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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 01:08

 

 


Un plan Colombie pour le Mexique

Hillary Clinton: «Drug warrior».

 

Laura Carlsen

 

Une part importante du Mexique est devenu un terrain d’affrontements entre bandes diverses. Le départage n’est pas toujours facile entre: organisations criminelles «professionnelles»; groupes policiers qui leur sont attachés; «opérateurs» de la CIA et de la DEA (organisme des Etats-Unis censé lutter contre le trafic de drogue); commandos d’élites sous la direction du Président Caldéron et les «organisations criminelles polyvalentes», faisant dans divers commerces, dont celui des migrant·e·s venant de l’Equateur et de l’Amérique centrale, comme du Mexique. Ils cherchant, pour survivre, à se rendre au Etats-Unis. Des migrant·e·s exécutés, parfois, sur le chemin; une fois une partie de la somme versée ou parce qu’ils ne peuvent la verser dans «les délais prévus» sur des comptes aux Etats-Unis ou au Mexique; ou encore pour éviter un affrontement avec des forces états-uniennes de surveillance de la frontière.

La crise protéiforme mexicaine est le résultat de divers facteurs, mais l’un est celui des accords dits de libre-échange avec les Etats-Unis.

«Un pays cimetière», voilà une formule qui devient courante au Mexique. Les journalistes et défenseurs des droits de la personne humaine assassinés sont en nombre croissant. Les corps d’élites militaires de Caldéron et les «organismes parallèles» sont reconnus comme très actifs dans ce domaine de l’information-tuée.

La «crise mexicaine» ouvre la voie à une nouvelle politique d’intervention encore plus directe – marquée par une longue histoire – des Etats-Unis dans la «sphère» du Mexique. Une nouvelle dimension de la politique du gouvernement du «Yes we can» ! Nous publions ci-dessous une analyse fort utile des projets des Etats-Unis. (Réd.)

La secrétaire d’Etat [ministre des Affaires étrangères] Hillary Clinton (du gouvernement Obama) a déclaré mercredi que le Mexique et l’Amérique Centrale étaient en train de faire face à une «insurrection» qui requérait l’équivalent d’un Plan Colombie [1] pour la région. Ses commentaires ont immédiatement provoqué la colère du gouvernement mexicain et éveillé les craintes d’une intervention militaire états--unienne accrue.

«…nous nous trouvons face à la menace croissante d’un réseau bien organisé de trafic de drogue, menace qui fait de plus en plus cause commune avec ce que nous pourrions considérer comme une insurrection au Mexique et en Amérique Centrale», a déclaré H. Clinton. Elle a ajouté: «Ces cartels de la drogue montrent maintenant de plus en plus de signes d’insurrection; tout à coup, des voitures piégées qui n’existaient pas auparavant apparaissent

Ironiquement, Clinton était en train de répondre à une question quant à savoir ce que les Etats-Unis étaient en train de faire concernant leur «responsabilité dans le problème des drogues qui viennent vers le nord et de armes qui descendent vers le sud.» Au lieu de répondre à la question, Clinton a comparé le Mexique à la Colombie et à fait la plus osée des déclarations annonçant une intervention états-unienne, incluant une aide militaire, dans la guerre du Mexique contre la drogue.

«Cela ressemble de plus en plus à la Colombie d’il y a 20 ans,» a dit H. Clinton. «La Colombie qui est arrivée à un point où plus du tiers du pays, presque le 40 pour cent, a été à un moment ou à un autre contrôlé par les insurgés, par les FARC. Mais cela va être une combinaison de capacité institutionnelle accrue et de renforcement de la loi et, où cela est approprié, une aide militaire pour que ce renforcement de la loi marié à la volonté politique soit capable d’empêcher le phénomène de se répandre et d’essayer de le faire reculer.» Clinton a maintenu que le Plan Colombie fonctionnait et a ajouté «nous avons besoin de trouver ce que pourraient être ses équivalents en Amérique Centrale, au Mexique et dans les Caraïbes

La réponse mexicaine

Cela n’a pas mis beaucoup de temps pour que tous les membres du Congrès mexicain répondent avec indignation. En pleine session parlementaire, un représentant a déclaré que le gouvernement des Etats-Unis était «bon pour critiquer les autres pays et ne pas reconnaître qu’ils étaient une composante importante de cette sombre chaîne du trafic de drogue et du crime organisé, et que le peuple mexicain devait rejeter toute attitude interventionniste de la part du gouvernement de Washington.» Certains membres du Congrès mexicain ont demandé que le secrétaire aux relations étrangères envoie une note formelle de protestation à l’administration Obama.

La secrétaire Patricia Espinosa a déclaré qu’elle ne «partageait pas le jugement» de son homologue du nord et le porte-parole du cabinet Alejandro Poire a rejeté la comparaison avec la Colombie.

A Washington, on a essayé de limiter les dégâts. Le secrétaire d’Etat adjoint Arturo Valenzuela a corrigé son patron [H. Clinton], disant que «l’utilisation du terme insurrection ne devrait pas être vue de la même manière qu’une insurrection colombienne. Que ce n’était pas une insurrection par un groupe militarisé essayant à l’intérieur d’une société de renverser l’Etat pour des raisons politiques.» Plus tard, dans des propos tenus pour le quotidien La Opinion [le premier quotidien hispanophone des Etats-Unis], le Président Obama a écarté cette comparaison.

Le commentaire a provoqué un petit ouragan à l’intérieur du cabinet Obama et dans les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Mexique.

La comparaison colombienne

La seule chose surprenante à propos du concept de Clinton est qu’elle l’a exprimé à haute voix. L’initiative Merida %du nom de la capitale du Yucatan] était initialement surnommée «Plan Mexico», jusqu’à ce que le surnom soit mis au rebus. La comparaison directe avec le Plan Colombie était considérée un handicap. Au Mexique, l’idée même d’une présence militaire états-unienne avive un sentiment nationaliste. Et aux Etats-Unis, l’impact négligeable sur le trafic de drogue et l’augmentation des violations des droits humains avec un Plan Colombie à 7,3 milliards de dollars éveille bien des préoccupations sur le fait de vouloir le copier dans un autre pays.

Quel que soit le nom que l’on lui donne, le plan Bush pour le Mexique et l’Amérique Centrale a toujours entretenu une relation proche avec son prédécesseur du sud. Le Plan Colombie a commencé comme un plan anti-narco-trafic construit sur le modèle d’une guerre contre les trafiquants de drogue pour imposer leur défaîte, et ce faisant en utilisant les forces armées, avec une participation rapprochée, conjointe, des Etats-Unis. Le Plan Mexique n’inclut par la présence de l’armée états-unienne, mais est basé sur le même modèle.

L’association délibérée de Clinton entre insurrection et trafic de drogue provient de deux sources: l’ignorance ou une mauvaise information malintentionnée. Une insurrection cherche à conquérir du territoire afin d’apporter un profond changement dans la structure de la société et, généralement, renverser le gouvernement. Les trafiquants de drogue, malgré les déclarations de s [le président mexicain] affirmant le contraire, ne lancent pas des offensives contre l’Etat en vue de remplacer le gouvernement. Tous vont dans le sens de protéger et d’étendre leur business lucratif. En partie, l’apparent malentendu sur cette distinction est à la racine de l’échec de la politique de guerre contre la drogue.

Si cela était compris, l’évidente stratégie serait d’attaquer le business, pas ses ouvriers. Engager des cartels qui prennent la place de ceux en place est très facile à Mexico. Les cartels sont flexibles dans leur structure avec des nouveaux leaders ou des gangs rivaux remplaçant ceux qui ont disparu ou qui ont été affaiblis. Il y a un réservoir infini d’hommes jeunes avec peu de perspectives dans la vie dans un pays où le gouvernement a échoué à procurer une éducation adéquate ou des opportunités d’emploi.

Attaquer le business signifie s’attaquer aux structures financières transnationales qui le soutiennent. Les deux gouvernements ont semblé réticents à faire cela par la force puisque l’argent de la drogue coule à travers le canal puissant des institutions financières, et qu’en apportant des liquidités à celles-ci, ce business trouve une apparente légitimité.

Faire de la politique à rebours

Peu avant la déclaration de Clinton, le Congrès américain a approuvé une rallonge de 175 millions de dollars pour la «guerre de la drogue mexicaine» sans aucune remise en cause ou analyse stratégique des terribles résultats que ce modèle a connus jusqu’ici. Une violence liée à la drogue a explosé au sud de la frontière avec les Etats-Unis [le débouché le plus grand à l’échelle mondiale], avec presque 30'000 morts depuis le lancement de la guerre de la drogue en 2006. Les violations des droits humains par l’armée ont été multipliées par six l’année passée; au cours des derniers mois les forces armées ont tué plusieurs civils.

Des représentants élus devraient procéder à l’utilisation de nos impôts après une analyse prudente de la manière dont ces ressources vont effectivement atteindre des buts en lien avec le bien commun. Quand on en vient à défendre les allocations de resssources en général, et le Plan Mexique en est un exemple extrême, le mode opératoire est de dépenser maintenant et de s’arranger plus tard avec les résultats désastreux, en dépensant plus. Un rapport récent du General Accounting Office [une Cour des comptes] a rapporté que l’Initiative Merida ne contient même pas de dispositions permettant d’en faire l’évaluation.

L’intervention auprès d’Etats du Mexique fédéral nécessite que soient respectées des normes explicitées dans le «Internation Narcotics Control and Lax Enforcement», ce qui implique un rapport du Département d’Etat démontrant que l’opération s’effectue conformément aux articles de la Section 7045(e). Ces «conditions sur les droits humains», que certains législateurs et groupes de pression de Washington ont encouragées, ont reflété de sérieuses préoccupations sur le fait que des fonds iraient à des forces de sécurité notoirement corrompues et multipliant les abus de pouvoir au Mexique.

En pratique, cependant, le Congrès a édulcoré les conditions de manière à mettre un écran de fumée permettant de cacher les préoccupations quant à la stratégie. Le Congrès a ignoré les critiques à l’Initiative Merida venant de l’ AFL-CIO [centrale syndicale] et les craintes provenant de milieux religieux, et ont approuvé cinq allocations de ressources séparées totalisant près de 1, 5 milliard de dollars. L’initiative, qui au départ était un engagement pour trois ans, s’est transformée en un engagement permanent.

Le 5 septembre 2010, la secrétaire d’Etat, H. Clinton, a annoncé que le gouvernement américain était en train de retenir 15% d’un nouveau crédit supplémentaire en raison de conditions liées aux droits humains. Le gouvernement mexicain s’est plaint publiquement très bruyamment, mais en silence, il a jubilé. Le calcul est évident – nous vous donnerons 175 millions de dollars en plus, mais retiendrons 26 millions pour un gain net de 149 millions. Les deux gouvernements ont fait des déclarations moralisatrices. Les Etats-Unis ont critiqué le Mexique en faisant semblant d’ignorer le fait que le crime transnational ne pourrait fonctionner sans de la corruption à l’intérieur de leurs propres frontières. Et l’administration Calderón a protesté contre les chichis faits par ses voisins sur les droits humains alors qu’il y a une guerre à affronter. Même la presse des milieux dominants a relevé les contradictions de ce jeu de nombres comptables.

Actuellement, il semble que la politique de mise en place d'une guerre contre la drogue plus aimable et gentille soit discréditée. L’interprétation la plus généreuse est que ce fut une stratégie provenant de groupes et de membres du Congrès comprenant mal la situation au Mexique et la nature de la nouvelle relation binationale dirigée par le Pentagone qui a été forgée à travers le Plan. Une rectification immédiate devrait être faite. Au lieu de cela, l’administration Obama prévoit de demander encore plus de fonds publics pour cette politique qui a échoué, en vantant ses mérites dans le domaine des droits humains.

Les doutes s’accumulent

La dernière controverse autour de la politique du trafic de drogue au Mexique survient au milieu de gros doutes sur les deux côtés de la frontière. Des sénateurs mexicains de tous les partis politiques, excepté celui de Calderón [Parti action nationale –Pan, Caldéron a été élu en 2006], ont durement critiqué l’ «échec» de la guerre contre la drogue du président. Le Parti Révolutionnaire Institutionnel [PRI – parti historiquement au pouvoir durant des décennies] a noté que le rapport annuel soumis par le Président Calderón a montré qu’il y avait moins interdictions et pas d’augmentation notable des arrestations, avec seulement 1,5 millions de pesos alloués à la prévention de l’addiction. Un membre du Parti de la Révolution Démocratique a décrié l’équation du «plus de ressources, plus de morts», alors que la guerre contre la drogue a coûté au budget mexicain appauvri presque 7 milliards de dollars à ce jour.

Aux Etats-Unis, des doutes ont grandi quant à l’efficacité de la stratégie. Le directeur de l’Agence du Département de la Sécurité, de l’Immigration et des Douanes Alonzo R. Peña s’est plaint du fait que le gouvernement mexicain souvent n’agit pas selon les données des services de renseignements des Etats-Unis. Peña a remarqué qu’à certains moments que la précaution pourrait être raisonnable, mais qu’à d’autres «c’est complètement de la corruption.» A Washington, l’augmentation des conséquences négatives a conduit à des préoccupations sur le manque d’une stratégie de sortie ou d’un projet définissant clairement les possibilités de succès.

Particulièrement avec la sévère détérioration de la situation socio-économique et criminelle au Mexique, aucune solution magique ne se présente. Néanmoins, le Congrès ne devrait pas ignorer la violence qui a été déclenchée sous la politique actuelle et ne peut pas accepter les meurtres comme étant des dommages collatéraux. Des experts mexicains calculent qu’à ce rythme, les morts liées à la drogue atteindront plus de 70'000 d’ici à la fin de la présidence de Calderón, avec une moyenne de 50 morts par jour à travers tout le pays.

Les Etats-Unis doivent commencer par reconnaître la responsabilité partagée dans la croissance du crime organisé au Mexique. Les Etats-Unis font également face à des défis à l’intérieur de leurs propres frontières et partagent la responsabilité dans le soutien à une stratégie de guerre contre la drogue qui a, de façon si évidente, renforcer la brutalité des cartels de la drogue. Il y a un manque d’informations sur les activités anti-corruption aux Etats-Unis qui ont échoué dans la prévention et ont effectivement facilité le transfert de «substances illégales» [drogues] à travers la frontière pour une distribution aux villes des deux côtes est et ouest des Etats-Unis. Le traitement de l’addiction et les programmes de prévention contre l’abus de drogue manquent tristement de moyens. Des mesures comme le référendum californien sur la légalisation de la marijuana pourraient éliminer un immense morceau du revenu des cartels en retirant la drogue du marché noir.

Les déclarations de H. Clinton révèlent les forts courants à l’intérieur du gouvernement qui cherchent à approfondir l’engagement des Etats-Unis dans la guerre mexicaine contre la drogue. Il n’est jamais facile d’admettre l’échec d’une politique de cette ampleur ou de laisser tomber des plans comme le Plan Mexique qui impliquent les lobbies puissants des producteurs d’armes et des sociétés de sécurité privées. Mais le Président Obama a eu le courage d’admettre des erreurs et d’essayer de les corriger. Aussi bien l’administration que le Congrès doivent faire preuve de ce courage maintenant pour profondément réorienter la guerre contre la drogue qui est hors de contrôle sur la frontière. (Traduction A l’Encontre)

 

1. Le «plan Colombie» a été mis en place par les Etats-Unis à l’occasion de la présidence Andrés Pastrana en 1998. Il permit un vaste déploiement militaire dans la région de la Colombie en passant par l’Equateur et des îles côtières du Venezuela. Après les changements politiques (gouvernement Correa) survenus en Equateur (retrait de la base de Manta), la Colombie va concentrer le gros de la présence des forces militaires états-uniennes qui, de là, disposent de «forces de projection», en s’appuyant aussi sur leur base du Honduras; cette dernière a été développée suite à la victoire des Sandinistes en 1979. La lutte contre le narcotrafic a été le vecteur de légitimation politico-médiatique de cette «couverture militaire». (Réd. À l'Encontre)

Laura Carlsen est directrice de l’Americas Policy Program à Mexico City.


 Articles de Laura Carlsen publiés par Mondialisation.ca

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=21241

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 23:02
Mercredi 22 septembre 2010 3 22 /09 /2010 23:42

Réarmement record contre le nouvel ennemi : l’Iran
Golfe persique : 123 milliards de dollars de fournitures états-uniennes aux régimes arabes

 

Par Manlio Dinucci et Tommaso Di Francesc

 

Il manifesto

 

C’est la plus grosse vente particulière d’armes jamais réalisée par les Etats-Unis : ils fourniront à l’Arabie Saoudite et aux autres Etats du Golfe des bombardiers, des hélicoptères, des missiles et d’autres armements pour une valeur de 123 milliards de dollars.

  

Boeing vend à l’Arabie Saoudite 85 nouveaux F-15 et en potentialise 70 autres : ce sont des chasseurs de combat multifonction, en mesure de transporter des armes nucléaires, à une vitesse deux fois et demi supérieure à celle du son, et capables d’éviter les défenses ennemies. Boeing fournit en outre 70 hélicoptères de combat Apache et 36 Little Bird, utilisés par les forces pour les opérations spéciales. A cela s’ajoute plus de 70 hélicoptères de combat Black Hawk de Sikorsky (United Technologies). Le « colis » coûtera à l’Arabie Saoudite 67 milliards de dollars, à quoi s’ajouteront les dépenses pour l’entraînement du personnel, les pièces de rechange et les modernisations.

 

Aux     Emirats Arabes Unis, les USA vendent 35-40 milliards de dollars d’armements, dont un « bouclier » formé de missiles Thaad de Lockheed Martin. Sont en outre potentialisés les missiles Patriot, fournis par Raytheon aux Emirats et aux Koweït. Ce dernier paiera 7 milliards de dollars. A Oman seront fournis 18 nouveaux chasseurs F-16 de Lockheed Martin, tandis que 12 autres seront potentialisés : la dépense se monte à 12 milliards de dollars.

 

 Dans son annonce de la vente de 123 milliards de dollars aux Etats du Golfe, le Financial Times (21 septembre) la définit comme « une énorme impulsion à l’industrie américaine (états-unienne, NdT) de la défense ». Il ajoute ainsi que « l’achat de nouvelles armes états-uniennes survient au moment où de nombreux pays du Moyen-Orient, où se trouvent les deux tiers des réserves pétrolifères mondiales, sont en alarme à cause des ambitions nucléaires de l’Iran ». La campagne sur la « menace iranienne » fonctionne donc, et bien. Les pays du Golfe ne sont pas seuls à avoir intensifié leurs acquisitions de systèmes d’armes états-uniennes, les pays européens aussi se préparent à le faire : le secrétaire général de l’OTAN, Anders Rasmussen, leur a recommandé il y a quelques jours de réaliser avec les Etats-Unis un unique « bouclier » contre la « menace des missiles iraniens». La décision politique devrait venir du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance Atlantique, à Lisbonne, en novembre. Viendra ensuite la phase opérative, avec une toute nouvelle militarisation du territoire européen et italien.

 

Que préfigure-t-on, dans l’administration Obama, avec cette mega vente d’armes aux pays du Golfe ? Son objectif, écrit le Financial Times, va au-delà de la simple promotion de l’industrie militaire états-unienne. Si les alliés de Washington dans le Golfe achètent leurs armes aux USA , ils « sont entraînés sur des plateformes communes, en potentialisant leur capacité de combattre un adversaire commun » avec les forces états-uniennes. Sur cela, ajoute le New York Times, est aussi d’accord Israël, qui jusque là avait considéré avec suspicion toutes fournitures d’armes USA aux pays arabes. En d’autres termes : en faisant la promotion de cette colossale vente d’armes, non seulement l’administration Obama revigore l’industrie guerrière et donc l’économie états-unienne, dans laquelle celle-ci joue un rôle important. Mais en même temps, l’administration Obama accroît l’influence états-unienne dans la zone stratégique du Golfe, en s’assurant que les armées des pays alliés soient à la totale disposition du Pentagone et bien armées, de façon à pouvoir un jour attaquer l’Iran qui a pris la place de l’Irak comme ennemi numéro un.

 

Est-ce ainsi que le président Obama est en train de gagner le Prix Nobel pour la paix qui lui a été conféré « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » ? Quels sens cela a-t-il de commencer le retrait des troupes combattantes en Irak – mais en laissant un presidium de bases et environ 50 mille soldats, et en doublant le nombre des mercenaires – et d’annoncer la probable amorce d’une sortie du bourbier afghan avec une afghanisation plus importante de la guerre sur le terrain, si pendant ce temps on prépare concrètement un nouveau scénario guerrier, bien plus grave ?

 

Il est emblématique que cette administration, tandis qu’elle accuse le gouvernement iranien de violer les principes de la démocratie et les droits de l’homme, soutienne et arme l’Arabie Saoudite, où le souverain détient le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire ; où il n’existe pas de Parlement mais seulement un conseil consultatif nommé lui aussi par le souverain ; où les partis politiques et les organisations syndicales sont considérées comme illégales, et les femmes exclues de la vie politique et du travail. Sans oublier les nombreux « cas Sakineh » dans les prisons des pays du Golfe. Ces « valeurs » sont défendues et renforcées par les chasseurs bombardiers et les hélicoptères de combat, fournis dans une mesure sans précédents par les Etats-Unis sous une administration démocratique.

 

Il manifesto, 21 septembre 2010,

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20100922/pagina/09/pezzo/287376/  

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=21148

 

 

Politiques de la peur:les pays du Golfe achètent des armes pour 123 milliards $


Leila Mazboudi

 

22/09/2010 Dans l’un des plus grands contrats d’armements , 4 pays du Golfe envisagent de s’acheter des armements pour le montant de 123 milliards de dollars. Le principal fournisseur étant bien entendu les États-Unis.

Selon le quotidien britannique Financial Times, l’Arabie saoudite devrait s’accaparer une part de 67 milliards, en échange de laquelle elle  devrait obtenir 85 avions de chasse de type F15, et moderniser 70 avions qui sont déjà en sa possession. Elle devra également s’acquérir des hélicoptères de combat, des systèmes de défense anti missiles, et des navires de guerre, si ces achats sont validés par le Congrès.  
 
Quant aux Emirats arabes unis, et dont le contrat d’armements s’élève à près de 40 milliards de dollars, ils ont obtenu le feu vert pour s’acquérir des missiles Thaad anti missiles, ainsi que des systèmes de défense Patriot.
Alors que le sultanat d’Oman va obtenir 18 avions de type F16 et en moderniser 12 autres, pour le montant de 12 milliards,  le Koweït va dépenser la somme de 7 milliards de dollars pour remplacer et moderniser ses avions de guerre, et s’acheter deux nouveaux systèmes de commande et contrôle afférents. ce pays a également conclu un accord pour développer les systèmes de missiles anti missiles Patriot.
 
Selon le journal britannique, ces énormes transactions d’armements reflètent la peur de ces quatre pays du Golfe,  en cas d’attaque américaine et israélienne contre lui d’une riposte iranienne contre des bases américaines sur leurs territoires, ou les installations pétrolières, ou contre le détroit d’Ormuz, dans le golf persique, entravant le passage des oléoducs.
 
Or, pour le rédacteur en chef du journal londonien arabophone AlQuds AlArabi, Abdel Bari Atouane, ce genre de transactions n’est que le fruit des politiques de peur menées par les Américains, en amplifiant les capacités militaires de certains pays voisins pour promouvoir les ventes d’armes, ou persuader ces pays de "ses guerres interminables » . Atouane révèle à cet égard que la roi saoudien était d’abord réticent quant à cette transaction, mais a dû plier sous les coups de cette politique de peur.
 
A noter que ces politiques de peur sont généralement véhiculées par des centres d'études américains de renommée, qui évoquent avec des mots pompeux l'arsenal militaire iranien. ( voir par exemple l'étude réalisée dernièrement par le Antony Cordsman, directeur du Centre d'études stratégiques et internationales américaines dans laquelle il opère une comparaison entre les capacités militaires iraniennes et celles des pays du Golfe, pour conclure que celles de l'Iran étaient nettement supérieures).  
Atouane  perçoit aussi ans ce contrat des tentatives pour sauver l’industrie militaire américaines, rappelant que les ventes militaires américaines ont connu une baisse pour atteindre les 22 milliards de dollars l’année dernière, alors qu’elles étaient de l’ordre de 38 l’année d'avant.
Atouane soupçonne également des liens entre ce genre de contrats énormes et des commissions qu’empochent certains émirs influents. Evoquant à l’appui l’affaire des Yamama, qui a éclaté en Grande Bretagne, relative à un contrat signé entre l’Arabie Saoudite et la Grande Bretagne au début des années 80, pour le montant de 76 milliards de dollars. Éclaboussé par les pots de vins astronomiques empochés par des émirs influents, l’affaire révèle que l'un d’entre eux avait empoché la somme de 2 milliards de dollars. Raison pour laquelle le premier ministre britannique Tony Blair avait intervenu en personne pour empêcher la poursuite de l’enquête, arguant la défense de la sécurité nationale britannique.
Il y a quelques années, rappelle Atouane, le roi saoudien a suspendu provisoirement l’achat d’avions Euro Fighter, pour le montant de 8 milliards de dollars, sur sollicitation de Blair qui s’était plaint du pourcentage élevé des commissions fixé à 25%.
 
Par ailleurs, le chroniqueur arabe s’étonne que les pays du Golfe s’inquiètent du programme nucléaire iranien, alors que la Turquie, pays voisin de l’Iran n’affiche nullement cette inquiétude.
«  Il faut que les pays du Golfe craignent les États-Unis et d’Israël, beaucoup plus que le danger iranien », a-t-il conseillé aux pays du Golfe, leur rappelant la position du Koweït qui a soutenu l’Irak, dans sa guerre contre l’Iran pour ensuite devenir sa première victime.     

 

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=155112&language=fr

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 04:41

 

A la "Une" du Quotidien du Peuple (organe du comité central du PC chinois) aujourd'hui "Est-ce que les Etats-Unis cherchent des noises dans la mer de Chine méridionale ou est-ce qu'ils veulent maintenir le paix ?"

 

great_seal_of_the_us.pngL'article fait suite aux déclarations de l'amiral Robert F. Willard le 18 août selon lesquelles les Etats-Unis se maintidendront militairement pour longtemps dans la mer de Chine méridionale pour "s'opposer à l'usage de la force" dans le cadre du litige opposant la Chine, le Vietnam, Taiwan, les Philippines, la Malaisie et Brunei sur  l'achipel des Spartleys (dont chacun occupe une partie). Il accuse Willard d'exagérer la nature des tensions dans cette région et rappelle que la Chine aux côtés de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) s'est engagé avec tous les pays d'Asie du Sud-Est à rechercher des issues pacifiques aux litiges territoriaux.

 

flag-china.png

Il s'avère en effet que l'ASEAN et la Chine ont défini en 2002 un code de bonne conduite pour la résolution du litige territorial des Spartly et des négociations sont en cours pour le rendre plus contraignant. Dans ce contexte, les déclarations successives de Robert Gates, Hillary Cinton et de l'amiral Willard sur l' "intérêt national" des Etats-Unis à garantir par leur présence militaire dans cette zone le règlement pacifique des contentieux ne peut apparaître que comme une ingérence assez brutale.

 

Derrière ces gesticulations se cache en fait un nouvel épisode de la guerre du pétrole entre la Chine et les Etats-Unis.

 

Bien que l'archipel des Spratleys ne représente que quelques centaines d'îlots, ils sont censés reposer sur de grandes réservations de pétrole et de gaz naturel, et ils contrôlent des voies de la navigation de la région et des fonds de pêche principaux. La flambée des prix du pétrole n’a pas facilité les choses. La Chine qui souffre d’une pénurie d’énergie qui l’a conduite à des coupures d’électricité s’intéresse aux réserves d’hydrocarbures de l’archipel. En juillet 2004, les Philippines ont protesté contre les actions exploratoires de PétroChina trop près des îles contestées.

 

Le mois précédent, Taiwan avait demandé une clarification des frontières autour de l’archipel. Taipeh entretient des bases sur les îles de Dongsha et de Nansha proches de l’archipel litigieux et a construit un poste d'observation sur un récif au large de la plus grande île de l'archipel. Les Vietnamiens, eux, ont construit le petit aéroport sur Truong Sa Lon sur une autre île. Les sources vietnamiennes prétendent que les 600m de la piste sont seulement conçus pour accueilir des vols de touristes. Les Américains et les Philippins ont de leur côté organisé des manoeuvres militaires dans la province occidentale de Palawan pas loin des Spratleys au début de l'année.

 

Selon les experts américains une guerre en mer de Chine méridionale serait désastreuse pour le commerce international, 50 % du tonnage marchand et 30 des cargaisons de pétrole brut passent par les Spratleys.

 

La nouvelle source de tension en mer de Chine méridionale fait suite à un autre bras de fer, qui a eu lieu en juillet en Mer Jaune, plus au nord. Après que la Corée du Nord ait été accusée d'avoir coulé un navire militaire sud-coréen, le Cheonan, en mai dernier (en fait un navire qui pourrait bien avoir été plutôt coulé par une mine flottante américaine), les Etats-Unis ont organisé dans la Mer jaune des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud en vue d'impressionner Pyongyang. La Chine s'est opposée vivement à la participation du porte-avion à propulsion nucléaire le George Washington, néanmoins les Etats-Unis ont maintenu leur décision et le porte-avion continuera de participer à des manoeuvres conjointes avec la Corée du Sud dans les mois qui viennent, comme il l'a fait en octobre 2009. Notons d'ailleurs que la Corée du Sud depuis qu'elle a élu un président belliciste en 2008 ne cache plus ses intentions d'envahir la Corée du Nord (même si certains supporters de Washington préfèreraient que la Chine se charge elle-même du "sale boulot"). 

 

Ces tensions n'ont cependant pas empêché la Chine d'envoyer une flottille à Vladivostok pour participer à des manoeuvres navales le 22 août avec Russes, Américains et Japonais dans le cadre d'opérations de lutte contre le trafic de drogue dans le Pacifique nord.

 

Le Pacifique est depuis 10 ans le lieu d'une course aux armements généralisée et une des zones les plus dangereuses pour la paix mondiale.

 

F. Delorca

 

 

http://atlasalternatif.over-blog.com/article-apres-la-mer-jaune-l-us-navy-s-invite-en-mer-de-chine-meridionale-55690204.html

 

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 02:28
Emiliano Zapata -Wikipedia
Des troupes US arriveront à la frontière du Mexique le 1er août

 

Les troupes de la garde nationale américaine commenceront à se déployer le long de la frontière avec le Mexique le 1er août pour renforcer la sécurité et freiner l'afflux d'immigrants illégaux, d'armes et de drogue, ont annoncé les autorités.

 

Environ 300 agents des douanes et de la protection des frontières se joindront à ces troupes, qui bénéficieront d'équipements supplémentaires et du soutien d'hélicoptères.

"La frontière est mieux pourvue et plus sécurisée qu'elle ne l'a jamais été, mais le travail continue et cela reste un défi", a dit Alan Bersin, responsable de l'agence des douanes et de la protection des frontières.

L'administration Obama s'est engagée à envoyé jusqu'à 1.200 membres de la garde nationale pour un an dans la zone et à obtenir 600 millions de dollars pour financer le déploiement d'un millier de garde-frontière supplémentaires et de systèmes aériens de surveillance.

Les faits de violences se sont multipliés ces dernières années le long de la frontière, mais l'immigration illégale a reculé concomitamment à l'augmentation des saisies d'armes et de narcotiques, a relevé Bersin.

Sur les 1.200 gardes nationaux dépêchés, 524 seront stationnés en Arizona, dont le Congrès a adopté récemment une loi très stricte et qualifiée de raciste par certains opposants, pour lutter contre l'immigration clandestine.

L'administration fédérale a porté l'affaire jeudi devant un tribunal afin de bloquer cette loi qui autorise sans les nommer les contrôles "au faciès", puisqu'elle enjoint aux polices locale et fédérale de vérifier le statut de résident de quiconque est "raisonnablement" soupçonné d'être un clandestin.

Ce texte doit entrer en vigueur le 29 juillet. Le ministère de la Justice estime qu'il viole les lois fédérales, puisque l'immigration relève de l'administration de Washington.

Outre les troupes supplémentaires, l'agence de protection des douanes et de l'immigration ouvrira un bureau en Arizona pour mieux lutter contre le crime à la frontière et dépêchera des procureurs supplémentaires à Tucson.

Le nombre d'immigrés illégaux vivant aux Etats-Unis est estimé à 10,8 millions de personnes.

 

http://fr.news.yahoo.com/4/20100719/twl-usa-immigration-mexique-f3f52da.html

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 05:59

Les USA, Empire de la barbarie

Vous pensez être informé sur ce qui s’est passé à Guantánamo et vous vous étonnez que le président Obama n’arrive pas à fermer ce centre de torture. Vous avez tort. Vous ignorez la véritable finalité de ce dispositif et ce qui le rend indispensable à l’administration actuelle. Attention : si vous souhaitez continuer à penser que nous avons des valeurs communes avec les États-Unis et que nous devons être alliés avec eux, abstenez-vous de lire cet article.
 

obama

Chacun se souvient de ces photographies de tortures qui circulaient sur Internet. Elles étaient présentées comme les trophées de guerre de quelques GI’s. Néanmoins, les grands médias, ne pouvant en vérifier l’authenticité, n’osaient pas les reproduire. En 2004, la chaîne CBS y consacra un reportage. Ce fut le signal d’un grand mouvement de dénonciation des mauvais traitements infligés aux Irakiens. La prison d’Abu Ghraib montrait que la prétendue guerre contre la dictature de Saddam Hussein était en réalité une guerre d’occupation comme les autres, avec le même cortège de crimes. Sans surprise, Washington assura qu’il s’agissait d’exactions perpétrées à l’insu du commandement par quelques individus non-représentatifs, qualifiés de « pommes pourries ». Quelques soldats furent arrêtés et jugés pour l’exemple. Le dossier était clos jusqu’aux prochaines révélations.



 

Simultanément, la CIA et le Pentagone préparaient l’opinion publique aux États-Unis et dans les États alliés à changer de valeurs morales. L’Agence avait nommé un agent de liaison avec Hollywood, le colonel Chase Brandon (un cousin de Tommy Lee Jones) et engagé de célèbres écrivains (comme Tom Clancy) et scénaristes pour écrire de nouveaux films et séries télévisées. Le but : stigmatiser la culture musulmane et banaliser la torture dans la lutte contre le terrorisme.

 

À titre d’exemple, les aventures de l’agent Jack Bauer, dans la série 24H, ont été abondamment subventionnées par l’Agence pour que chaque saison repousse un peu plus loin les limites de l’acceptable. Dans les premiers épisodes, le héros intimide des suspects pour leur extorquer des renseignements. Dans les épisodes suivants, tous les personnages se soupçonnent les uns les autres, et se torturent à leur tour, avec de moins en moins d’états d’âme et de plus en plus de certitude du devoir à accomplir. Dans l’imaginaire collectif, des siècles d’humanisme furent balayés et une nouvelle barbarie s’imposa. Le chroniqueur du Washington Post, Charles Krauthammer (par ailleurs médecin psychiatre) pouvait présenter l’usage de la torture comme « un impératif moral » (sic) en ces temps troublés de guerre contre le terrorisme.

 
Détenu sortant d’une séance de conditionnement à Guantánamo
 

Vint la confirmation par l’enquête du sénateur suisse Dick Marty au Conseil de l’Europe que la CIA avait enlevé des milliers de personnes dans le monde, dont des dizaines, voire des centaines sur le territoire de l’Union européenne. Puis ce fut l’avalanche de témoignages sur les crimes perpétrés dans les prisons de Guantánamo (Caraïbes) et de Baghram (Afghanistan). Parfaitement conditionnée, l’opinion publique des États membres de l’OTAN accepta l’explication qu’on lui donna et qui cadrait si bien avec les intrigues romanesques dont elle était abreuvée : pour sauver des vies d’innocents, Washington avait recours à des pratiques clandestines ; on enlevait des suspects et on les faisait parler par des méthodes que la morale réprouve mais que l’efficacité commande.

 

C’est à partir de cette narration simpliste que le candidat Barack Obama s’est dressé contre l’administration Bush sortante. Il a érigé l’interdiction de la torture et la fermeture des prisons secrètes en mesures phares de son mandat. Dès son élection, durant la période de transition, il s’est entouré de juristes de très haut niveau qu’il a chargé d’élaborer une stratégie pour clore ce sinistre épisode. Une fois installé à la Maison-Blanche, il a consacré ses premiers décrets présidentiels à la mise en œuvre de ses engagements en la matière. Cet empressement a conquis l’opinion publique internationale, a suscité une immense sympathie pour le nouveau président et a rénové l’image des États-Unis dans le monde.

 

Seulement voilà : un an après l’élection de Barack Obama, si quelques centaines de cas individuels ont été réglés, rien n’a changé sur le fond. Guantánamo est là et ne sera pas fermé dans l’immédiat. Les associations de défense des droits de l’homme sont formelles : les violences contre les détenus ont empiré.

 

Interrogé à ce sujet, le vice-président Joe Biden a déclaré que plus il avançait dans ce dossier, plus il découvrait des aspects qu’il ignorait jusque là. Puis, énigmatique, il a mis en garde la presse, assurant qu’il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore.

 

De son côté, Greg Craig, le conseiller juridique de la Maison-Blanche, a souhaité présenter sa démission, non qu’il considère avoir failli à sa mission de fermer le centre, mais parce qu’il estime désormais qu’on lui a confié une tache impossible.

 

Pourquoi donc le président des États-Unis ne parvient-il pas à se faire obéir ? Si l’on a déjà tout dit sur les exactions de l’ère Bush, pourquoi évoquer une boîte de Pandore et que craindre ?

 

C’est qu’en réalité, le système est plus vaste. Il ne se limite pas à quelques enlèvements et à une prison. Surtout, sa finalité est radicalement différente de ce que la CIA et le Pentagone ont fait croire.

 

Avant de commencer notre descente aux enfers, il convient de lever une confusion.

 

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Le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld a participé aux réunions du Groupe des Six, chargé de choisir les tortures mises en œuvres par les forces US. Ici, il visite la prison d’Abu Graib (Irak)
 

 

Contre-insurrection

 

Ce qui a été fait par l’Army à Abu Ghraib, du moins au début, n’avait rien à voir avec ce qui est expérimenté par la Navy à Guantánamo et dans ses autres prisons secrètes. Il s’agissait simplement de ce que font toutes les armées du monde lorsqu’elles se transforment en police et affrontent une population hostile. Elles la dominent en la terrorisant. En l’occurrence, les Forces de la Coalition ont reproduit les crimes commis lors de la Bataille d’Alger par des Français contre des Algériens qu’ils appelaient encore leurs « compatriotes ». Le Pentagone a rappelé le général français à la retraite Paul Aussaresses, spécialiste de la « contre-insurrection », pour qu’il briefe les officiers supérieurs.

 

Durant sa longue carrière, Aussaresses a accompagné les États-Unis partout où ils ont livré des « guerres de basse intensité », principalement en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.

 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis installent deux centres de formation à ces techniques, la Political Warfare Cadres Academy (Taiwan) et la School of Americas (Panama). Des cours de torture y furent dispensés aux responsables de la répression dans les dictatures asiatiques et latino-américaines. Dans les années 60-70, ce dispositif fut coordonné au sein de la World Anti-Communist League, où siégeaient les chefs d’État concernés [1]. Cette politique prit une ampleur considérable lors des opérations Phoenix au Vietnam (neutralisation de 80 000 individus soupçonnés d’appartenir au Viet Cong) [2]et Condor en Amérique latine (neutralisation des opposants politiques à l’échelle du continent) [3]. Le schéma articulant des opérations de nettoyage de zones insurgées à des escadrons de la mort a été appliqué à l’identique en Irak, notamment lors de l’opération Iron Hammer [4].

 

La seule nouveauté est la distribution aux GI’s d’un classique de la littérature coloniale, The Arab Mind, de l’anthropologue Raphael Patai, avec une préface du colonel Norvell B. De Atkine, patron de la John F. Kennedy Special Warfare School, nouvelle dénomination de la sinistre School of Americas depuis qu’elle a été déménagée à Fort Bragg (Caroline du Nord) [5]. Ce livre, qui présente sur un ton savant des préjugés stupides sur les « arabes » en général, comprend un célèbre chapitre sur les tabous sexuels qui a inspiré les mises en scène d’Abou Ghraib.

 

Les tortures commises en Irak ne sont pas des cas isolés, comme l’a feint l’administration Bush, mais s’intègrent dans une stratégie de contre-insurrection. Le seul moyen d’y mettre fin, ce n’est pas de les condamner moralement, c’est de résoudre la situation politique. Or Barack Obama repousse toujours à plus tard le retrait des forces étrangères d’Irak.

 

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Auteur à succès, inventeur de la psychologie positive, professeur à l’université de Pennsylvanie et ancien président de l’American Psychological Association, Martin Seligman a supervisé les tortures expérimentées sur les prisonniers à Guantanamo
 

 

Les expériences du professeur Biderman

 

C’est dans une toute autre perspective qu’un psychiatre de l’Armée de l’air, le professeur Albert D. Biderman, étudia pour la Rand Corporation le conditionnement des prisonniers de guerre US en Corée du Nord.

 

Bien avant Mao et le communisme, les Chinois avaient mis au point des méthodes raffinées pour briser la volonté d’un détenu et lui inculquer des aveux. Il les avaient utilisées durant la guerre de Corée et avaient obtenu quelques résultats : des prisonniers de guerre US avouant avec conviction devant la presse des crimes qu’ils n’avaient peut-être pas commis. Biderman présenta ses premières observations lors d’une audition au Sénat, le 19 juin 1956, puis à l’Académie de médecine de New York, l’année suivante (Voir documents téléchargeables ci-dessous). Il distingua cinq stades par lequel passent les « sujets ».

 

- 1. Tout d’abord le prisonnier refuse de coopérer et se mure dans le silence.

 

- 2. Par un mélange de brutalités et de gentillesse, on peut le faire passer à un second stade où il va être conduit à se défendre de ce dont on l’accuse.

 

- 3. Puis, le prisonnier commence à coopérer. Il continue à clamer son innocence, mais il cherche à satisfaire ses interrogateurs en reconnaissant qu’il a peut être commis une faute sans le vouloir, par accident ou par inadvertance.

 

- 4. Lorsqu’il traverse la quatrième phase, le prisonnier est complètement dévalorisé à ses propres yeux. Il persiste à nier ce dont on l’accuse, mais il confesse sa nature criminelle.

 

- 5. À la fin du processus, le prisonnier admet être l’auteur des faits qu’on lui reproche. Il invente même des détails supplémentaires pour s’accuser et réclame son châtiment.

 

Biderman examine également toutes les techniques utilisées par les tortionnaires chinois pour manipuler les prisonniers : isolation, monopolisation de la perception sensorielle, fatigue, menaces, gratifications, démonstrations de puissance des geôliers, dégradation des conditions de vie, contrainte. La violence physique est secondaire, la violence psychologique est totale et permanente

 

Les travaux de Biderman sur le « lavage de cerveau » ont acquis une dimension mythique. Les militaires US ont craint que leurs hommes puissent être retournés par l’ennemi, conditionnés pour dire n’importe quoi et peut être pour faire n’importe quoi. Ils ont donc conçu un programme d’entrainement de leurs pilotes de chasse de sorte que ceux-ci deviennent réfractaires à cette forme de torture et ne puissent être retournés par l’ennemi s’ils étaient faits prisonniers. Cette formation est nommée SERE, acronyme de Survivre, s’Évader, Résister, s’Échapper (Survival, Evasion, Resistance, Escape). Si initialement le cours était donné à la School of Americas, il a été étendu aujourd’hui à d’autres catégories de personnel militaire et est dispensé sur plusieurs bases. En outre des formations de cette nature ont été instituées dans chaque armée membre de l’OTAN.

 

Ce que l’administration Bush a décidé, après l’invasion de l’Afghanistan, c’est d’utiliser ces techniques pour inculquer des aveux à des prisonniers qui justifieraient ainsi, a posteriori, l’implication de l’Afghanistan dans les attaques du 11-Septembre et validerait la version officielle des attentats.

 

De nouvelles installations ont été construites sur la base navale de Guantánamo et des expériences y ont été menées. La théorie d’Albert Biderman a été complétée par un psychologue civil, le professeur Martin Seligman. C’est une personnalité très en vue qui a été notamment président de l’American Psychological Association.

 

Seligman a montré une limite de la théorie des réflexes conditionnés d’Ivan Pavlov. On place un chien dans une cage dont le sol est divisé en deux parties. On électrifie aléatoirement un côté ou l’autre du sol. L’animal saute d’un endroit à l’autre pour se protéger — jusque là, rien de surprenant—. Puis, on accélère les choses et parfois on électrifie toute la cage. L’animal se rend compte qu’il ne peut pas s’échapper et que ses efforts sont vains. Bientôt, il renonce, s’allonge sur le sol et entre dans un état second qui lui permet de supporter passivement la souffrance. On ouvre alors la cage. Surprise : l’animal ne fuit pas. Dans l’état psychique où il s’est placé, il n’est plus en mesure de s’opposer. Il reste allongé à endurer la douleur

 

La Navy a constitué une équipe médicale de choc. Elle a notamment fait venir à Guantánamo le professeur Seligman. Ce praticien est une star, connue pour ses travaux sur la dépression nerveuse. Ses ouvrages sur l’optimisme et la confiance en soi sont des best-sellers mondiaux.

 

C’est lui qui a supervisé des expériences sur cobayes humains. Certains prisonniers, soumis à de terribles tortures, finissent spontanément par se placer dans cet état psychique qui leur permet de supporter la douleur, mais les prive de toute capacité de résistance.

 

En les manipulant ainsi, on les amène rapidement au stade 3 du processus de Biderman.

 

S’appuyant toujours sur les travaux de Biderman, les tortionnaires états-uniens, guidés par le professeur Seligman, ont expérimenté et amélioré chaque technique coercitive.

 

Pour ce faire, un protocole scientifique a été élaboré qui se base sur la mesure des fluctuations hormonales. Un laboratoire médical a été installé à Guantánamo. Des prélèvement de salive et de sang sont opérés à intervalles réguliers sur les cobayes pour évaluer leurs réactions.

 

Les tortionnaires ont sophistiqué leurs crimes. Par exemple, dans le programme SERE, on monopolisait la perception sensorielle en empêchant le prisonnier de dormir avec une musique stressante. Ils ont obtenu des résultats bien supérieurs en diffusant des cris de bébés inconsolables durant des journées d’affilée. Ou encore, on manifestait la toute puissance des geôliers par des passages à tabac. À Guantánamo, ils ont créé l’Immediate Reaction Force. Il s’agit d’un groupe chargé de punir les prisonniers. Lorsque cette unité entre en action, ses membres sont revêtus de cuirasses de protection à la Robocop. Ils extraient le prisonnier de sa cage et le placent dans une pièce dont les murs ont été capitonnés et tapissés de contreplaqué. Ils projettent le cobaye contre les murs, comme pour le fracasser, mais le contreplaqué amortit partiellement les chocs de sorte qu’il soit hébété, mais que ses os ne soient pas brisés.

 

Le progrès principal a été réalisé pour le supplice de la baignoire. Jadis la Sainte Inquisition plongeait la tête d’un prisonnier dans une baignoire et l’en retirait juste avant qu’il ne meure noyé. La sensation de mort imminente provoque l’angoisse maximale. Mais le procédé était primitif et les accidents fréquents. Désormais le prisonnier n’est plus plongé dans une baignoire pleine, mais attaché allongé dans une baignoire vide. On le noie en lui versant de l’eau sur la tête avec la possibilité d’arrêter instantanément. Les accidents sont plus rares. Chaque séance a été codifiée pour déterminer les limites du supportable. Des assistants mesurent la quantité d’eau utilisée, le moment et la durée de la suffocation. Lorsque celle-ci intervient, ils récupèrent les vomissures, les pèsent et les analysent pour évaluer l’énergie dépensée et l’épuisement qui s’ensuit.

 

Ainsi que le résumait le directeur adjoint de la CIA devant une Commission parlementaire : « Cela n’a rien à voir avec ce que faisait l’Inquisition, à part l’eau » (sic).

 

Les expériences des médecins états-uniens n’ont pas été conduites en secret comme celles du docteur Josef Mengele à Auschwitz, mais sous le contrôle direct et exclusif de la Maison-Blanche.

 

Tout a été rapporté à un groupe décisionnaire composé de six personnes : Dick Cheney, Condoleezza Rice, Donald Rumsfeld, Colin Powell, John Ashcroft et George Tenet, qui a témoigné avoir participé à une douzaine de ces réunions de travail.

 

Le résultat de ces expériences est néanmoins décevant. Rares sont les cobayes qui se sont avérés réceptifs. Il a été possible de leur inculquer des aveux, mais leur état est resté instable et il n’a pas été possible de les produire en public face à des contradicteurs.

 

Le cas le plus connu est celui du pseudo-Khalil Sheikh Mohammed. Il s’agit d’un individu arrêté au Pakistan et accusé d’être un islamiste koweïtien, bien qu’il ne s’agisse manifestement pas de la même personne. Après avoir été longuement torturé et avoir notamment été soumis 183 fois au supplice de la baignoire durant le seul mois de mars 2003, l’individu a reconnu être Khalil Sheikh Mohammed et s’est accusé d’avoir organisé 31 attentats différents aux quatre coins du monde, de celui au WTC de New York en 1993, en passant par la destruction à la bombe d’une boîte de nuit à Bali et la décapitation du journaliste Daniel Pearl jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001. Le pseudo-Sheikh Mohammed a maintenu ses confessions devant une commission militaire, mais il n’a pas été possible aux avocats et juges militaires de le questionner en public, tant on craignait que, hors de sa cage, il ne revienne sur ses aveux.

 

Pour masquer les activités secrètes des médecins de Guantánamo, la Navy a organisé des voyages de presse à l’attention de journalistes complaisants. Ainsi, l’essayiste français Bernard Henry Lévy a-t-il volontiers joué le témoin de moralité en visitant ce qu’on a bien voulu lui montrer. Dans son livre American Vertigo, il assure que cette prison ne diffère pas des autres pénitenciers états-uniens et que les témoignages de sévices qu’on y pratiquerait [« ont été plutôt gonflés » (sic) [6]

 

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Une des prisons off shore de l’US NAvy. Ici l’USS Ashland. La cale à fond plat a été aménagée pour recevoir des cages de prisonniers sur plusieurs niveau
 

Les prisons off shore de la Navy

 

En définitive, l’administration Bush a estimé que fort peu d’individus étaient conditionnables au point de croire avoir commis les attentats du 11-Septembre. Elle en a conclu qu’il fallait tester un très grand nombre de prisonniers pour sélectionner les plus réceptifs.

 

Compte tenu de la polémique qui s’est développée autour de Guantánamo et afin d’être sûr de ne pas être poursuivable en justice, la Navy a créé d’autres prisons secrètes et les a placées hors de toute juridiction, dans les eaux internationales.

 

17 bateaux à fond plat, du type de ceux utilisés pour les débarquements de troupes, ont été aménagés en prisons flottantes avec des cages comme à Guantánamo. Trois ont été identifiés par l’association britannique Reprieve. Il s’agit de l’USS Ashland, l’USS Bataan et l’USS Peleliu.

 

Si l’on additionne la totalité des personnes qui ont été faites prisonnières en zone de conflit ou enlevées n’importe où dans le monde et transférées dans cet ensemble de prisons au cours des huit dernières années, ce sont au total 80 000 personnes qui auraient transité dans le système, dont moins d’un millier auraient été poussées vers les stades ultimes du processus de Biderman.

 

Dès lors le problème de l’administration Obama se résume ainsi : il ne sera pas possible de fermer Guantánamo sans révéler ce qui y a été fait. Et il ne sera pas possible de reconnaître ce qui y a été fait, sans admettre que tous les aveux recueillis sont faux et ont été délibérément inculqués sous la torture, avec les conséquences politiques que cela implique.

 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, douze procès furent jugés par le tribunal militaire de Nüremberg. L’un fut consacré à 23 médecins nazis. 7 furent acquittés, 9 furent condamnés à des peines de prison et 7 furent condamnés à mort. Depuis, un Code éthique régit la médecine au plan international. Il interdit précisément ce que les médecins états-uniens ont fait à Guantánamo et dans les autres prisons secrètes.

 

 

Thierry Meyssan, Voltairenet.org

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 04:13

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Quelques liens sur mon blog R-sistons à l'intolérable.

 

Notre monde est en ébullition,

 

La France s'est rangée derrière l'OTAN

 

et elle en sera l'un des serviteurs les plus zélés,

 

au risque de toutes les guerres impériales,

 

auxquelles elle apportera sa caution.  

 

Appel aux Elus... pour éviter le pire !

 

Ces articles rentrent parfaitement dans le cadre de ce blog.

 

Cordialement, eva

 

 

  Cliquer sur les liens :

 

 

 

Sur le site mondialisation.ca, à lire :

New York – Ma’an News Agency – Une journaliste israélienne est détenue secrètement depuis des mois, selon des sources confirmées cette semaine; selon certaines allégations elle aurait obtenu et procuré certaines informations militaires top-secret à un journal israélien.

 


Le Shin Bet, service secret israélien, a interdit aux media de mentionner cette affaire ou de nommer le reporter, Anat Kam, 23 ans , dont d’ex-collègues ont dit qu’elle travaillait pour le site israélien d’informations Walla! jusqu’à son arrestation en décembre dernier.


Un groupe de journalistes israéliens va mettre en cause l’isolement au tribunal le 12 avril, 48 heures avant que ne s’ouvre le procès de Kam pour espionnage et trahison. L’accusation soutient qu’elle a copié au moins deux documents militaires top-secret pendant son service militaire obligatoire il y a quelques années. Ces documents auraient inspiré une enquête du Haaretz menée en 2008 par le journaliste Uri Blau, celle-ci détaille les procédures d’assassinat de l’armée israélienne.

Les journalistes israéliens qui ont contacté  Ma'an disent qu’ils croient que la communauté des services secrets israéliens veut faire un exemple de Kam afin de dissuader les autres de dévoiler des documents secrets dans le futur

 

 

Suite ici : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=18491

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 01:37
Go to the original: Some Rogue Regimes Are Less Rogue Than Others by Philip Giraldi
AlterInfo

Samedi 20 Mars 2010
Antiwar.com, 11 mars 2010

L’État voyou

Bien que nulle part dans le monde les États-Unis ne soient face à un ennemi capable de s'opposer à eux sur le champ de bataille, le budget de la Défense de 2011 sera augmenté de 7,1 % par rapport au niveau actuel. Une grande partie des nouvelles dépenses iront dans des drones, la dernière contribution des USA à la civilisation occidentale, capable de surveiller de grandes surfaces de terrain et de délivrer la mort depuis le ciel. C'est une vision de la guerre typiquement zunienne, avec un « pilote » assis à un bureau à l’autre bout du monde, capable de détruire une cible tout en bas en appuyant sur un bouton. Hygiénique et automatique, c'est un peu comme un jeu vidéo, sans nettoyage salissant après.


Diffusé récemment, le Bilan Quadriennal de la Défense des États-Unis fait état de la manière dont le Pentagone développera une nouvelle génération de supers drones pouvant rester très longtemps en l'air pour frapper n'importe où et à tout moment dans le monde, afin de tuer ses ennemis. Certains supers drones pourront voler à des vitesses supersoniques et d'autres seront assez grands pour transporter des armes nucléaires. Conçus pour la Marine, quelques-uns de ces nouveaux drones seront capables de décoller des porte-avions pour étendre la puissance zunienne même aux points chauds les plus lointains. Les drones sont particulièrement estimés par les décideurs car ils n’ont pas d’équipage, peuvent voler au ras du sol et violer « accidentellement » l'espace aérien de quelqu'un sans que ça n’aboutisse nécessairement à un incident diplomatique.


      L'une des raisons majeures pour lesquelles les États-Unis sont devenus l'empire du mal réside dans l’adoption des drones comme arme de choix de Washington pour ses assassinats internationaux. Les drones constituent le poing déployé de ce qui se référait d’habitude à la Doctrine Bush

En vertu de cette doctrine  Washington prétend avoir le droit d'user de sa force militaire préventive à tout moment contre quiconque dans le monde, à partir du moment où la Maison Blanche détermine que cette action peut être interprétée comme une défense des États-Unis. Le vice président Dick Cheney a défini la politique en termes de pourcentage, affirmant que, si une évolution quelque part dans le monde avait 1% de chance de mettre les Etats-Unis en danger, le gouvernement des États-Unis était tenu d'agir.


      Il convient de noter que le président Barack Obama n'a renié ni la Doctrine Bush, ni la résolution du 1% de Dick Cheney, et a même été jusqu'à prétendre que les États-Unis font des « guerres justes, » approuvées par le christianisme, une position contestée entre autres par le pape Benoît XVI. Loin d’éviter la guerre et le massacre, le nombre et l'intensité des attaques de drones ont augmenté sous Obama, tout comme le nombre de victimes civiles, auquel fait allusion le splendide euphémisme non ensanglanté de « dommages collatéraux. »


      Des drones tuent en ce moment des gens en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Il convient de noter que les États-Unis ne sont pas en guerre contre tous ces pays. Dans un monde sain d'esprit cela devrait impliquer l’illégalité de ces meurtres en vertu tant du droit international que de la Constitution zunienne. Pour rendre difficile aux Zuniens de partir en guerre, les pères fondateurs des États-Unis se sont servis de contraintes constitutionnelles qui exigent du Congrès une déclaration de guerre. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Les États-Unis sont embringués dans une guerre quasi permanente depuis la Seconde Guerre mondiale, mais la plus récente déclaration de guerre véritable fut celle du 8 décembre 1941. Et puis il y a les opérations spéciales et clandestines qui couvrent le monde. À part Israël, aucun autre pays du monde n'a une politique avouée ouvertement d’agissements meurtriers contre des gens. On pourrait penser qu’en conséquence la communauté internationale regarderait en parias à la fois Tel Aviv et Washington, mais la peur de froisser la seule superpuissance du monde et son principal État satellite fait avorter la plupart des critiques. Les nations se sont en majorité résignées à laisser agir comme ils leur plaisent les équipes d'assassins et les drones armés des feux de l’enfer. Si l'Iran utilisait des drones et faisait la peau de ses ennemis en des lieux comme Dubaï, vous pourriez être sûr que la réaction serait vraiment différente.


      Et ça ne s'arrête pas là. Eric Holder, l’Attorney Général (ministre de la Justice) d’Obama a en réalité bloqué toute enquête sur le recours à la torture des fonctionnaires étasuniens, majoritairement de la CIA. L'administration prétend avoir cessé la pratique, mais a déclaré que personne ne sera puni pour avoir obéi à l’ordre de soumettre des prisonniers à la torture de la noyade, un argument qui était inacceptable au procès de Nuremberg en 1946 et qui ne devrait pas être acceptable maintenant. Les États-Unis sont signataires de l'accord international sur la torture et il y a aussi des lois fédérales et locales qui interdisent soit de la pratiquer, soit de la permettre. C’est pourquoi la décision du pouvoir consiste essentiellement à ignorer les crimes graves qui ont été commis contre des individus qui, dans de nombreux cas, étaient à la fois sans défense et totalement innocent. Ça ignore aussi la participation des juristes du ministère de la Justice et des médecins de la CIA dans le processus, une participation que beaucoup auraient considéré à la fois immorale et contraire à l'éthique. Pire que tout, ça permet de laisser s’échapper de vrais criminels de guerre, des gens comme George Tenet et ceux de la Maison Blanche qui ont approuvé cette pratique. Tenet, on s'en souvient, a reçu la Médaille présidentielle de la liberté et un contrat d’avocat de 4 millions de dollars. Il enseigne toujours à l’université Georgetown. Les juristes du ministère de la Justice, John Yoo et Jay Bybee, qui ont fabriqué l'argumentation juridique de la torture, sont maintenant respectivement professeur titulaire à Berkeley et juge à la Cour d'appel fédérale. On suppose que les véritables tortionnaires de la CIA seront toujours employés par le gouvernement fédéral ou bénéficieront d'une retraite confortable. Voilà pour le devoir de rendre des comptes pour les crimes de guerre sous le président Obama.


      Enfin, il y a l'assassinat. Le 3 février, Dennis Blair, le directeur du Renseignement intérieur, a fait remarquer lors d'un briefing au Congrès que les États-Unis se réservent le droit de tuer leurs citoyens à l'étranger quand ils sont « impliqués » activement dans des groupes considérés comme terroristes. L’implication est naturellement une expression très mouvante procurant une liberté maximum à ceux qui cherchent à faire un cas de l'exécution sommaire. Une liste de cibles implique une sorte de processus propre dans lequel un fonctionnaire du gouvernement prend une décision qui doit être basée sur des directives, mais elle ne permet pas à l'accusé de rejeter ou de contester la preuve contre lui. Il convient de noter également que personne au Congrès n’a objecté devant la déclaration de Blair, et que les médias n’ont guère signalé l'affaire. Ce qui suggère que la tolérance envers l’activité illégale et immorale imprègne désormais l’establishment. Comme l’a commenté Bruce Fein, l’ancien procureur général adjoint de Reagan, le pouvoir de suspendre les droits constitutionnels de quelqu’un à l'étranger peut être étendu à quiconque aux États-Unis. Il suffit de le déclarer combattant ennemi en vertu des clauses de la loi sur les commissions militaires. Bien que c’était un citoyen américain, Jose Padilla a été démis de son droit constitutionnel en un procès équitable, et a été arrêté à Chicago, pas à l'étranger. Pouvons-nous anticiper les exécutions extrajudiciaires de citoyens zuniens aux États-Unis dans le cadre de la guerre contre le terrorisme ? Bien sûr que nous le pouvons.


      Trois chances et vous êtes fini, M. Obama. Votre régime tolère le meurtre préventif et le tir de missiles contre des habitants de pays qui ne sont pas en guerre avec lui, laisse en liberté les tortionnaires et ceux qui permettent la torture, et prétend avoir le droit d'assassiner ses propres citoyens partout dans le monde sur la base de preuves secrètes. Ronald Reagan a autrefois décrit sa vision des États-Unis comme une ville brillante sur une colline. Ces dix dernières années, la ville brillante est devenue l’État Voyou absolu, glorifié par la puissance et l'orgueil en dépit des signes visibles de déclin et de l’avancée inexorable vers une chute catastrophique.


L'auteur: Ancien officier de la CIA, Philip Giraldi est aujourd’hui conseiller de rédaction à l’American Conservative et associé à l’American Conservative Defense Alliance.

Original : original.antiwar.com/giraldi/2010/03/10/the-rogue-nation/
Traduction copyleft de Pétrus Lombard

Source de l'article: http://www.alterinfo.net


Url de cet article:
http://www.internationalnews.fr/article-l-etat-voyou-par-philip-giralda-47058363.html

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:51

Dalaï-lama: Un moine de la CIA & Relations US-Chine qui dégénèrent

(Photographer: Pete Souza/The White House via Bloomberg)

François Marginean


La version hollywoodesque du Dalaï-lama a conduit des millions de personnes autour du monde à croire que cet homme est un Saint. Pourtant, la vérité est loin de là. Ce moine tibétain a participé et même dirigé
un régime féodal répressif contre le peuple tibétain dans les années ‘50, alors qu’il organisait une insurrection contre la Chine avec le soutient de la CIA. Il a avoué lui-même recevoir annuellement des millions de dollars de la CIA pour entrainer ses troupes de guérillas pour se séparer de la Chine. Il appartenait alors à la classe riche et dominante tibétaine, mais lorsqu’il s’aperçut que l’insurrection ne fonctionnerait pas dû au manque de soutien populaire de la masse, il décida de s’enfuir avec cette caste d’aristocrates tibétains en Inde en 1959.

Oui, un moine tibétain créé en partie par Allen Dulles qui est sur la liste de paye de la CIA, vous avez bien lu, sans oublier l’argent des George Soros de ce monde et de leurs révolutions colorées financées par le cheval de Troie de la CIA qu’est la NED, etc… Pas ce qu’il a de plus spirituel.

Dans le contexte où Obama a reçu le Dalaï-lama à Washington, cela sert de provocation directe à la Chine. Cela, combinée à l’affaire Google, des armes vendues à Taïwan par le Pentagone (114 missiles Patriot (2,81 milliards de dollars), de 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), d’équipements de communication pour les chasseurs F-16 taïwanais et de navires chasseurs de mines sous-marines, pour un montant global de 6,4 milliards de dollars), des troubles au Xinjiang avec le mouvement séparatiste des Ouïgours, on peut s’apercevoir que les États-Unis ont peur de la Chine qui est en passe de devenir la plus grande puissance industrielle et économique du monde.

Les États-Unis n’y peuvent rien pour empêcher cette émergence et tentent donc de jouer la carte de la déstabilisation et essaient ainsi de contenir les efforts chinois de mettre la main sur les ressources et le pétrole des régions avoisinantes, dont le précieux pétrole iranien. Ils espèrent ainsi couper les routes d’alimentation en énergie, de briser et éviter les accords commerciaux que la Chine tisse avec plusieurs pays du monde ainsi que de ternir ses liens diplomatiques grandissants avec ses voisins.

Cela explique bien pourquoi les États-Unis sous Obama sont en train de déplacer la guerre afghane vers le Pakistan, le nouveau théâtre militaire américain, qui sert de transit au pétrole iranien vers la Chine. La même chose peut être dite du cas du Yémen, le nouveau front de la « guerre contre le terrorisme » du Pentagone, combiné à la guerre silencieuse menée en Somalie. Le but étant évidemment de contrôler le détroit d’Ormuz, où 40% du pétrole transporté par voie maritime transige, ce qui représente 20% des échanges de pétrole mondiaux.

Voici un passage révélateur des enjeux dans la région du Xinjiang:(...) Lire la suite : http://les7duquebec.wordpress.com/2010/02/23/dalai-lama-un-moine-de-la-cia-relations-us-chine-qui-degenerent/

http://omegalpha.over-blog.com/ext/http://bridge.over-blog.org/

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