etat de Droit, qui regroupe des partis cléricaux également proches de l’Iran et occupant de nombreux poste et lieux de pouvoir en Irak.
Entre les partis laïques soutenus par Washington et les partis cléricaux soutenus par Téhéran, vous retrouvez des mouvements qui se sont créés spontanément. Un exemple typique : le parti de Moqtada al-Sadr, un chiite qui n’a pas de connexion avec l’Iran pas plus qu’avec les Etats-Unis. C’est un mouvement purement irako-irakien, radical, nationaliste et qui a créé la surprise en remportant un grand nombre de sièges au Parlement.
Enfin, le dernier grand acteur de ces élections : la résistance irakienne. Elle comprend une douzaine de mouvements rassemblés dans une coalition menée par Ezzat Al Duri, ancien numéro deux du régime de Saddam Hussein. Ces mouvements privilégient la résistance armée et estiment que les partis qui participent aux élections sont des agents des Etats-Unis. Néanmoins, leur poids est tel en Irak que nous pouvons considérer qu’ils ont eu une influence sur le processus électoral.

Quels enjeux représentent ces élections pour les Etats-Unis ?
Il y a deux enjeux. Le premier objectif sur le terrain qui n’a pas encore été pleinement réalisé : créer des divisions en Irak sur bases des confessions religieuses. Le fait est que la majorité de la population irakienne est arabe, étant composée aussi bien de sunnites que de chiites. Mais dans l’histoire de ce pays il n’y a pas de luttes entre ces deux composantes. De plus, il faut savoir que l’islam chiite est divisé en plusieurs courants et que les chiites irakiens et iraniens viennent de la même famille. Cela crée des liens entre les deux pays que Washington veut briser.
Nous en venons au deuxième objectif poursuivi par les Etats-Unis : bloquer l’influence de l’Iran sur son voisin irakien. Lorsque Bush a renversé Saddam Hussein, l’Iran a aidé à former un nouveau gouvernement car les Etats-Unis n’y parvenaient pas. Bien évidemment, Ahmadinejad n’était pas encore au pouvoir à ce moment là. Téhéran a donc eu une grande influence sur le cours des élections. Mais il faut rappeler que ce n’est pas l’Iran qui a envahi son voisin. En réalité, ce sont les Etats-Unis qui ont permis l’émergence de partis irakiens liés à Téhéran. Aujourd’hui, les Etats-Unis cherchent donc à mettre des bâtons dans les roues du régime iranien en soutenant la coalition laïque d’Allaoui et toute une série de partis opposés au cléricalisme chiite d’obédience iranienne.

Quel intérêt l’Iran tire-t-il de son influence en Irak ?
Une véritable bourgeoisie chiite et pro-iranienne s’est développée en Irak. L’année passé, le commerce extérieur iranien s’est fait principalement avec l’Irak, générant d’énormes revenus : 2 milliards de dollars ! En effet, des Irakiens soutenus par l’Iran occupent des postes stratégiques et détiennent des portefeuilles ministériels importants. Ces irakiens privilégient les produits iraniens pour lesquels l’Irak est devenu un marché florissant.

L’invasion de l’Irak aurait-elle donc plus profité à l’Iran qu’aux Etats-Unis ?
En quelque sorte. Les Etats-Unis pensaient avant tout aux ressources pétrolières. Mais lorsque le marché a été libéralisé il y a quelque mois, une seule compagnie américaine, Esso, a percé pour arriver en tête des concessions pétrolières. La deuxième compagnie est chinoise et la troisième est malaisienne ! L’influence iranienne contrarie donc les intérêts des Etats-Unis qui n’ont pas réussi à avoir la mainmise sur l’Irak. Pour rencontrer cet objectif, Washington a jugé plus judicieux de mettre en avant la coalition d’Allaoui. L’intelligentsia irakienne, parmi laquelle de nombreuses femmes, des universitaires, toute cette couche de population  issue du baasisme et réprimée par le pouvoir chiite religieux prônant un retour à une société quasi-féodale, s’est résignée à voter en faveur d’Allaoui pour éviter un retour à des méthodes moyenâgeuses. C’est là qu’on peut déceler une victoire d’Allaoui contre Al Maliki.

Justement, la victoire d’Allaoui dans les urnes est si courte qu’il va être difficile de former un gouvernement. Y a-t-il eu réellement un vainqueur ?
C’est vrai que même si Allaoui a gagné les élections officiellement, le premier ministre sortant Al Maliki a engrangé un nombre considérable de sièges. Je pense qu’en terme politique, c’est Moqtada al-Sadr qui a vraiment tiré son épingle du jeu. Il est issu des chiites les plus pauvres de la population, très prolétarisés, qui n’ont jamais bénéficié des changements intervenus. Il faut bien comprendre que l’Irak n’a toujours pas été reconstruit. Dans beaucoup d’endroits, il n’y a toujours pas d’eau ni d’électricité. Al-Sadr a donc marqué un grand coup lors de ces élections grâce au soutien qu’il a des quartiers déshérités. Mais aussi de ceux qui voient d’un mauvais œil l’ingérence de puissances étrangères. Sadr n’est ni connecté à Washington, ni à Téhéran. Il bénéficie donc également du soutien de ceux qui souhaitent l’indépendance de l’Irak. Moqtada al-Sadr sera donc probablement indispensable pour former un gouvernement.

Comment interprétez-vous le résultat de ces élections?

Personnellement, j’interprète ces élections comme un référendum, dont le sujet est l’occupation américaine en Irak. Le nationalisme et le patriotisme irakien en sont sortis renforcés. Ceux qui ont voté pour Allaoui savent bien qu’il n’est qu’une marionnette, mais ils ont voté pour lui en réaction à l’ingérence iranienne et contre le cléricalisme.

Ce référendum, comme vous l’appelez, toucherait donc de près les relations entre Etats-Unis et Iran?

C’est une question centrale, qui touche à la nature des contradictions entre Etats-Unis et Iran. L’Iran est un pays stratégique qui domine plusieurs voies importantes dans le Golfe. Il tente de rester indépendant ce qui contrarie les intérêts US. Par exemple, Téhéran ne vend plus son pétrole en dollars ce qui lui a permis de gagner beaucoup plus d’argent. Or, la plus grande force des Etats-Unis ne vient pas directement de leur économie mais de l’influence du dollar sur les marchés pétroliers. Le manque à gagner pour les compagnies et banques américaines est énorme si l’Iran persiste à ne pas suivre l’exemple des pays arabes producteurs de pétrole qui commercent en dollars. Les Etats-Unis ne peuvent donc pas laisser l’Iran accroître son pouvoir. Et pour cela, ils doivent renforcer leur hégémonie en Irak.

Quel impact le résultat des élections peut-il avoir sur la politique iranienne ?
Si l’Iran se penche sur ces résultats, il remarquera que la politique qu’il a menée jusqu’ici n’est pas la bonne. C’est un pays voisin de l’Irak avec lequel il a des intérêts communs. Mais l’Iran devrait tirer les leçons de ce référendum et cesser d’interférer dans les affaires irakiennes. Le peuple irakien a droit à l’auto-détermination. Si l’influence iranienne devait décliner, il est certain que la force montante serait le patriotisme irakien séculaire et indépendant. Il s’affirmerait plus que dans n’importe quel pays arabe. Le cléricalisme a clairement échoué après l’occupation.

Mais vous disiez que l’Irak représentait un marché important pour les produits iraniens. Téhéran serait-elle prête à y renoncer ?
Mais l’Iran n’est pas un pays impérialiste qui cherche absolument à exporter ses capitaux et à occuper des terres étrangères. Sans invasion américaine, l’Irak aurait probablement importé des produits de Chine ou d’ailleurs. Il en aurait aussi produit directement. Et l’Iran n’aurait pas profité du marché irakien. Mais ce n’est pas un problème car il n’a jamais cherché à atteindre cet objectif en envahissant l’Irak. Les Etats-Unis l’ont fait et l’Iran a profité de la situation.

Et si les Etats-Unis décidaient de mettre un terme à l’existence des groupes pro-iranien?
En tout cas, militairement, c’est impossible, car leur armée ne tiendrait pas le coup. Les Etats-Unis font déjà face à de sérieux problèmes en Afghanistan, au Pakistan, en Irak même. Washington a conscience que son occupation de l’Irak a profité à l’Iran. Elle l’assume mais ne va tolérer cette situation que jusqu’au jour où elle pourra compter sur des véritables police et armée irakiennes à sa solde. Or, pour le moment, elles sont infiltrées par la résistance et par les groupes pro-iraniens. Les Etats-Unis sont donc les grands perdants de ce “référendum”. Ils pensaient que les élections allaient se dérouler de la même manière qu’en Géorgie ou en Ukraine.
Ces élections montrent que la plupart des irakiens sont contre le cléricalisme, contre une révolution chiite à l’iranienne et contre tout système féodal. On pourrait croire que tout cela profiterait aux Etats-Unis mais il ne faut pas oublier qu’en parallèle du rejet des ingérences iraniennes, il y a un rejet de l’occupation américaine et un parti pris pour l’unité et l’indépendance de l’Irak. Malgré les dominations causées par l’occupation, l’impérialisme et le capitalisme international, pareil résultat est prodigieux.

 

Image: Latuff

http://michelcollon.info/index.php?option=com_content&view=article&id=2735:elections-en-irak-pour-ou-contre-loccupation&catid=6:articles&Itemid=11

 
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Published by eva r-sistons - dans Occupation militaire
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 08:47
publié par roland (webmaster) le 19/02/2010 15H16 
Port-au-Prince, une ville sous les gravats
Port-au-Prince,
une ville sous les gravats

Voici un article très complet qui rend compte du sort funeste qui attend Haïti, sitôt que le pays aura fini de compter ses morts. Ou peut-être même avant, ils ne sont pas à une indécence près. En tous cas, ils sont bel et bien sur le pied de guerre.
Les néocons ne s'avouent jamais vaincus et ne lâchent jamais leur proie.
Le débarquement des secours états-uniens sous forme de véhicules blindés, de soldats en arme et en treillis de combat, la mobilisation de navires de la marine US chargés de patrouiller les eaux territoriales, la prise de contrôle illégitime des opérations sur le pays par l'armée US avec l'aval des autres pays occidentaux, la mainmise sur l'espace aérien haïtien, et le reste ne présageaient rien de bon à qui voyait là une drôle de façon d'apporter de l'aide humanitaire à une population sous les décombres.
Et, en effet, les requins de la finance se frottent les mains du don du ciel que représente pour eux ce tremblement de terre meurtrier.
Ils vont pouvoir enfin accélérer le processus de privatisation de l'île et d'assujettissement de ses habitants. Quand les chars zuniens entrent quelque part, ils sont toujours flanqués des responsables de groupes privés multinationaux (donc des US), avides de récolter les bénéfices du malheur que propagent les précédents.
La France? Oh, ce n'est pas avec le pauvre bouffon cupide et enrégimenté à sa tête, ni avec ses sbires, qu'elle va verser dans l'humanisme et la justice. Aucun risque là-dessus.
D'ailleurs, quelqu'un a moufté ici?

Article:

"More Pain for Devastated Haiti: Under the Pretense of Disaster Relief, U.S. Running a Military Occupation"

par Arun Gupta, AlterNet, le 12 février 2010

Davantage de souffrances à venir pour l'île dévastée d'Haïti

Sous prétexte d'aide aux sinistrés, les Etats-Unis mettent en place une occupation militaire

Malgré les démentis officiels, les Etats-Unis se sont bien lancés dans une nouvelle occupation militaire d'Haïti, à peine déguisée en secours aux populations sinistrées. Alors qu'à la fois le Pentagone et la Maison Blanche prétendent qu'il fallait davantage de soldats pour assurer "la sécurité et la stabilité" pour permettre l'arrivée des aides humanitaires, la violence, d'après pratiquement tous les observateurs sur le terrain, n'a jamais été un problème.
Cette mobilisation militaire semble, en fait, motivée par des intentions plus malveillantes. Le gouvernement d'Haïti étant "complètement invisible" et ses forces de sécurité répressives étant anéanties, les organisations populaires (OPs) commençaient à combler le vide. Mais les puissances occidentales qui accourent à Haïti envisagent pour la
reconstruction du pays des mesures fondamentales (ang), comme les ateliers de misère et le tourisme . Cette conception des choses est dénoncée par les organisations populaires, soutenues par la population extrêmement pauvre, majoritaire à Haïti. Et donc, si un projet néolibéral doit être imposé à ce pays sinistré, ce sera par la force des baïonnettes.
La mobilisation prompte de milliers de soldats US n'était pas motivée par des préoccupations humanitaires; en fait, l'armée américaine interdisait à certains avions l'accès à l'aéroport de Port-au-Prince, imposant à une grande partie de l'aide humanitaire des retards considérables.
Médecins sans Frontières a déclaré que cinq de ses avions-cargos transportant 85 tonnes d'aide humanitaire et de matériel médical ont été refoulés au cours de la première semaine; quant aux avions du PAM (Programme alimentaire mondial), ils ont dû attendre deux jours pour pouvoir enfin se poser.
Un responsable du PAM indique que, sur les 200 avions qui atterrissaient ou décollaient d'Haïti quotidiennement, "la plupart étaient destinés à l'armée américaine". Au bout de 19 jours de crise, seulement 32% des Haïtiens avaient reçu une quelconque aide alimentaire (ne serait-ce qu'un seul repas), 3 sur 4 n'avaient pas accès à de l'eau potable, le gouvernement n'avait reçu que 2% des tentes qu'il avait demandées et les hôpitaux de la capitale annonçaient que leurs réserves de médicaments de base, comme les antibiotiques et les analgésiques, commençaient à baisser de façon critique.
Le 9 février, le Washington Post indiquait que l'aide alimentaire consistait en guère plus que du riz, et "tous les jours, les Haïtiens doivent trouver de quoi manger, n'importe quel type de nourriture. Pas question de quelque chose de nourrissant".
Parallèlement, les Etats-Unis s'étaient chargés du contrôle de l'espace aérien haïtien, avaient fait atterrir 6500 soldats, avec, à un moment donné, 15000 autres stationnant au large de l'île; ils avaient déployé toute une armada de vaisseaux de la marine et neuf garde-côtes pour patrouiller les eaux territoriales, et c'était l'ambassade des Etats-Unis qui donnait les ordres au nom du gouvernement haïtien.
Dans un compte-rendu édifiant, le
NYT (ang) raconte qu'à une conférence de presse qui a eu lieu à Haïti, l'ambassadeur des Etats-Unis et le général de corps d'armée US qui commandait les troupes américaines sur place étaient assis sur le devant de la scène" alors que René Préval, le président haïtien, se tenait debout au fond de la pièce, "écoutant à moitié", et il avait fini par s'en aller sans dire un mot".
Au cours de la première semaine, le commandant US, Ken Keen, annonçait que la présence de la police haïtienne était limitée parce qu'ils avaient été décimés par le tremblement de terre. Les véritables responsables du pouvoir à Haïti sont actuellement Keen, l'ambassadeur des Etats-Unis, Louis Lucke, Bill Clinton (désigné par Ban Ki-moon, le Secrétaire-Général de l'ONU pour coordonner les opérations d'aide humanitaire) et la secrétaire d'état Hillary Clinton.
Quand on lui a demandé au cours de la conférence de presse combien de temps les forces américaines envisageaient de rester, Ken a répondu "je n'ai pas l'intention d'établir un calendrier", tandis que Lucke ajoutait: "nous ne faisons pas des projets en comptant en semaines, en mois ou en années. Notre but, c'est d'aller jusqu'au bout de notre mission".
Alors qu'une grande partie des grands médias se focalisaient sur les "pillards", pratiquement tous les observateurs indépendants à Haïti après le tremblement de terre signalaient l'absence de violence. Même Keen, le général de corps d'armée, a décrit la situation comme étant "relativement calme" en matière de sécurité.
Une des employées d'une organisation humanitaire à Haïti, Leisa Faulkner, déclare:

"Il n'y a pas de problèmes de sécurité ici. Les secouristes n'ont rien à craindre des gens. J'aimerais que les gars avec des fusils, les posent et prennent des pelles pour nous aider à retrouver ceux qui sont encore enfouis sous les gravats d'immeubles ou de maisons qui se sont écroulés. Cela me met en rage de voir des camions entiers de types armés de fusils automatiques".

Kim Ives, journaliste expérimenté sur Haïti, a dit la même chose à “Democracy Now!”:

"la sécurité n'est pas un problème. Partout à Haïti, nous voyons la population s'organiser d'elle-même en comités populaires pour déblayer, dégager les corps enfouis sous les gravats, construire des camps de réfugiés, organiser leur propre service de sécurité pour ces camps. C'est une population qui est autonome, et cela, depuis des années ".

A un moment donné, raconte Ives, un camion d'aide alimentaire est arrivé dans un quartier en plein milieu de la nuit, sans prévenir.

"Il aurait pu y avoir une émeute. L'organisation populaire locale (…) a été contactée. Ils ont immédiatement mobilisé les membres de leur groupe. Ils ont établi un périmètre de sécurité. Ils ont fait faire la queue à 600 personnes qui vivaient sur le terrain de football derrière la maison, qui sert également d'hôpital, et ils ont distribué les rations alimentaires dans l'ordre et de façon équitable ... ils n'ont eu besoin ni des Marines, ni de l'ONU".

Circulant dans les rues de la capitale dans un convoi de véhicules blindés de l'ONU, Al Jazeera raconte que "les soldats se sont pas là pour sortir les gens des gravats. Ils sont là, disent-ils, pour faire la police". Un Haïtien a raconté à la chaîne d'information:

"Ces armes qu'ils apportent, ce sont des instruments de mort. Nous n'en voulons pas. Nous n'en avons pas besoin. Nous sommes traumatisés. Ce que nous voulons de la communauté Internationale c'est une aide matérielle. De l'action, pas des paroles".

Nouvelle invasion

Cette aide, cependant, parvient sous forme de choc néolibéral. Avec l'effondrement du gouvernement haïtien, les organisations populaires des pauvres, particulièrement celles qui ont par deux fois propulsé Jean-Bertrand Aristide à la présidence sur un programme de justice sociale et économique, savent que les projets détaillés des Etats-Unis et de l'ONU élaborés pour la "reconstruction" – les ateliers d'esclaves, les spoliations de terres, et la privatisation – font partie du même système d'esclavage économique contre lequel ils luttent depuis plus de 200 ans.
Cette nouvelle occupation d'Haïti – la troisième en 16 ans – entre dans le cadre de la stratégie américaine du
rollback (visant à repousser le communisme, NDT) en Amérique Latine: le soutien au coup d'état au Honduras, sept nouvelles bases militaires en Colombie, l'hostilité envers la Bolivie et le Venezuela. La raison en est que les Etats-Unis tiennent à s'assurer qu'Haïti ne risquera pas "de servir d'exemple à suivre en matière d'indépendance comme le pays avait tenté de le faire sous la présidence d'Aristide – ce qui explique pourquoi il a été renversé par deux fois, en 1991 et en 2004, lors de coups d'état soutenus par les US.
Le gouvernement et ses forces de sécurité répressives étant en pleine déconfiture, la reconstruction néolibérale se fera donc à la force des baïonnettes. Sachant cela, l'idée derrière cette nouvelle occupation est peut-être de reconstituer l'armée haïtienne (ou un corps similaire) qui servirait à réprimer la population.
C'est là le point essentiel. Malgré toute les brutalités que les Etats-Unis ont infligées à Haïti, surtout au cours des 20 dernières années – deux coups d'état chaque fois suivis du massacre de milliers de militants et d'innocents par des escadrons de la mort armés par les Etats-Unis - les forces politiques et sociales les plus puissantes aujourd'hui, ce sont sans doute les organisations populaires (OPs) qui sont la colonne vertébrale du parti Fanmi Lavalas de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide.
Par deux fois l'an dernier, alors que le parti Fanmi Lavalas avait été évincé des élections législatives, celui-ci avait organisé le boycott des urnes. Aux élections d'avril et de juin, le taux d'abstention était d'au moins 89%. Ce sont les OPs, bien que misérables et exsangues, qui comblent actuellement le vide et qui constituent le mouvement d'opposition le plus fort contre la colonisation économique. D'où tout le ramdam sur la "sécurité et la stabilité".
Avec un gouvernement en déconfiture, et que malgré cela, le calme règne et la population s'organise, assurer la "sécurité" ne veut pas dire protéger la population; cela veut dire sécuriser le pays contre la population. "La stabilité" ne veut pas dire "harmonie sociale", cela signifie la stabilité pour le capital: des bas salaires, pas de syndicats, pas de lois environnementales, et la possibilité de rapatrier les profits facilement.

La solution avec des "ateliers de misère"

Dans une tribune libre du New York Times de mars 2009, Ban Ki-moon exposait les grandes lignes de son projet de développement pour Haïti, qui prévoit de baisser les taxes de port, "développer considérablement les zones d'exportations du pays", et s'intéresser plus particulièrement à "l'industrie textile et au secteur agricole".
Le projet néolibéral de Ban a été élaboré par Paul Collier, économiste à l'université d'Oxford (Nicholas Kristoff, le chroniqueur du Times admettait, en faisant la promotion du projet de Collier, que ces usines de textile étaient des "ateliers de misère" ( "sweatshops").
Collier le dit sans ambages: "A cause de la pauvreté et d'un marché du travail relativement déréglementé, Haïti a des coûts de main-d'œuvre qui peuvent tout à fait rivaliser avec ceux de la Chine". Son projet prévoit des exportations agricoles, comme l'exportation de mangues, ce qui veut dire qu'il faut expulser les agriculteurs de leurs terres et les embaucher dans les usines de vêtements dans des zones franches textiles. Pour permettre la création de ces zones, Collier demande à Haïti et aux donateurs de fournir les ports privés et l'électricité, les "droits à la terre clairs et rapides", des douanes externalisées, "un réseau routier, de l'eau et le tout-à-l'égout", et le concours du
Clinton Global Initiative (CGI) pour attirer les fabricants du textile .
Collier remercie la "
Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti" (MINUSTAH) , dirigée par le Brésil, d'avoir établi une "sécurité crédible" , mais déplore que la durée de son mandat soit "trop courte pour susciter la confiance des investisseurs", propos qui montrent bien les liens qui existent entre le néolibéralisme et l'occupation militaire à Haïti, En réalité, la MINUSTAH est responsable de nombreux massacres dans les bidonvilles de Port-au-Prince qui sont des bastions des partisans de Lavalas et d'Aristide. Mais c'est probablement ce que veut dire Collier par "sécurité crédible". Il fait remarquer également que la MINUSTAH aura coûté au total 5 millions de dollars; à comparer aux $379 millions que le gouvernement des Etats-Unis a alloués à Haïti pour le tremblement de terre. Il convient de signaler que 1/3 des fonds US sont réservés à l'"aide militaire" et que 42% supplémentaires aux secours d'urgence, auxquels s'ajoutent 23,5 millions de dollars affectés aux opérations de "recherche et de secours" destinées à passer les hôtels de luxe au peigne fin à la recherche de survivants. Quant à l'"envoyé spécial de l'ONU à Haïti", Bill Clinton, il affirmait, lors d'une conférence d'investisseurs étrangers en octobre 2009 à Port-au-Prince qui avait attiré des bienfaiteurs comme Gap, Levi Strauss et Citibank, qu'un secteur textile redynamisé pourrait permettre la création de 100.000 emplois. La raison pour laquelle quelque 200 entreprises, dont la moitié étaient des fabricants du textile, assistaient à cette conférence, c'est que, selon un article du New York Times, "le coût de la main d'œuvre extrêmement bas à Haïti, comparable à celui du Bangladesh, rend le pays très attractif". Ces coûts sont souvent inférieurs au salaire journalier minimum officiel de 1,75 dollars (le parlement haïtien avait approuvé une augmentation en mai dernier pour atteindre environ 5 dollars de l'heure, mais elle avait été contestée par les élites commerciales et le président René Préval avait refusé de signer le projet de loi, le rendant, par là-même, caduc. Le refus d'augmentation du salaire minimum avait déclenché de nombreuses manifestations étudiantes en juin dernier, qui avaient été réprimées par la police haïtienne et la MINUSTAH).

Les racines de la répression

Dans son livre, 'Les Racines historiques de l’État Duvaliérien", Michel-Rolph Trouillot écrit:

"la première armée d’Haïti se considérait comme l'émanation de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme". Cet état de fait a changé pendant l'occupation d'Haïti par les Etats-Unis de 1915 à 1934. Sous le contrôle des Marines américains, "la Garde haïtienne avait été spécialement créée pour combattre d'autres Haïtiens. Elle avait reçu son baptême du feu en combattant ses compatriotes".

Cette culture de la brutalité avait conduit Aristide à dissoudre l'armée en 1995.
Cependant, avant le démantèlement de l'armée, en 1994, à la suite de l'invasion US qui ramenait au pouvoir un Aristide aux mains liées politiquement, "des agents de la CIA qui accompagnaient les troupes US se lançaient dans une nouvelle campagne de recrutement pour l'agence" parmi lesquels, d'après Peter Hallward, auteur de "Damning the Flood: Haiti, Aristide and the Politics of Containment", les dirigeants de l'escadron de la mort appelé le FRAPH (Front pour l'Avancement et le Progrès à Haiti).
Il ne faut pas oublier le double jeu auquel s'était livrée l'administration Clinton sous couvert d'intervention humanitaire.
Le journaliste d'investigation,
Allan Nairn (en anglais) explique qu'en 1993, 5 à 10 mille armes d'infanterie avaient été envoyées par bateau depuis la Floride, malgré le blocus maritime US, aux responsables du coup d'état. Ces armes avaient permis au FRAPH de multiplier les actes de violence contre les mouvements populaires. Et ensuite, invoquant la violence accrue du FRAPH en 1994, l'administration Clinton avait fait pression sur Aristide pour qu'il accepte une invasion américaine, parce que, disaient-ils, le FRAPH était en train de devenir "la seule option possible".
Sitôt les 20.000 soldats avaient-ils débarqué sur l'île qu'ils entreprenaient de protéger les membres du FRAPH, en les libérant de prison, en refusant de les désarmer ou de saisir de leurs caches d'armes. Le leader du FRAPH, Emmanuel Constant, avait raconté à Nairn qu'après l'invasion, la DIA ("U.S. Defense Intelligence Agency") se servait du FRAPH pour réprimer les "activités subversives". Parallèlement, le département d'état et la CIA se chargeaient de truffer la police nationale haïtienne d'anciens militaires, dont beaucoup étaient rémunérés par les US.
En 1996, l'armée haïtienne et les forces du FRAPH seraient restées armées et présentes dans pratiquement toutes les localités du pays, et les paramilitaires "incitaient à la violence urbaine dans le but de détruire l'ordre social".
Au cours du début des années 90, un groupe séparé de militaires haïtiens, parmi lesquels Guy Philippe - qui avait dirigé le coup d'état de 2004 contre Aristide - avaient été secrètement emmenés en Equateur, où ils se seraient entraînés dans une base militaire US. Hallward raconte que le second coup d'état avait commencé en 2001 comme une "lutte contre-révolutionnaire" en République Dominicaine avec, à la tête du mouvement, Philippe et l'ex-commandant du FRAPH, Jodel Chamblain. Un reportage de "Democracy Now!”, le 7 avril 2004 affirmait que l'International Republican Institute financé par le gouvernement US fournissait les armes et des stages de technique militaire aux forces anti-Aristide en République Dominicaine, où "200 membres des forces spéciales US étaient présentes dans la région pour instruire ces soi-disant rebelles".
Un élément-clé de la campagne menée contre Aristide après sa prise de fonction en 2001 avait été la déstabilisation économique provoquée par la suppression d'une grande partie des aides destinées aux constructions de routes, au programme contre le sida, à la distribution de l'eau et aux soins de santé. Un des facteurs dont a dépendu le coup d'état a probablement été soit la campagne publique intense d'Aristide qui exigeait que la France rembourse la somme d'argent qu'elle avait extorquée à l'ancienne colonie esclavagiste en 1825 pour le prix de sa liberté, et qui était estimée à 21 milliards de dollars, soit parce qu'Aristide coopérait avec le Venezuela, la Bolivie et Cuba pour créer des alternatives à la domination économique des Etats-Unis dans la région.
Après le renversement d'Aristide en février 2004, il y a eu une nouvelle série de massacres, 800 cadavres ayant été entassés en à peine une semaine au cours du mois de mars.
Une enquête du Lancet, le magazine médical britannique (ang) réalisée en 2006 avait établi que 8000 personnes avait été assassinées dans la région de la capitale au cours des premiers 22 mois du gouvernement du coup d'état soutenu par les US et 35.000 femmes et jeunes filles avaient été violées ou avaient subi de agressions sexuelles. Les OPs et les militants de Lavalas avaient été décimés, en partie au cours d'une guerre de l'ONU contre les quartiers de Bel Air et de à Port-au-Prince, principaux bastions du parti Lavalas, Cité Soleil étant un bidonville à la population dense de quelque 300.000 habitants (Hallward affirme que les Marines U.S. étaient impliqués dans un certain nombre de massacres dans des endroits comme Bel Air en 2004.)

Davantage de libre-échange

Moins de 4 mois après le coup d'état de 2004, la journaliste Jane Regan (ang) décrivait l'avant-projet économique, "le Cadre de Coopération Internationale (CCI)", qui demande davantage de zones de libre-échange, s'intéresse essentiellement au tourisme et à l'agriculture d'exportation, et suggère la privatisation, à terme, des entreprises publiques du pays". Regan écrit que ce projet a été élaboré par des gens qui n'ont été élus par personne, principalement des techniciens étrangers et des institutions comme l'USAID ( U.S. Agency for International Development) et la Banque Mondiale.
La majorité de ce plan avait été mis en œuvre sous Préval, qui avait annoncé en 2007 un plan pour la privatisation de Téléco, la compagnie publique des téléphones, qui était présentée par Bill Clinton et Ban Ki-moon comme la solution pour Haïti pour sortir de la pauvreté. Le Wall Street Journal présentait comme des réussites la création de "10.000 emplois dans l'industrie du textile", celle d'un "complexe hôtelier de luxe" dans le quartier très chic de Pétionville, et les 55 millions d'investissements de Royal Caribbean International (
Croisières Caraïbes occidentales compagnie spécialisée dans les croisières, NDT) pour sa "plage privée paradisiaque à Haïti", située juste au nord de la capitale, entourée d'un mur de fer de 3 mètres de haut, et surveillée par des gardes en armes. (cet investissement là, d'après la compagnie, comprend une nouvelle jetée de 250 mètres, un Beach Club-Pieds nus avec des cabines privées, des montagnes russes avec commandes individuelles sur chaque chariot, une plus grande capacité d'accueil des restaurants et un marché artisanal plus vaste.
Haïti bien sûr était là avant quand l'agence pour le développement international US parlait de la transformer en "Taiwan des Caraïbes". Dans les années 1980, sous Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier, l'agence avait transformé un tiers de terres cultivées en cultures d'exportation pendant que quelque 240 multinationales, qui employaient, selon l'universitaire Yasmine Shamsie, entre 40.000 et 60.000 personnes, en majorité des femmes, à assembler des vêtements ou à coudre des ballons de baseball pour la ligue majeure de baseball et les produits Disney.
Ces emplois qui payaient à peine 11 cents de l'heure, avaient coïncidé avec une baisse des revenus par personne et des conditions de vie (Ban Ki-moon veut qu'Haïti s'aligne sur le Bangladesh, où les ateliers de misère payent 6 cents de l'heure). Avec des revenus si faibles, il ne restait pas grand-chose aux travailleurs après avoir payé l'alimentation et le transport jusqu'à leur lieu de travail. Ces zones indépendantes de traitement de produits destinés à l'exportation, souvent financées par l'USAID et la Banque Mondiale, rapportent également très peu à l'économie nationale, tout le matériel utilisé étant importé et pratiquement exonéré d'impôts. Les élites utilisent les structures d'importation exemptées de taxes pour faire entrer en fraude des produits de luxe. La réaction du gouvernement a été de taxer davantage les produits de consommation courante, et ce sont les pauvres qui en ont le plus subi les conséquences.
Les différentes politiques agricoles préconisées par les US, comme celles qui ont forcé les cultivateurs de riz haïtiens à rivaliser avec l'agrobusiness américain considérablement subventionné ont, selon les estimations d'Oxfam, fait perdre 830,000 emplois dans l'agriculture, ce qui a entraîné une augmentation de la malnutrition. Cela, ainsi que la décimation des cochons créoles (soi-disant par crainte d'une épidémie de peste), poussaient les paysans à l'exode vers des zones urbaines, en même temps que les promesses d'embauches, forçant les migrants à aller s'installer dans des bidonvilles précaires. Il est difficile de ne pas en conclure que ces plans de développement ont joué un rôle prépondérant dans les pertes de vies humaines effroyables à Port-au prince.
Le dernier projet , en suspens actuellement à cause du tremblement de terre , est "un
parc industriel de 50 millions de dollars qui hébergerait une quarantaine d'usines et d'entrepôts" et financé par le Soros Economic Development Fund, fondation de George Soros (oui, ce Soros là!). Cette nouvelle implantation serait prévue à Cité soleil.
James Dobbins, ex-envoyé spécial de Bill Clinton à Haïti, avait évoqué d'autres mesures dans une tribune du New York Times: "cette catastrophe est l'occasion d'accélérer des réformes souvent retardées, parmi lesquelles "briser, ou du moins, réorganiser, le monopole de la compagnie publique des téléphones"''. Il en va de même pour le ministère de l'Education, la compagnie d'électricité, le ministère de la Santé et les cours de justice".
Il est clair que la "
stratégie du choc" est bel et bien vivante à Haïti. Mais étant donné la puissance des organisations populaires et la faiblesse du gouvernement haïtien, elle devra être imposée par la force.
Pour ceux qui se demandent pourquoi les Etats-Unis tiennent tant à avoir la mainmise sur un pays si pauvre, si sinistré et insignifiant en apparence qu'Haïti, c'est
Noam Chomsky (ang) qui le résume le mieux:

"Pourquoi les Etats-Unis étaient-ils si déterminés à détruire le Laos, si pauvre que les paysans savaient à peine qu'ils vivaient au Laos? Ou l'Indochine? ou le Guatemala? ou Maurice Bishop à La Grenade , capitale mondiale de la noix de muscade?

Les motifs en sont pratiquement les mêmes, et sont expliqués dans les archives internes. Ce sont des "virus" qui pourraient "contaminer les autres", ces derniers risquant eux aussi de vouloir s'engager dans la voie de l'indépendance. Plus ils sont petits et faibles et plus ils sont susceptibles d'être dangereux. S'ils y sont arrivés, pourquoi pas nous? Le Parrain laisse-t-il le petit commerçant s'en tirer sans payer?

Arun Gupta est rédacteur en chef- fondateur du journal l'Indypendent . Il écrit actuellement un livre sur la politique de l'alimentation.

Complément d'info:

Croisières Caraïbes occidentales
Escale:
Labadee à Haiti
Photos prises à Labadee

Et puis:

OFRWR-HAITI-SEISME-2-20100118
Ça ne vous rappelle rien?


Auteur : emcee - Source : Des bassines et du


http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=11065&rech=18647#18647
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