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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 15:44

A la fin de la seconde guerre mondiale, l’Aide au Développement s’affirme sous l’aspect de la reconstruction : transfert de denrées, de compétences, etc. ; notamment avec le Plan Marshall en Europe et son appendice l’ONG humanitaire CARE[1]. Même s’il existe aujourd’hui un projet de Plan Marshall Global défendu par Al Gore[2], il n’en reprend que le nom. La logique impériale qui conditionne son développement est toute autre. La stratégie dont Truman hérita avec le Plan Marshall a depuis largement montré ses limites. L’idée qu’il suffirait de transférer les technologies et les connaissances occidentales aux pays pauvres n’eut pas l’effet escompté. Il fallut donc redéfinir ce qui s’apparentait déjà plus à une logique de domination qu’à un principe d’aide extérieure neutre. La « société ouverte », concept émergeant dés l’entrée dans la Guerre Froide, fit son chemin. Aujourd’hui,  et en particulier pour L’Open Society de George Soros et ses satellites, « ouvrir les sociétés fermées » est synonyme de domination impériale par la déstabilisation et la guerre. Les paragraphes 138 et 139 de la résolution 63/308 adoptée le 7 Octobre 2009 par l’assemblée générale des Nations Unies ou « Responsabilité de Protéger » permet pour la première fois une intervention militaire au nom de considérations philosophiques et humanitaires.

Considérations philosophiques de la « Société Ouverte »

La théorie de la « société ouverte », développée par le »philosophe », en fait épistémologue viennois, Karl Popper dans son ouvrage « The Open Society and Its Enemies » est parue en 1945. Voulant ruiner toute métaphysique ou idée supérieure,  elle est une critique de la philosophie allemande classique qui voit dans l’Etat une forme organique à défendre qui soit le modèle de la liberté individuelle. Cette pensée se popularise au cours d’une  période de maturation. Ce travail qui mêle considérations de philosophie des sciences et militantisme politique,  contient entres autres l’idée qu’une « société ouverte » est une société dans laquelle les dirigeants peuvent être remplacés sans qu’il y ait d’intervention militaire. En somme un coup d’Etat permanent, mais sans putsch. Cette théorie, une fois transposée dans la réalité politique et matérielle du monde, se révèle naturellement  comme une manière habile de favoriser les formes et les mouvements impériaux. En effet, la « société ouverte », même si elle exclut officiellement la possibilité du « bain de sang intérieur », ne peut néanmoins exister qu’en procédant à plusieurs étapes de déstabilisation des « sociétés fermées », soient des Nations visées par l’Empire qui emploie cette théorie. A l’époque de la Guerre Froide, cette théorie est largement utilisée pour lutter contre le communisme. Cette idée de l’ « open society »  sera adoptée par un autre militant politique dont la défense des intérêts américains n’est plus à démontrer : George Soros[3]. Ce dernier émigrera comme courtier  à Londres, tout comme y triomphera Popper lorsqu’il sera fait chevalier et anobli par la reine d’Angleterre en 1965.

La Méthode : de Popper à Soros

L’application pure et simple de la méthode poppérienne de déstabilisation du pouvoir  est néanmoins impossible sans passer par plusieurs étapes ; il s’agit d’un authentique discours de la méthode, non pas pour bien conduire sa raison et chercher la vérité, mais pour diminuer la raison d’autrui et chercher l’accès au pouvoir à toute occasion. Cette méthode a depuis été revue et corrigée, notamment par les réseaux de George Soros et les institutions internationales.

- Premièrement, elle agit en définissant des normes d’appréciation puis de législation – les premières justifiants les secondes dans le cas de la R2P – afin d’évaluer la qualité du gouvernement d’un Etat. Pour ceci, l’emploi des médias est central, comme dans le cas de l’ONG de Soros Project Syndicate. Cette logique s’appuie également sur des ONG prétendument démocrates appartenant au(x) même(s) réseau(x) comme le Democraty Coalition Project

- Créer des réseaux d’ONG  plus larges, en réunissant des organisations acquises à la défense de causes humanitaires. Le but est de parvenir à un consensus de la part de la société civile mondiale, tout en continuant d’en orchestrer la communication externe. C’est par exemple le cas du Réseau « Soudan 365 ».[4]

- Détruire toute unité nationale au sein de la Nation visée, en prodiguant une défense des droits humains selon des critères excessifs et sans jamais présenter une analyse objective qui prend en compte la réalité historique ou politique de la Nation visée. Ce rôle est principalement attribué à l’ONG Human Rights Watch.

- Développer à partir de ces postulats des concepts axiologiques. Le « développement durable » permet par exemple de redéfinir des critères économiques dans la bonne gestion agraire des Etats. Il s’agissait à l’époque d’imposer une politique énergétique, économique, sociale, etc., au nom d’une bonne vision de ce que doit être la gestion d’un Etat. On doit en grande partie cette théorie à Barbara Ward (Lady Jackson) qui a également œuvré dans la construction de l’organisme à la base de la R2P.

- Procéder à une première intervention par le haut, en employant les institutions internationales, tout en cooptant les initiatives de la société civile des pays visés. C’est par exemple le moyen utilisé dans le cadre de la Bonne Gouvernance, choisie pour poursuivre les logiques prédatrices des programmes d’ajustements structurels du FMI et de la Banque Mondiale. La bonne gouvernance choisit d’incorporer la société civile locale dans son organisation, ce qui explique en partie l’accroissement exponentiel du nombre d’ONG accréditées par les institutions internationales (OMC ; OMS ; etc.).[5] Cette société civile locale est par ailleurs souvent fédérée par des organisations plus importantes, voire par la NED.[6]

Le but recherché est manifestement l’érosion des souverainetés étatiques dans un premier temps, puis l’octroi du droit ou des moyens d’intervention à la place des garants originels de ces souverainetés. Il est utile de noter que ces opérations ne peuvent se réaliser qu’avec l’appui d’organismes non gouvernementaux (ONG), qui sont précisément en dehors des processus souverains. Ceci correspond parfaitement à la volonté d’ « ouvrir une société » dont on juge la souveraineté comme étant un handicap. Les garants de la souveraineté y subissent alors une constante déstabilisation, en provenance de ce qui est « en dehors ». La volonté de « société ouverte » ne doit donc pas être interprétée comme une simple volonté de créer une stabilisation dont le garant local sera un soutien à l’Empire. Il s’agit au contraire de favoriser une déstabilisation généralisée, globalisée. Cette déstabilisation constitue le centre nerveux de la société ouverte car celle-ci permet à l’Empire d’agir impunément et dans la confusion. A cet effet les organisations de George Soros  sont absolument efficaces. Elles sont nombreuses et occupent les différents rôles qui s’alternent dans la déstabilisation d’un régime, voire jusque dans la justification légale d’une intervention militaire comme c’est le cas présentement en Libye avec la R2P. En effet, Karl Popper ne mentionne pas l’inévitable issue de sa théorie au sein de certaines sociétés : Le bain de sang devenant inévitable, il faut s’octroyer le droit de l’empêcher et/ou de le diriger. La R2P (Responsabilité de Protéger) est donc le véritable point d’orgue de cette stratégie puisqu’elle permet de s’emparer de la force militaire pour aboutir à la déstabilisation absolue d’un Etat. C’est ce processus qui fut utilisé pour créer le Kosovo, il s’agissait ensuite de l’institutionnaliser puis de s’en servir.

La CIISE

La R2P ou Responsabilité de Protéger a été formalisée pour la première fois dans le rapport de la Commission Internationale de l’Intervention et de la Souveraineté des Etats (CIISE) publié en Décembre 2001 par le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI).  Cette commission avait été annoncée par le Ministre Canadien des Affaires étrangères, M. Lloyd Axworthy dans son allocution à l’Assemblée Générale de l’ONU au Sommet du 7 septembre 2000 à New-York. Il répondait ainsi au challenge lancé par le secrétaire général des Nations Unies qui avait mis la communauté internationale au défi de résoudre le problème fort complexe de la souveraineté des États et de la responsabilité internationale.[7] Il s’agit de sujets parfaitement relatifs aux problématiques soulevées par le concept de « société ouverte ». C’est tout naturellement que Lloyd Axworthy se saisit de la problématique onusienne, dont l’interprétation ne peut qu’aboutir à la question de l’ingérence humanitaire ; un sujet qu’il maîtrise parfaitement. En effet, dans une tribune de la Revue de l’OTAN datée de Décembre 1999, il avait salué l’intervention au Kosovo par ces mots «  La réaction des Alliés a montré à quel point la défense de la sécurité humaine est devenue une préoccupation mondiale: c’est l’impératif humanitaire qui a poussé l’OTAN à entrer en action. Notre Alliance avait à la fois les moyens et la volonté d’intervenir, et je suis certain qu’elle agira de même si la nécessité s’en présente. »[8] . La conception belliciste de l’humanitaire de Lloyd Axworthy, lui ouvrirent certainement les portes d’influents think-tanks dont il est ou fut membre : l’Aspen Institute, la Mac Arthur Foundation, mais aussi celles des ONG : il acquiert un siège au conseil d’administration de l’ONG Human Rights Watch de George Soros et se voit par ailleurs récompensé par le CARE International Humanitarian Award.

Genèse du CRDI

Le CRDI, qui publia le rapport de la CIISE en 2001, est un organisme d’état canadien voué à favoriser le développement des pays défavorisés en les aidant face aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux qu’ils rencontrent. Cette organisation s’est bâtie sur le constat de l’échec de la politique d’aide au développement prodigué par Truman à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. La genèse du CRDI s’effectue dans un contexte où il y a rupture avec la conception traditionnelle de l’aide au développement et tire donc les leçons du passé en prenant en compte l’existence d’un monde hétérogène mais interdépendant. C’est sur le principe d’intégration de l’aide au développement et de « société ouverte » que l’idée de la création du CRDI va se populariser, notamment grâce à Barbara Ward, puis plus tard, trouver une assise politique au Canada. Le déploiement de l’idée de « société ouverte » va largement influencer la réflexion autour de la création du CRDI, usant pour ce faire d’une donnée économique : Les budgets alloués par les Etats à l’aide au développement ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions. La création du CRDI devra donc initier un élan d’intérêt pour cette question sur la scène internationale. [9]En réalité, il s’agit de globaliser le concept, c’est le rôle qu’incarnera doublement Lester Pearson : d’une part en tant que premier ministre du Canada lorsqu’à l’occasion du centenaire de la Nation Canadienne en 1967, il lança officiellement la commission qui donnera lieu à la création du CRDI et plaça à sa tête Maurice Strong. D’autre part et après son mandat de Premier Ministre du Canada, en conduisant la Commission d’étude de l’Aide Internationale à la Banque Mondiale en 1969, dans laquelle il sommera « Les pays dispensateurs d’accroître leurs dons et leurs souscriptions en capital aux organismes multilatéraux de financement en les portant, d’ici 1975, à un minimum de 20 % du total des contributions sur fonds publics à l’aide au développement. »[10]. Cette commission lui avait été confiée par Robert McNamara, l’ex secrétaire général à la défense des Etats-Unis passé alors directeur de la Banque Mondiale. On considère en outre Lester Pearson comme le père du concept moderne de « maintien de la paix » et on lui attribue la création de la FUNU (Force d’Urgence des Nations Unies), pour laquelle il a reçu le prix Nobel de la Paix en 1957. Au bout de quelques années, et grâce aux efforts conjoints de Barbara Ward, Maurice Strong et Lester Pearson, le projet du CRDI est officialisé par le Parlement Canadien. La Loi du CRDI de mai 1970 est adoptée à l’unanimité tant à la Chambre des Communes qu’au Sénat. Le Canada se dote alors d’un instrument impérial supplémentaire et qui se révèlera fortement utile pour l’avenir de l’OTAN.

Le Rapport CIISE et le R2P

En 2000, la rédaction de la CIISE qui donnera lieue à la théorie du R2P est confiée à un groupe d’experts personnellement désigné par Lloyd Axworthy avant d’être publié par le CRDI. La commission reçoit en outre les bonnes grâces des Fondations Rockefeller ; Carnegie ; Mac Arthur ; Simons et Hewlett ; sous forme de financements.[11] A sa tête, on retrouve Gareth Evans et Mohamed Sanoun. Tous deux sont de fervents défenseurs du concept R2P et de l’impérialisme humanitaire. Le premier, Gareth Evans, est l’ancien premier ministre d’Australie, il a depuis été nommé à la tête de l’international Crisis Group en 2000, l’organisation de George Soros. Le second, présenté comme un spécialiste de la Corne de l’Afrique, est en outre membre du Bureau de l’International Crisis Group et de nombreuses autres organisations de George Soros : la Democraty Coalition Project ; Human Rights Watch ; et surtout le Global Center for The Responsability to Protect. Cette dernière organisation, coprésidée par Gareth Evans, rassemble des ONG souhaitant alors soutenir le projet d’institutionnalisation du R2P. On y retrouve Oxfam ; Human Rights Watch ; Refugees International (dont George Soros et Frank Wisner sont administrateurs) ; l’International Crisis Group, etc.

Il s’agit donc pour les organisations de Soros, d’aboutir à de vastes partenariats afin de favoriser l’endoctrinement du R2P. Une stratégie que l’on retrouve également dans l’ONG Crisis Action, une énième organisation Sorosienne financée par les mêmes organismes (Oxfam ; Open Society ; mais aussi la Pears Foundation, fondée en l’honneur de l’initiateur du CRDI). La Crisis Action aboutit finalement à un nombre immense de partenaires afin de soutenir la doctrine Sorosienne : Amnesty International ; CARE ; Action Contre la Faim ; World Vision ; etc.[12]

Revenons en aux contributeurs de la CIISE publié par le CRDI. Outre les deux présidents, on retrouve notamment parmi les membres de la Commission: Cornelio Sommaruga (administateur de l’Open Society de Budapest) ; Klaus Nauman, qui a été président du Comité militaire de l’OTAN (1996-1999) et qui a joué un rôle central dans la gestion de la crise du Kosovo et dans le développement de la nouvelle structure de commandement militaire intégrée de l’OTAN.

Les apôtres de l’interventionnisme humanitaire sont donc bien organisés sous la houlette des organisations de Soros d’une part et des postulats militaires et tactiques de l’OTAN d’autre part. Interventions militaires et humanitaires peuvent désormais se confondre ouvertement au sein d’une Méthode complète. Il s’agit là du franchissement d’une étape dans la conception de l’humanitaire : De la même manière que le CRDI tirait les conclusions de l’échec de la stratégie Truman à la fin des années 60, les membres de la CIISE ont compris que le modèle impérial de l’aide au développement et de l’humanitaire se devait d’évoluer vers la propagation brutale de la « société ouverte » via la R2P.

Les médias et la société ouverte : l’ultime raison.

Grâce au R2P, l’usage de la force est désormais remis entre les mains de ceux qui ne pouvaient en user continuellement sans générer des oppositions dans l’opinion publique et sans avoir à combattre des dispositions juridiques. En adoptant une posture humanitaire, et en fournissant des rapports, articles et études mettant en demeure des gouvernements d’intervenir dans leur vie politique intérieure (en matière de droits humains par exemple), l’interventionnisme belliciste usé au Kosovo pourra se réitérer avec le soutien d’une grande partie de la sphère humanitaire. Mais aussi avec plus d’assise dans l’opinion publique, via les médias mis sous perfusion des organisations de Soros. La R2P fonctionne donc avec deux composantes : la première est institutionnelle, son but étant l’acquisition d’un droit d’ingérence humanitaire. La seconde consiste en une stratégie de communication élaborée par les ONG de George Soros et visant à asseoir la solution envisagée par l’OTAN.

En Libye

Cette stratégie de communication fut utilisée dans le cadre de l’intervention en Libye, où les organisations de Soros se sont coalisées pour favoriser l’intervention de l’OTAN. Dans une tribune de l’ONG Project Syndicate en date du 27 Février 2011, Gareth Evans, le père de la R2P, évoque avec insistance le besoin d’une intervention militaire en Libye : « Les options militaires devraient toujours être le dernier ressort, mais elles ne peuvent être exclues dans des cas extrêmes. Et il est difficile de faire plus extrême que la  Libye. ». Dominique Moïsi quant à lui décrypte « la guerre de Sarkozy » dans une tribune du 21 Mars 2011 pour le Project Syndicate. Il y décrit la « Guerre de Nicolas Sarkozy » comme un vecteur de « fierté pour les français ». Une vision qui fait peu nuance avec son rôle de conseiller spécial pour l’IFRI et de membre du Comité du bureau français de l’ONG Human Rights Watch. Ce comité, présidé par Jean-Louis Servant-Schreiber et ayant entres autres pour membre Christine Ockrent et Dominique Moïsi, garantit à l’organisation et à ses satellites une entrée dans les médias français afin d’y distiller la propagande sorosienne.

En Syrie

En Syrie, la stratégie de la « société ouverte » est à l’œuvre mais n’en est qu’au premier stade : celui de l’appréciation de sa politique intérieure, avant d’entrer dans la phase de déstabilisation pure. Le directeur de l’International Crisis Group à Damas, Peter Harling prétend définir les « circonstances » désavantageuses dans lequel se trouve le gouvernement Syrien. Le responsable du Project Syndicate à Damas n’est autre que Ribal Al-Assad, le cousin du président Bachar Al-Assad, auquel il est opposé, notamment sur la question du rapprochement avec l’Iran. Dans une tribune du Project Syndicate en date du 2 Mars 2011, il appelle Bachar Al-Assad à lever l’état d’urgence, en cours depuis 1963. Le 27 mars 2011, le gouvernement Syrien lève l’état d’urgence. Il s’agit là encore de s’attaquer aux prérogatives régaliennes d’une Nation en exigeant certains changements. Que l’on juge ces changements bons ou mauvais ne change rien au fait qu’ils interviennent suite à une pression extérieure dont l’influence est certes difficile à mesurer, mais toutefois pas anodine.

Conclusions

Ces réalités doivent conduire à s’interroger sur le rôle parfois contradictoire des ONG qui, depuis plusieurs décennies, soutiennent à leur insu ou non, la propagation du concept de Société Ouverte. Il convient donc de remettre en cause la légitimité de ces organisations lorsqu’elles soutiennent des procédures interventionnistes, et la poursuite de l’institutionnalisation de leurs pratiques. Après l’institutionnalisation du R2P, la dernière étape qui permettrait de verrouiller ce système concentrique serait l’institutionnalisation des normes de la « société ouverte ». C’est ce à quoi appelle Jacques Attali : la création d’un consortium d’ONG regroupé au sein d’une nouvelle institution internationale chargée d’évaluer la qualité de vie et le respect des droits de l’homme.[13] Rappelons à ce propos que Jacques Attali n’en est pas à sa première intervention en faveur d’une organisation de ce type, et qu’il considère le « droit au crédit » comme un Droit de l’Homme.


Julien Teil, pour Mecanopolis



[1] Les ONG, instruments des gouvernements et des transnationales ? ; Julien Teil ; Réseau Voltaire ; 30 Juillet 2009 : http://www.voltairenet.org/article161139.html#article161139

[2] http://news.stanford.edu/news/2005/november16/gore-111605.html

[3] George Soros, spéculateur et philanthrope ; Réseau Voltaire ; 15 Janvier 2004 ; http://www.voltairenet.org/article11936.html

[4] http://www.sudan365.org/

[5] « L’institutionnalisation de la société civile » ; Thibault Le Texier ; Janvier 2010 ; http://tibo.lt.free.fr/IMG/pdf/LE_TEXIER_-_L_institutionnalisation_de_la_societe_civile_01.2010_.pdf

[6] « La Ned, vitrine légale de la CIA » ; Thierry Meyssan ; Réseau Voltaire : http://www.voltairenet.org/article166549.html

[7] Discours à l’assemblée plénière du sommet du millénaire de l’organisation des Nations Unies
(Annonçant le mise sur pied d’une commission internationale indépendante sur l’intervention et la souveraineté des États.) Premier ministre du Canada, New York, le 7 septembre 2000

[8] http://www.nato.int/docu/revue/1999/9904-02.htm

[9] Histoire du CRDI : http://www.idrc.ca/fr/ev-26547-201-1-DO_TOPIC.html

[10] « Pearson sollicité par la Banque Mondiale » ; Archives Radio Canada : http://archives.radio-canada.ca/politique/premiers_ministres_canadiens/clips/9180/

[11] Financements de la CIISE : http://www.iciss.ca/sponsors-fr.asp

[12] http://crisisaction.org/en/

[13] http://blogs.lexpress.fr/attali/2011/01/31/transitions-2/

 

 

De la Société Ouverte à l’Impérialisme Humanitaire

 

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 15:40
La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars

par Peter Dale Scott

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Mondialisation.ca, Le 1 mai 2011



La campagne actuellement menée par l’OTAN contre Kadhafi en Lybie a suscité beaucoup de confusion, autant chez ceux qui ont lancé cette campagne inefficace que chez ceux qui l’observent. Beaucoup de personnes pour lesquelles j’ai habituellement du respect la conçoivent comme une guerre nécessaire contre un « méchant » – bien que certains aient choisi de voir en Kadhafi le « méchant » tandis que d’autres désignent ainsi Obama.   

 

Au contraire, mon avis sur cette guerre est qu’elle est mal préparée et dangereuse – représentant une menace pour les intérêts des Libyens, des Américains, du Moyen-Orient et potentiellement du monde entier. Derrière la prétendue inquiétude concernant la sécurité des civils libyens réside une préoccupation plus profonde qui est à peine reconnue : la défense par l’Occident de l’économie globale des pétrodollars aujourd’hui en déclin.  

 

La confusion qui règne à Washington, incarnée par l’absence de discussion sur un objectif stratégique prépondérant pour justifier l’implication des Etats-Unis dans ce conflit, est symptomatique du fait que le Siècle américain touche à sa fin, et ce d’une manière autant prévisible à long terme qu’erratique et hors de contrôle dans son déroulement.

 

Confusion à Washington et à l’OTAN

 

Concernant le soulèvement de la Lybie, les opinions à Washington varient entre celles de John McCain – qui aurait exhorté l’OTAN à apporter « tous les moyens disponibles d’assistance, excepté des troupes au sol», afin de renverser Kadhafi1– et celles du député Républicain au Congrès Mike Rogers, qui a exprimé une grande préoccupation, y compris sur toute livraison d’armes à un groupe de combattants que l’on connait peu.2 

   

Nous avons pu observer la même confusion à travers le Moyen-Orient. En Egypte, une coalition d’éléments non-gouvernementaux a contribué à préparer la révolution non-violente dans ce pays, tandis que l’ancien ambassadeur des Etats-Unis Frank Wisner Jr. s’est rendu en Egypte afin de persuader Moubarak de s’accrocher au pouvoir. Pendant ce temps, dans des pays qui étaient d’un intérêt majeur pour les Etats-Unis comme la Jordanie et le Yémen, il est difficile de discerner une quelconque politique américaine cohérente.

 

Au sein de l’OTAN également, il règne une certaine confusion qui menace occasionnellement d’éclater en conflit ouvert. Des 28 membres composant l’OTAN, seulement 14 sont impliqués dans la campagne libyenne, dont seulement 6 dans la guerre aérienne. Parmi ces derniers, seulement trois pays – les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France – offrent un appui tactique aérien aux rebelles combattant au sol. Lorsque de nombreux pays membres de l’OTAN gelèrent les comptes en banque de Kadhafi et de ses proches soutiens, les Etats-Unis, par un acte suspect et peu exposé dans la presse, ont gelé l’intégralité des 30 milliards de dollars de fonds du gouvernement libyen auxquels ils avaient accès (voire plus bas pour de plus amples détails sur ce sujet). L’Allemagne, nation la plus puissante de l’OTAN après les Etats-Unis, s’est abstenue lors du vote de la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies ; et son ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a depuis déclaré : « Nous ne verrons pas de solution militaire, mais une solution politique. »3 

         

Un tel chaos aurait été impensable durant la période culminante de l’hégémonie des Etats-Unis. Obama semble paralysé entre son objectif déclaré – l’exclusion de Kadhafi du pouvoir – et les moyens dont il dispose, au vu de l’engagement couteux des Etats-Unis dans deux guerres, et du fait de ses priorités de politique intérieure. 

 

Afin de comprendre la confusion des Etats-Unis et de l’OTAN au sujet de la Libye, nous devons observer d’autres phénomènes : 

 

• L’alerte lancée par Standard & Poor’s concernant l’imminence d’un abaissement de la notation des Etats-Unis.

 

• La hausse sans précédent du prix de l’or au dessus du seuil des 1500 dollars l’once.

 

• Le blocage politique aux Etats-Unis au sujet des déficits de l’Etat fédéral et des Etats fédérés, et comment agir dans cette situation.

 


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En pleine remise en question libyenne de ce qu’il reste de l’hégémonie américaine, et en partie comme conséquence directe de la stratégie confuse des Etats-Unis en Libye, le baril de pétrole a atteint les 112 dollars. Cette hausse de prix menace de ralentir ou même de renverser la reprise économique chancelante des Etats-Unis, et démontre en quoi – parmi de nombreuses autres raisons – la guerre en Libye n’est pas en train de servir les intérêts nationaux des Etats-Unis. 

 

Depuis le début, la confusion au sujet de la Lybie a été évidente à Washington, particulièrement depuis que la secrétaire d’Etat Clinton a défendu une politique de non-survol, que le Président Obama a déclaré ne vouloir envisager qu’en option, et contre laquelle le secrétaire à la Défense Gates a lancé des mises en garde.4Il en a résulté une série de mesures temporaires, au cours desquelles Obama a justifié une réponse américaine limitée en désignant les implications astreignantes des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.

 

Pourtant, malgré un enlisement s’installant au sein-même de la Libye, une série de nouvelles escalades graduelles ont été envisagées, de la fourniture aux rebelles d’armes, de fonds et de conseillers jusqu’à l’introduction de mercenaires, voire même de troupes étrangères. Le scénario américain commence de plus en plus à ressembler à celui du Vietnam, où la guerre a aussi débuté sur une échelle modeste avec l’introduction secrète d’opérateurs puis de conseillers militaires.  

 

Je dois avouer que le 17 mars, j’étais moi-même hésitant concernant la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui établissait ostensiblement en Libye une zone de non-survol destinée à la protection des civils. Mais depuis lors, il est apparu que la menace contre les rebelles incarnée par les troupes et la rhétorique de Kadhafi était bien moindre qu’elle n’était alors perçue. Pour citer le professeur Alan J. Kuperman :

 

« […] Le Président Barack Obama a grossièrement exagéré la menace humanitaire afin de justifier une action militaire en Libye. Le Président a avancé qu’une intervention était nécessaire afin d’éviter un ‘bain de sang’ à Benghazi, seconde ville de Libye et bastion des rebelles. Mais Human Rights Watch a publié des données concernant Misrata, troisième ville la plus peuplée de Libye qui a été le théâtre de combats prolongés. [Ces données] révèlent que Mouammar Kadhafi n’est pas en train de massacrer délibérément des civils mais plutôt qu’il cible étroitement les rebelles armés qui combattent contre son gouvernement. La population de Misrata est d’environ 400 000 habitants. En presque deux mois de guerre, seulement 257 personnes – incluant des combattants – sont morts là-bas. Parmi les 949 blessés, seulement 22 – soit moins de 3 % – sont des femmes. […] De même que Kadhafi n’a jamais proféré la menace d’un massacre de civils à Benghazi, tel qu’Obama l’a prétendu. La mise en garde ‘sans pitié’ du 17 mars ciblait seulement les rebelles, comme il a été rapporté dans le New York Times, qui nota que le dirigeant de la Libye promît l’amnistie à ceux « qui jetteraient leurs armes ». Kadhafi a même offert aux rebelles une voie de détresse et une frontière ouverte avec l’Egypte pour éviter un combat ‘à l’issue amère’. »5

   

 

L’histoire des interventions toujours en cours des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan suggère que nous devrions nous attendre à un lourd bilan humain si l’actuel enlisement en Libye perdure ou donne lieu à des escalades supplémentaires.  

 

Le rôle des intérêts pétroliers et financiers dans cette guerre

 

Dans American War Machine, j’écris comment :

 

« A travers une dialectique apparemment inévitable, […] la prospérité dans les Etats importants a encouragé l’expansion, et celle-ci a créé au sein des Etats dominants des disparités de revenus grandissantes.6Dans ce processus, l’Etat dominant lui-même a été altéré, puisque ses services publics furent progressivement appauvris dans le but de renforcer des arrangements sécuritaires bénéficiant à peu de personnes tout en oppressant la majorité.7

 

Ainsi, pendant de nombreuses années, les affaires étrangères de l’Angleterre en Asie en sont arrivées à être conduites en grande partie par la Compagnie anglaise des Indes orientales […]. D’une façon similaire, l’entreprise américaine Aramco, représentant un consortium composé des majors pétrolières Esso, Mobil, Socal et Texaco, conduisit sa propre politique étrangère en Arabie, disposant de connexions privées avec la CIA et le FBI.8[…]

 

De cette manière, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ont hérité de politiques qui, lorsqu’elles furent adoptées par les Etats métropolitains, devinrent inamicales à l’ordre public et à la sécurité. »9 

 

Dans les derniers stades du pouvoir hégémonique, l’on observe de plus en plus d’interventions brutes menées pour des intérêts restreints, sabordant les efforts antérieurs aspirant à la création d’institutions internationales stables. Prenons en considération le rôle du raid Jameson – qui résultait d’une conspiration –  dans la République sud-africaine des Boers à la fin de l’année 1895. Ce raid, conçu pour favoriser les intérêts de Cecil Rhodes, contribua à engendrer la Seconde Guerre des Boers.10Ou envisageons la conspiration franco-anglaise avec Israël en 1956, fomentée dans une tentative absurde et vaine de garder le contrôle du Canal de Suez.    

 

A présent considérons les efforts de lobbying des majors pétrolières comme étant des facteurs de l’entrée en guerre des Etats-Unis au Vietnam (1961), en Afghanistan (2001) et en Irak (2003).11Bien que le rôle des compagnies pétrolières dans l’implication des Etats-Unis en Libye reste obscure, il est quasiment certain que les réunions de la Commission d’études énergétiques de Dick Cheney ne traitaient pas seulement des réserves pétrolières sous-exploitées de l’Irak, mais également de celles de la Libye – estimées à environ 41 milliards de barils, soit environ un tiers des réserves de l’Irak.12

 

Ensuite, certains à Washington s’attendaient à ce qu’une rapide victoire en Irak soit suivie par des attaques similaires contre la Libye et l’Iran. Il y a quatre ans, le général Wesley Clarke a déclaré à Amy Goodman sur Democracy Now que peu après le 11-Septembre, un général au Pentagone l’informa que de nombreux pays seraient attaqués par l’armée des Etats-Unis. La liste incluait l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et l’Iran.13En mai 2003 John Gibson, directeur général de la division Services énergétiques de l’entreprise Halliburton, déclara dans un entretien avec l’International Oil Daily : « Nous espérons que l’Irak sera le premier domino et que la Libye et l’Iran suivront. Nous n’aimons pas être mis à l’écart des marchés car cela donne à nos concurrents un avantage déloyal. »14

 

Il est également de notoriété publique que la résolution 1973 de l’ONU imposant le 17 mars une zone de non-survol suivait de peu la menace publique proférée par Kadhafi le 2 mars d’exclure les compagnies pétrolières occidentales de Libye ; de même qu’elle suivait son invitation faite le 14 mars aux firmes russes, chinoises et indiennes à produire le pétrole libyen à leur place.15De façon significative, la Chine, la Russie et l’Inde (rejoints par le Brésil, leur allié parmi les BRICS) se sont abstenus durant le vote de la Résolution 1973.

 

La question du pétrole est étroitement liée à celle du dollar, car le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale dépend largement de la décision de l’OPEP de libeller les achats du pétrole de l’OPEP en dollars. L’économie actuelle des pétrodollars se fonde sur deux accords secrets passés durant les années 1970 avec les Saoudiens pour recycler les pétrodollars dans l’économie des Etats-Unis. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et durable de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar U.S. ; le second sécurisait un soutien saoudien continuel pour la tarification de l’intégralité du pétrole de l’OPEP en dollars. Ces deux accords garantissaient que l’économie des Etats-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Depuis lors, le plus lourd fardeau a en fait été porté par les économies des pays les moins développés, qui doivent acheter des dollars pour leurs fournitures en pétrole.16  

 

Comme Ellen Brown l’a relevé, d’abord l’Irak et ensuite la Libye ont décidé de défier le système des pétrodollars et de stopper leurs ventes de pétrole en dollars, peu avant que ces deux pays ne soient attaqués :

 

« Kenneth Schortgen Jr., écrivant pour Examiner.com, remarqua que ‘[s]ix mois avant l’entrée des Etats-Unis en Irak pour faire chuter Saddam Hussein, cette nation pétrolière avait entrepris la démarche d’accepter les euros au lieu des dollars pour son pétrole, et cela devint une menace pour l’hégémonie globale du dollar en tant que monnaie de réserve, et pour sa domination en tant que pétrodollar’. 

 

Selon un article russe intitulé ‘Bombardement de la Libye – La punition de Kadhafi pour sa tentative de refuser le dollar U.S.’, Kadhafi a entrepris une même démarche audacieuse : il initia un mouvement destiné à refuser le dollar et l’euro, et appela les nations arabes et africaines à utiliser à la place une nouvelle monnaie, le dinar or. Kadhafi suggéra d’établir un continent africain uni, avec ses 200 millions de personnes utilisant cette monnaie commune... Cette initiative était perçue négativement par les Etats-Unis et l’Union européenne, le Président français Nicolas Sarkozy qualifiant la Libye de menace pour la sécurité financière de l’humanité ; mais Kadhafi continua d’appuyer la création d’une Afrique unie. 

 

Et cela nous ramène à l’énigme de la banque centrale libyenne. Dans un article posté sur Market Oracle, Eric Encina observa :

 

‘Un fait très rarement mentionné par les politiciens occidentaux et les experts médiatiques : la Banque Centrale de Libye est à 100% détenue par l’Etat […] Actuellement, le gouvernement libyen fabrique sa propre monnaie, le dinar libyen, grâce aux installations de sa propre banque centrale. Peu de personnes peuvent remettre en question le fait que la Libye soit une nation souveraine avec de vastes ressources, capable d’alimenter son propre destin économique. Un problème majeur pour les cartels bancaires globalistes est que, pour faire des affaires avec la Libye, ils doivent passer par la Banque Centrale libyenne et par sa propre monnaie, un endroit où ils n’ont absolument aucun ascendant ou aucune capacité d’influence. Par conséquent, faire chuter la Banque Centrale de Libye (BCL) peut ne pas apparaître dans les discours d’Obama, de Cameron et de Sarkozy, mais cet objectif est certainement au sommet de l’ordre du jour globaliste consistant à absorber la Libye dans sa ruche de nations dociles.’ 17

 

La Libye n’a pas seulement du pétrole. Selon le FMI, sa banque centrale renferme environ 144 tonnes d’or dans ses coffres. Avec une telle réserve d’actifs, qui aurait besoin de la BRI [Banque des Règlements Internationaux], du FMI ou de leurs règles ? » 18 

 

La proposition récente de Kadhafi d’introduire un dinar or pour l’Afrique ravive l’idée d’un dinar or islamique émise en 2003 par le Premier Ministre malaysien Mahathir Mohamad, ainsi que par des mouvements islamistes.19Cette idée, qui contrevient aux règles du FMI et qui est conçue pour les contourner, a eu du mal à être concrétisée. Mais aujourd’hui, les pays stockant de plus en plus d’or plutôt que des dollars n’incluent pas seulement la Libye et l’Iran, mais également la Chine, la Russie et l’Inde.20   

 

L’intérêt de la France à mettre un terme aux initiatives africaines de Kadhafi

 

L’initiative des frappes aériennes semble être venue initialement de France, avec un soutien précoce de la Grande Bretagne. Si Kadhafi était parvenu à créer une Union africaine soutenue par la monnaie et les réserves d’or de la Libye, la France, qui reste le pouvoir économique prédominant dans la plupart de ses anciennes colonies centre-africaines, aurait été la grande perdante. D’ailleurs, un rapport de Dennis Kucinich aux Etats-Unis a corroboré l’assertion de Franco Bechis en Italie, transmise par le Réseau Voltaire en France, selon laquelle « des plans pour déclencher la rébellion de Benghazi furent initiés par les services de renseignement français en novembre 2010. »21  

 

Si l’idée d’attaquer la Libye provient de la France, Obama a rapidement soutenu les plans français visant à contrecarrer l’initiative africaine de Kadhafi avec sa déclaration unilatérale d’une urgence nationale, nécessaire pour geler l’intégralité des 30 milliards de dollars de la Banque de Libye auxquels les Etats-Unis avaient accès. (Cette opération fut rapportée de manière trompeuse dans la presse U.S. comme étant un gel des fonds du « Colonel Kadhafi, de ses enfants et de sa famille, ainsi que des membres importants du gouvernement libyen »22Mais en réalité la seconde section du décret d’Obama visait explicitement « Toutes les propriétés et intérêts […] du Gouvernement de Libye, ses agences, ses représentants et ses entités sous son contrôle, ainsi que la Banque Centrale de Libye. »23) Alors que ces dernières années les Etats-Unis ont activement utilisé des armes financières, cette confiscation de 30 milliards de dollars, « la plus importante somme gelée par une sanction ordonnée par les Etats-Unis », avait un précédent : la confiscation –potentiellement illégale, et résultante certaine d’une conspiration – des actifs iraniens en 1979 au nom de la Chase Manhattan Bank alors menacée.24 

 

Les conséquences, pour l’Afrique autant que pour la Libye, de ce gel de 30 milliards de dollars ont été clairement expliquées par une observatrice africaine :

 

« Les 30 milliards de dollars U.S. gelés par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale de Libye et ont été affectés en tant que contribution libyenne à trois projets clés qui auraient ajouté les touches finales à la fédération africaine – la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye ; l’établissement en 2011 du Fond Monétaire Africain qui devait être basé à Yaoundé avec un fonds de capitaux de 42 milliards de dollars ; enfin la Banque Centrale Africaine située à Abuja au Nigéria, qui lorsqu’elle commencera à imprimer de l’argent africain sonnera le glas du franc CFA grâce auquel Paris a réussi à maintenir son emprise sur certains pays africains durant ces cinquante dernières années. Il est aisé de comprendre la colère de la France contre Kadhafi. »25  

 

Cette même observatrice énonce les raisons qui la portent à croire que les plans de Kadhafi pour l’Afrique ont été plus bienveillants que ceux de l’Occident :

 

« Ceci débuta en 1992, lorsque 45 nations africaines établirent la RASCOM (Organisation Régionale Africaine de Communications par Satellite) qui aurait ainsi fourni à l’Afrique son propre satellite et aurait réduit les couts des communications dans le continent. C’était à une époque où les appels téléphoniques vers et depuis l’Afrique étaient les plus chers du monde à cause de la redevance de 500 millions de dollars U.S. empochée par l’Europe pour l’utilisation de ses satellites – comme Intelsat – pour les conversations téléphoniques, incluant celles au sein d’un même pays.

 

Un satellite africain coutait seulement un payement unique de 400 millions de dollars U.S., et ainsi le continent n’aurait plus à payer une location de 500 millions de dollars annuels. Quel banquier n’aurait-il pas financé un tel projet ? Mais le problème demeurait – comment des esclaves, cherchant à s’émanciper de l’exploitation de leurs maîtres, peuvent-ils demander de l’aide à ces derniers pour obtenir cette liberté ? Sans surprises, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les Etats-Unis et l’Europe ont seulement fait de vagues promesses durant 14 ans. Kadhafi mit fin à ces futiles appels aux ‘bienfaiteurs’ occidentaux et leurs taux d’intérêts exorbitants. Le Guide libyen mit 300 millions de dollars U.S. sur la table ; la Banque Africaine de Développement ajouta 50 millions de dollars de plus et la Banque de Développement de l’Afrique de l’Ouest 27 millions supplémentaires – et c’est de cette manière que l’Afrique obtint son premier satellite de communications le 26 décembre 2007. »26  

 

Je ne suis pas en position de corroborer l’ensemble de ses assertions. Néanmoins, pour ces raisons et pour bien d’autres encore, je suis persuadé que les actions occidentales en Libye ont été conçues pour contrecarrer les plans de Kadhafi aspirant à instaurer une Afrique véritablement postcoloniale, et pas seulement ses actions contre les rebelles à Benghazi.   

 

Conclusion

 

Je dois conclure de toute cette confusion et de ces déformations que les Etats-Unis sont en train de perdre leur capacité d’imposer et de maintenir la paix, aussi bien lorsqu’ils agissent seuls qu’avec leurs alliés nominaux. Je proposerais, si ce n’est au moins pour stabiliser et abaisser les prix du pétrole, qu’il est dans les meilleurs intérêts des Etats-Unis de se joindre à Ban Ki-Moon et au Pape pour appuyer un cessez-le-feu immédiat en Libye. Négocier un cessez-le-feu induira certainement des problèmes, mais l’alternative probable à mettre fin à ce conflit est le cauchemar de le voir inexorablement s’aggraver. Les Etats-Unis sont déjà arrivés à cette situation, avec des conséquences tragiques. Nous ne voulons pas subir des pertes similaires au nom du système injuste des pétrodollars, dont les jours pourraient d’ailleurs être comptés.

 

Ce qui est en jeu n’est pas seulement la relation des Etats-Unis avec la Libye, mais également avec la Chine. L’ensemble de l’Afrique est un espace où l’occident autant que les pays des BRIC investiront. Il est attendu qu’à elle seule, la Chine assoiffée de ressources investira annuellement 50 milliards de dollars en 2015, une somme (financée par le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine) que l’occident ne peut pas dépenser.27 La coexistence pacifique de l’Est et de l’Occident dépendra de la capacité occidentale à accepter une diminution graduelle de son influence là-bas, sans avoir recours à des stratagèmes fourbes (comparables au stratagème franco-anglais à Suez en 1956) visant à maintenir cette influence. 

 

Dans le passé, les transitions d’hégémonie globale ont été marquées par des guerres, par des révolutions, ou par les deux en même temps. La prévalence, à l’issue de deux guerres mondiales, de l’hégémonie américaine sur l’hégémonie britannique constitua une transition entre deux pouvoirs qui étaient essentiellement alliés et culturellement proches. Le monde entier a un immense intérêt à s’assurer que la transition difficile vers un ordre dans lequel les Etats-Unis ne sont plus hégémoniques sera réalisée aussi pacifiquement que possible.


Article original : The Libyan War, American Power and the Decline of the Petrodollar System, publié le  29 avril 2011.

Traduction :  Maxime Chaix


Notes de l’auteur 

 

1« McCain calls for stronger NATO campaign », monstersandcritics.com, 22 avril 2011, lien.

 

2Ed Hornick, « Arming Libyan Rebels: Should U.S. Do It? » CNN, 31 mars 2011.

 

3« Countries Agree to Try to Transfer Some of Qaddafi’s Assets to Libyan Rebels », New York Times, 13 avril 2011, lien.

 

4« President Obama Wants Options as Pentagon Issues Warnings About Libyan No-Fly Zone », ABC News, 3 mars 2011, lien. Auparavant, le 25 février, Gates mit en garde sur le fait que les Etats-Unis devraient éviter de s’engager dans d’autres guerres au sol comme celles combattues en Irak et en Afghanistan, [et] qu’ils ne devraient pas oublier les difficiles leçons apprises de ces conflits :

 

« Selon moi, chaque futur secrétaire à la Défense qui conseillera au Président d’envoyer une nouvelle fois une grosse armée américaine au sol en Asie ou au Moyen-Orient ou en Afrique devra ‘passer un examen de la tête’, comme le général MacArthur l’avait dit si délicatement » (Los Angeles Times, 25 février 2011, lien).

 

5Alan J. Kuperman, « False Pretense for War in Libya? » Boston Globe, 14 avril 2011.

 

6La disparité de revenus aux Etats-Unis, mesurée par son coefficient de Gini, est à présent parmi les plus importantes du monde avec le Brésil, le Mexique et la Chine. Voir Kevin Phillips, Wealth and Democracy, pp. 38, 103 ; Greg Palast, Armed Madhouse  (New York : Dutton, 2006), p. 159.

 

7C’est le sujet de mon livre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp. 4-9.

 

8Anthony Cave Brown, Oil, God, and Gold (Boston : Houghton Mifflin, 1999), p. 213.

 

9Peter Dale Scott, American War Machine: Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan [Rowman & Littlefield, 2010], p. 32. On pourrait également citer l’expérience de la Troisième République française et la Banque de l’Indochine ou les Pays Bas et la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.  

 

10Elizabeth Longford, Jameson’s Raid: The Prelude to the Boer War (Londres : Weidenfeld and Nicolson, 1982) ; The Jameson Raid: a centennial retrospective (Houghton, Afrique du Sud : Brenthurst Press, 1996).

 

11Les documents de Wikileaks d’octobre et de novembre 2002 révèlent que Washington nouait des accords avec les compagnies pétrolières avant l’invasion de l’Irak, et que le fait pour le gouvernement britannique d’exercer du lobbying au nom de BP était inclus dans ces accords (Paul Bignell, « Secret memos expose link between oil firms and invasion of Iraq » Independent (Londres), 19 avril 2011, repris par ReOpen911).

 

12Reuters, 23 mars 2011.

 

13Saman Mohammadi, « The Humanitarian Empire May Strike Syria Next, Followed By Lebanon And Iran »,  OpEdNews.com, 31 mars 2011.

 

14« Halliburton Eager for Work Across the Mideast » International Oil Daily, 7 mai 2003.

 

15« Gaddafi offers Libyan oil production to India, Russia, China » Agence France-Presse, 14 mars 2011, lien.

 

16Peter Dale Scott, « Bush’s Deep Reasons for War on Iraq: Oil, Petrodollars, and the OPEC Euro Question » ; Peter Dale Scott, Drugs, Oil, and War (Lanham, MD : Rowman & Littlefield, 2003), pp. 41-42 : « De ces développements ont émergé des phénomènes jumeaux, sous-tendant le 11-Septembre, d’un unilatéralisme U.S. triomphaliste d’un côté, et d’un endettement global du tiers monde de l’autre. Les accords secrets augmentèrent l’interdépendance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite au détriment de la courtoisie internationale qui avait été la base de la prospérité des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale ». Voir Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, (Paris : Editions Demi-Lune, 2010), p. 37.   

 

17« Globalists Target 100% State Owned Central Bank of Libya », lien.

 

18Ellen Brown, « Libya: All About Oil, or All About Banking », Reader Supported News, 15 avril 2011.

 

19Peter Dale Scott, « Bush’s Deep Reasons for War on Iraq: Oil, Petrodollars, and the OPEC Euro Question » ; citant « Islamic Gold Dinar Will Minimize Dependency on US Dollar », Malaysian Times, 19 avril 2003.

 

20« Gold key to financing Gaddafi struggle », Financial Times, 21 mars 2011, lien.

 

21Franco Bechis, « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », Réseau Voltaire, 25 mars 2011. Cf. le depute au Congrès des Etats-Unis Dennis J. Kucinich, « November 2010 War Games: ‘Southern Mistral’ Air Attack against Dictatorship in a Fictitious Country called ‘Southland’ », Global Research, 15 avril 2011, lien ; Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19 mars 2011.

 

22New York Times, 27 février 2011.

 

23Ordre Exécutif du 25 février 2011, citant la loi International Emergency Economic Powers Act (50 U.S.C. 1701 et suiv.) IEEPA), la loi National Emergencies Act (50 U.S.C. 1701 et suiv.) (NEA), et la section 301, titre 3, United States Code, qui permet de saisir l’ensemble des biens du Gouvernement libyen, 25 février 2011, lien. L’autorité conférée au Président par l’International Emergency Economic Powers Act « peut seulement être exercée dans le but de gérer une menace inhabituelle et extraordinaire au sujet de laquelle une urgence nationale a été déclarée dans les objectifs du présent chapitre et ne peut être exercée pour d’autres motifs. » (50 U.S.C. 1701).

 

24« Billions Of Libyan Assets Frozen », Tropic Post, 8 mars 2011, lien ; Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, (Paris : Editions Demi-Lune, 2010), pp. 123-137 (le gel des avoirs iraniens).

 

25« Letter from an African Woman, Not Libyan, On Qaddafi Contribution to Continent-wide African Progress, Oggetto: ASSOCIAZIONE CASA AFRICA LA LIBIA DI GHEDDAFI HA OFFERTO A TUTTA L'AFRICA LA PRIMA RIVOLUZIONE DEI TEMPI MODERNI », Vermont Commons, 21 avril 2011, lien. Cf. Manlio Dinucci, « Financial Heist of the Century: Confiscating Libya's Sovereign Wealth Funds (SWF) », Global Research, 24 avril 2011, lien.

 

26Ibid. Cf. « The Inauguration of the African Satellite Control Center », Libya Times, 28 septembre 2009, lien ; Jean-Paul Pougala, « The lies behind the West's war on Libya » Pambazuka.org, 14 avril 2011.

 

27Leslie Hook, « China’s future in Africa, after Libya », blogs.ft.com, 4 mars 2011 (50 milliards de dollars). En 2010, le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine était de 273 milliards de dollars.


Peter Dale Scott est docteur en sciences politiques, professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Californie (Berkeley) et ancien diplomate canadien. The Road to 9/11 est son unique livre traduit en français, récemment publié aux Editions Demi-Lune sous le titre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis. Cet ouvrage a fait l’objet d’une recension élogieuse de la part du général d’armée aérienne (5 étoiles) Bernard Norlain dans la prestigieuse Revue Défense Nationale de mars 2011.

   
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est le dernier livre de Peter Dale Scott, récemment publié en anglais chez Rowman & Littlefield. On compte notamment parmi ses ouvrages précédents Drugs Oil and War et The War Conspiracy: JFK, 9/11, and the Deep Politics of War. Son site web, qui contient nombre de ses écrits, est http://www.peterdalescott.net.  

Citation recommandée : Peter Dale Scott, « The Libyan War, American Power and the Decline of the Petrodollar System », The Asia-Pacific Journal Vol. 9, Issue 18 No. 2, 2 mai 2011.

 

 


Peter Dale Scott est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Peter Dale Scott publiés par Mondialisation.ca


 SOURCE :  http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24571

 

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Derrière l’attaque contre la Libye :

les stratégies de la guerre économique
 

 

par Manlio Dinucci*

 


L’agression occidentale contre la Libye n’a pas eu pour but de s’emparer du pétrole local que des compagnies occidentales avaient déjà été autorisées à exploiter depuis la normalisation des relations diplomatiques. Il ne s’agit donc pas d’une guerre de ressources. Par contre, relate Manlio Dinucci, cette guerre, la reconnaissance précipitée par la France du Conseil national de transition (10 mars) et le sommet de Londres (30 mars), ont permis aux multinationales occidentales de modifier les termes de leurs contrats et de ne plus payer que des droits d’exploitation symboliques. De ce point de vue, il s’agit donc d’une guerre coloniale classique.

 

 

 

 

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L’OTAN a concentré ses interventions de « support aérien » aux rebelles armés autour de la raffinerie de Ras-Lanouf, qui concentre les 2/3 des capacités de raffinage du pays.

L’invasion de la Libye, contrairement à ce qui se dit, a déjà commencé. Les unités d’assaut qui, opérant depuis longtemps sur le territoire libyen, ont préparé la guerre sont en train de l’effectuer : ce sont les puissantes compagnies pétrolières et les banques d’investissement étasuniennes et européennes.


Quels sont les intérêts en jeu ? Ceci émerge d’un article du Wall Street Journal, le réputé quotidien d’affaires et de finance [1]. Après l‘abolition des sanctions en 2003, les compagnies pétrolières occidentales ont afflué en Libye avec de grandes attentes, mais ont été déçues. Le gouvernement libyen, sur la base d’un système connu sous le nom d’Epsa-4, concédait les licences d’exploitation aux compagnies étrangères qui laissaient à la compagnie étatique (National Oil Corporation of Libya, NOC) le pourcentage le plus élevé du pétrole extrait : étant donnée la forte compétition, ce pourcentage arrivait à environ 90 %. « Les contrats Epsa-4 étaient ceux qui, à l’échelle mondiale, contenaient les termes les plus durs pour les compagnies pétrolières », dit Bob Fryklund, auparavant président de la société étasunienne ConocoPhillips en Libye.

 

 

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En 2005-06, après la normalisation des relations de la Libye avec l’Occident, la NOC a réalisé trois appels d’offres internationaux pour l’exploration et l’exploitation de ses réserves pétrolières, les plus importantes d’Afrique. Cependant, les contrats passés avec les multinationales étrangères ont pris la forme de joint-venture particulièrement favorables à la nation libyenne. C’est pour « libéraliser » ce système que le Conseil national de transition a créé la LOC et que les « volontaires » lui ont reconnu le droit d’exporter le pétrole libyen, lors du sommet de Londres, le 29 mars 2011. La gestion de la LOC a été confiée au Qatar qui, en échange, a mis Al-Jazeera à disposition des « volontaires » pour déstabiliser la Syrie.

Les raisons apparaissent ainsi clairement —par une opération décidée non pas à Benghazi mais à Washington, Londres et Paris— de la création par le Conseil national de transition de la « Libyan Oil Company » : une coquille vide, semblable à une des sociétés clé en mains, prêtes pour les investisseurs dans les paradis fiscaux [2]. Elle est destinée à se substituer à la NOC, quand les « volontaires » auront pris le contrôle des zones pétrolifères. Sa mission sera de concéder des licences à des conditions extrêmement favorables pour les compagnies étasuniennes, britanniques et françaises. Seraient par contre pénalisées les compagnies qui, avant la guerre, étaient les principales productrices de pétrole en Libye : avant tout l’italienne ENI qui a payé en 2007 un milliard de dollars pour s’assurer les concessions jusqu’en 2042, et l’allemande Wintershall qui venait au deuxième rang. Plus pénalisées encore seraient les compagnies russes et chinoises, à qui Kadhafi a promis le 14 mars (2011) de donner les concessions pétrolières retirées aux compagnies européennes et étasuniennes. Les plans des « volontaires » prévoient aussi la privatisation de la compagnie d’État, qui serait imposée par le Fond Monétaire International en échange d’ « aides » pour la reconstruction des industries et infrastructures détruites par les bombardements des « volontaires » mêmes.

Il apparaît aussi clairement pourquoi a été créée, en même temps, à Bengazi, la « Central Bank of Libya », autre coquille vide mais avec une mission future importante : celle de gérer formellement les fonds souverains libyens —plus de 150 milliards de dollars que l’État libyen avait investi à l’étranger— quand ils seront « dégelés » par les États-Unis et par les plus grandes puissances européennes. Qui les gèrera effectivement est démontré par le colosse bancaire britannique HSBC, principal « gardien » des investissements libyens « congelés » au Royaume Uni (environ 25 milliards d’euros) : une équipe de hauts cadres d’HSBC est déjà au travail à Bengazi pour lancer la nouvelle « Central Bank of Libya » [3]. Il sera facile pour HSBC et d’autres grandes banques d’investissement d’orienter les investissements libyens en fonction de leurs stratégies.

Un de leurs objectifs est de couler les organismes financiers de l’Union africaine, dont la naissance a été rendue possible en grande partie par les investissements libyens : la Banque africaine d’investissement, avec siège à Tripoli ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria) ; le Fond monétaire africain, siège à Yaoundé (Cameroun). Ce dernier, avec un capital programmé à plus de 40 milliards de dollars, pourrait supplanter en Afrique le Fond monétaire international, qui a jusqu’à présent dominé les économies africaines en ouvrant la voie aux multinationales et aux banques d’investissement étasuniennes et européennes. En attaquant la Libye, les « volontaires » essaient de couler les organismes qui pourraient un jour rendre possible l’autonomie financière de l’Afrique.

 

 

http://www.voltairenet.org/article169673.html

 

 

 

 

Kadhafi :

 

Les peuples tunisien et égyptien ont fait tomber des despotes. Leurs
révolutions sont compréhensibles suite aux souffrances qu’ils ont
endurées de la part de leurs dirigeants. Pour la Lybie, le problème est
autre. Et son bombardement ne fait qu’attiser la flamme du doute
concernant les « intentions humanitaires » des Occidentaux sachant que
d’autres révoltes auraient pu susciter également des interventions. Mais
on sait qu’à causes égales, les effets sont inégaux… telle est la devise
de Septentrion.

L’ONU, appelée le « machin » par le Général De Gaulle s’avère être, en
fait, une « machine » à laquelle il faudrait rajouter, à juste titre, «
…de guerre ». Sous le couvert de la légalité, laquelle n’existe
aucunement concernant l’État d’Israël qui peut occire à volonté sans que
le monde ne s’en émeuve, voici que l’organisation censée regrouper le
monde dans la paix ne cesse d’assassiner des innocents. Elle l’a déjà
fait en Irak, en organisant un embargo criminel causant la mort de plus
de 500 000 enfants et prolonge ses méfaits en Afghanistan puis
aujourd’hui en Libye.

Et c’est mon sujet car c’est encore là que le bât blesse sérieusement !
Le monde arabe a enfin compris, au demeurant il n’est jamais trop tard
pour bien faire, qu’il devait se débarrasser de ses dictateurs. Il a
commencé le nettoyage épique en Tunisie, puis l’a continué en Egypte.
Mais dans ce dernier pays la révolution arabe a réussi à ôter les
éléments mis en place par les puissances occidentales lesquelles
n’avaient jamais cessé de favoriser les dictateurs estimant qu’ils
constituaient des pions primordiaux mais surtout des idiots utiles et de
bons traitres pour leurs politiques d’exploitation et de néo
colonisation. Néanmoins, quelle que soit la puissance de l’occupant,
quelle que soit la forme d’exploitation qu’il tente d’entreprendre
celles-ci sont inopérantes face à la volonté et à la détermination d’un
peuple. Et l’égyptien l’a montré. Les tyrans à la botte ont été chassés
par la révolution populaire. Plus que Benali, Moubarak était un élément
essentiel au Moyen-Orient, perdu, hélas pour elles, par les puissances
occidentales, perdu aussi et surtout pour « la seule démocratie de la
région ». C’est pourquoi il fallait trouver un substitut d’urgence en
Méditerranée.

Quoi de mieux que la Libye ! Et ce pour plusieurs raisons :


      - Le pays possède d’importantes réserves d’une richesse
particulièrement convoitée : le pétrole.
      - Kadhafi est un ennemi d’Israël.
      - La Libye se situe en Méditerranée et pourrait remplacer l’Égypte
perdue si d’aventure une révolution éclatait.
      - Que les peuples tunisien et égyptien s’insurgent, cela peut
s’expliquer par la mal vie ou plutôt la survie sachant que leurs pays ne
possèdent pas de richesses naturelles et que leurs dirigeants
s’accaparaient du peu qu’ils pouvaient produire.

Mais c’est une toute autre histoire concernant la Libye car celle-ci :


      - Possède un produit intérieur brut par habitant dépassant les 11
500 dollars et connu comme étant l’un des plus importants du monde.
      - Connait la plus forte longévité d’Afrique puisqu’allant jusqu’à
72 ans pour l’homme et 76 ans pour la femme.
      - Peut se vanter d’avoir un niveau socio-économique, un
enseignement et un système de santé dépassant ceux du Canada.
      - Voit ses bénéfices redistribués.

Certes, il manque au tableau ce que les Occidentaux adorent tout en
l’appliquant de manière très fragmentaire et seulement lorsque cela les
intéresse : la démocratie. Certes, le Colonel Kadhafi a su tirer à son
avantage la substantifique moelle de la rente pétrolière quoique sa
richesse ne fût aucunement comparable à celles des deux autres larrons
bien que le pays soit plus riche. Certes, l’homme n’est pas un saint et
qu’il est doublé d’un esprit pas très… catholique. Toutefois, on
comprend mal qu’un peuple pour le moins nanti, mangeant à sa faim,
vivant matériellement de façon très confortable puisse se révolter au
seul but de la « démocratie ». Je crois en la vocation des peuples à se
libérer d’un tyran qui les dépossède, qui les martyrise, qui les fait
souffrir mais à pas à celle de le faire pour la simple raison de pouvoir
dire ce qu’ils pensent.

C’est pourquoi, la pseudo-révolution libyenne me parait porter la marque
de fabrication étrangère. Ce n’est pas un mouvement spontané, on ne peut
donc pas parler de révolution au sens propre du terme. Et le fait que
l’OTAN, mandaté soi-disant, bombarde ce seul pays alors qu’il y avait eu
autant de sang versé au début dans d’autres, prouve aisément que ce
n’est pas pour protéger la population libyenne d’un carnage mais pour
s’approprier les richesses par autre tyran inféodé et soumis à la botte
occidentale. Je ne crois ni aux bonnes intentions, ni à l’esprit
humanitaire des dirigeants septentrionaux et encore moins aux défenseurs
de la veuve et de l’orphelin qu’ils prétendent être. Tout cela n’est que
pipeau. La Libye est un enjeu stratégique et énergétique qui ne leur a
certainement pas échappé. Ils agissent uniquement avec cette idée en
tête. Le bien des peuples ne les intéresse pas et il faut être bien
niais, ou complice, pour le croire.

On ne libère pas un peuple s’il n’a pas la volonté de le faire lui-même.
Et je comprends mal que la France puisse être mêlée à pareille affaire.
Mais, sachant que notre Empereur n’agit qu’en tant que Vice-roi
d’Israël, je peux comprendre qu’il engage nos troupes dans une guerre
qui n’est pas la nôtre mais celle du petit État très démocratique du
Moyen Orient. À cela je voudrais ajouter qu’il est stupéfiant de
constater que la gauche française ne s’émeuve aucunement à la suite des
bavures de l’OTAN lesquelles ont toutefois emporté des enfants
innocents… mais bon on nous chantera encore le couplet des « dégâts
collatéraux » !

Au fait… cibler la mort d’un individu est considéré par le statut de
Rome comme crime de guerre. L’OTAN, après avoir visé Kadhafi et tué sa
famille, sera-t-elle jugée pour cela ?

Makhlouq


Paru chez Altermonde-sans-frontière

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 13:47
Un président en guerre

 

par Danilo Zolo
30 avril 2011

 

 



Président de la République italienne, chef des Forces Armées, Giorgio Napolitano en compagnie de l’actuel président du conseil, Silvio Berlusconi (photo prise en février 2009)

Source de la photo : http://news.bbc.co.uk/2/hi/7878270.stm


J’ai récemment soutenu[1] que la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies, relative à la guerre civile en Libye, est dépourvue de fondement sur le plan du droit international. La Charte même des Nations Unies, à l’article 2, exclut que tout Etat membre puisse « intervenir dans des questions de compétence interne à un autre    Etat ». Et il est évident que cette norme interdit, à plus forte raison, que puisse être utilisée la force pour intervenir à l’intérieur d’une guerre civile en cours. Ceci est d’autant plus évident s’il s’agit d’une guerre civile de proportions réduites, comme c’est le cas pour la Libye. Dans des cas comme celui-ci, la paix internationale n’est pas en danger et ceci exclut la compétence du Conseil de sécurité pour attribuer à n’importe quel Etat membre le droit d’utiliser la force. 

J’insiste sur cet argument pour une raison d’importance notable : l’intervention militaire contre la Libye, voulue par les Etats-Unis et partagée par certains pays européens, a été subitement passée à la compétence de l’OTAN. Rien ne peut juridiquement être plus contestable étant donné que l’OTAN est une organisation militaire nord-atlantique qui ne peut utiliser la force au service des Nations Unies sans une décision explicite du Conseil de sécurité. On ne devrait pas oublier que la Charte des Nations Unies, dans son chapitre VII, attribue aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité -Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine- le devoir de créer un Comité d’Etat Major sous sa dépendance et responsable de la direction stratégique de toutes les forces armées mises à sa disposition.  L’OTAN n’a donc pas la moindre compétence. 

Tout ceci pourrait sembler évident, mais ne l’est pas quand on sait que le Président de la République italienne, chef des Forces Armées, Giorgio Napolitano, s’est rangé apertis verbis, en faveur de l’intervention militaire de l’OTAN contre la Libye de Kadhafi. Il soutient qu’il est « inutile de répéter des choses que tout le monde devrait savoir : la Charte des Nations Unies prévoit un chapitre, le VII, qui, dans l’intérêt de la paix retient que sont aussi à autoriser des actions avec les forces armées destinées à réprimer les violations de la paix ». 

En réalité, il serait utile de répéter au Président de la République que : la résolution 1973 en tant que telle n’attribue à aucun Etat et à aucune organisation militaire le devoir de « faire la guerre » contre la Libye. Le seul devoir -de toutes façons illégalement attribué- est d’imposer la « no-fly zone », ce qui ne comporte pas le moins du monde le bombardement de villes, villages, refuges souterrains etc., et la tuerie de personnes sans défenses.  

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Nous avons appris hier (jeudi 28 avril, NdT) que le Président de la République s’est ouvertement rangé en faveur du gouvernement italien et en particulier de son leader Berlusconi. Il en a approuvé la récente décision de satisfaire la volonté des Etats-Unis : il s’agit de convertir la no-fly zone en une véritable guerre d’agression, très probablement en vue d’une occupation non désintéressée de la précieuse terre libyenne. Giorgio Napolitano a approuvé la décision prise par le gouvernement italien de commencer les bombardements aériens avec ses propres Tornado et ses propres missiles anti-radar. Il a expliqué que l’ « ultérieur engagement de l’Italie en Libye » n’est que « le développement naturel» du choix accompli par l’Italie à la mi-mars sur la base de la résolution 1973 du Conseil de sécurité.  Un choix, ajoute le Président, « conforté par un ample consensus du Parlement italien ».  

En utilisant la formule « développement naturel», Napolitano semble ne pas prendre en considération non seulement la Charte des Nations Unies, mais aussi la Constitution italienne. Il ignore et contredit avant tout la célèbre formule de l’art. 11 : « L’Italie répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales »[2]. Et contredit l’art. 52 qui légitime l’utilisation de la force seulement en « défense de la patrie ». Il ignore que l’art. 78 stipule que dans le cas où éclate une guerre les Chambres doivent formellement délibérer « l’état de guerre » et attribuer au Gouvernement les pouvoirs nécessaires. Et il ignore, enfin, que l’art. 87 prescrit que ce soit le Président de la République qui déclare formellement l’état de guerre délibéré par les Chambres. On peut dire que le Président de la République semble ignorer la tragédie de la guerre et ne pas se préoccuper de la vie de centaines, peut-être de milliers, de personnes innocentes.

On prétend depuis longtemps que l’actuel président du conseil, Silvio Berlusconi, se contrefiche de la Constitution italienne et se propose de la manipuler à ses usage et profit pour satisfaire, dans ce domaine aussi, son ambition de dandy de la politique italienne et de prochain président de la République. Il nous reste à espérer que Giorgio Napolitano n’aille pas satisfaire aussi ce « développement naturel ».

 

Edition de samedi 30 avril de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110430/manip2pg/01/manip2pz/302323/    

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio  

 

[1] Intervention en Libye : Une imposture criminelle, L’exaltation des droits humains, la garantie de la sécurité et de la paix sont pure rhétorique, Danilo Zolo. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23870   

[2] Art.11: L'Italie répudie la guerre comme instrument d'offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales; consent, en condition de parité avec les autres États, aux limitations de souveraineté nécessaires pour des règles qui assurent la paix et la justice entre les Nations; promeut et soutient les organisations internationales tendant vers ce but. http://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_de_l'Italie

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24565

 

 

Bientôt des troupes britanniques

à la frontière tuniso-libyenne?

http://www.alterinfo.net/Bientot-des-troupes-britanniques-a-la-frontiere-tuniso-libyenne_a58151.html

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 01:27

Mirages de la démocratie, peuples manipulés, main-basse sur les pays..

http://3.bp.blogspot.com/-KCDjIAlct9o/Tadlp57FR6I/AAAAAAAAAdc/n-W1DCjXUsE/s1600/uncle_sam_aff.jpghttp://3.bp.blogspot.com/-KCDjIAlct9o/Tadlp57FR6I/AAAAAAAAAdc/n-W1DCjXUsE/s1600/uncle_sam_aff.jpg

Pourquoi autant de guerres actuellement ?

 

Certains parmi les décideurs regrettent sans doute de n'être pas venus un
peu plus tôt au monde, car ils n'aiment pas la vraie démocratie. Mais ils ne
peuvent rien y faire à l'intérieur de leurs territoires respectifs, les
peuples ayant déjà pris goût au modèle, il n'est pas si évident de faire
machine-arrière.

Les guerres faites à l'extérieur sont des guerres de reconquête des
territoires perdus à un certain moment de l'existence de ces pays. Les
décideurs ont acquis la conviction qu'au regard de la maîtrise technologique
et de l'avance que leurs pays ont, il n'y aura plus jamais de guerre dans
leurs espaces respectifs, car leurs forces sont telles qu'aucune autre ne
pourra les concurrencer pour porter le fer sur leur propre sol, surtout qu'ils
possèdent des armes de destruction massives, dissuasives. A cela, il faut
ajouter le fait que des erreurs de vision stratégique, de planification et de
gestion ont conduit leurs économies vers un gouffre dont l'horizon semble
bouchée.

Pour répondre aux difficultés économiques et financières, certains
décideurs ont trouvé la solution la plus facile, c'est de revenir à la
méthode classique en trouvant dans les populations des pays du tiers monde, des
personnes facilement manipulables qui leur permettront de faire main basse sans
le crier tout haut sur tous les toits, des richesses de ces pays, en leur
faisant miroiter le concept de démocratie capable semble-t-il de soigner tous
les maux auxquels ils sont confrontés. Elles oublient cependant de préciser
que la misère dans laquelle ces populations baignent a été directement
provoquée par les pays développés avec la complicité d'autres valets
locaux. Dans ces pays, ils ont trouvé un terrain favorable, au regard du type
de régimes en place peu entraînés aux changements et à l'adaptabilité.

S'il ne s'agissait que de démocratie, la voie du dialogue aurait été
privilégiée et beaucoup de pays ne verseraient pas le sang pour amener le
peuple à profiter de ses droits. Les régimes auxquels les puissances
s'attaquent de façon virulente, sont ceux qui défendent le mieux les
intérêts de leurs peuples et qui distribuent de manière équitable les
richesses créées ou exploitées.

 

S'il ne s'agissait que de démocratie,
alors plusieurs régimes proches de pays occidentaux non démocratiques auraient
depuis longtemps été priés de s'engager sur cette voie, au contraire ils
sont acceptés et même poussés à brutaliser leurs peuples, (par exemple, les
récentes interventions des pays du Golf au Bahreïn)...

La guerre permet de détruire les infrastructures voire le tissu économique.
L'objectif poursuivi est qu'en gagnant la guerre, les vainqueurs feront main
basse sur l'ensemble des marchés et la reconstruction se fera au prix fort,
l'on aura ainsi éliminé les concurrents d'antan qui devenaient de plus en
plus gênants. Détruire pour reconstruire, amène les pays à faire du sur
place et même à s'enfoncer davantage dans le sous développement. C'est une
technique qui a déjà été utilisée autrefois et qui a maintenu les peuples
dans la misère et la pauvreté pendant des siècles, qui empêche la
multiplication d'acteurs favorables au développement.

 

Il ne s'agit donc pas  d'apporter la démocratie

pour qu'un jour ces peuples émergent et connaissent
la liberté ou l'opulence. Il s'agit de leur faire miroiter la démocratie,
pendant qu'ils se battent entre-eux (le voleur et l'âne), eux, en profitent
pour s'enrichir (avec les multinationales) souvent même au détriment de leurs
propres peuples, à qui l'on promet l'espoir d'un enrichissement qui ne
viendra jamais.

La "démocratie" proposée actuellement n'en est pas une, c'est de la
dictature déguisée pour des buts déterminés d'avance. Les peuples doivent
le comprendre, car dans les pays développés il est interdit de prendre les
armes pour revendiquer quoi que ce soit. Il est possible d'amener une dictature
à comprendre qu'elle doit changer, mais en laissant toujours une place à la
négociation, en vue d'une issue pacifique afin d'économiser les vies
humaines. Aucune vie humaine n'est plus importante qu'une autre, quelque soit
le niveau de développement des pays dans lesquels ces personnes vivent. Mais
les absolutistes sont des jusqu'"au-boutistes" dans le mal, tant que les
conséquences ne les touchent pas directement. Ils créent des systèmes qui
noient tout le monde, mais tant qu'ils ont encore la tête hors de l'eau, ils
y croient toujours.

Leurs peuples accepteront-ils de se suicider avec eux ? Nous pensons que tôt
ou tard, l'une des solutions au problème posé viendra de l'intérieur même
des pays impérialistes.

Jean de Dieu MOSSINGUE

 

http://www.alterinfo.net/Pourquoi-autant-de-guerres-actuellement_a57834.html

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 15:06

 

Point Fort :: Dimanche, 30 août 2009 :: Jean-Loup Izambert :: Envoyer   Imprimer

Le capitalisme en crise a besoin d’un conflit militaire majeur

 

 

Le capitalisme en crise a besoin d’un conflit militaire majeur

 

Pour Jean-Loup Izambert, journaliste indépendant et écrivain, qui publie son septième ouvrage (1) sous le titre de Pourquoi la crise ? aux éditions Amalthée, la crise du capitalisme est devenue totale. Contrairement aux déclarations de certains économistes et politiciens, il affirme qu’il n’y aura pas de sortie de crise. Pour l’auteur de la seule investigation journalistique sur les origines de la crise(2), le système capitaliste ne peut survivre que par la guerre. Quelle alternative pour les peuples ? Entretien.

Geostrategie : Vous démontrez dans votre livre Pourquoi la crise ? que le capitalisme ne peut plus supporter la démocratie parlementaire avec laquelle il s’est développé. Sommes-nous à un point de rupture avec ce système et les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité ?

Jean-Loup Izambert : C’est évident. Pourquoi et quelles données changent par rapport aux dernières décennies ? Dans ce système les grands propriétaires privés de l’économie contrôlent l’économie et tentent de l’imposer par tous les moyens comme régime aux peuples de la planète, y compris par la guerre. C’est ce qu’ils ont toujours fait avec la seule préoccupation de s’enrichir et de faire main basse sur les richesses des peuples au seul profit des sociétés transnationales qu’ils dirigent. Mais parvenu au stade de l’impérialisme, période actuelle du développement du capitalisme, les grands possédants ont besoin d’un pouvoir politique qui leur soit totalement dévoué pour protéger et accroître encore la concentration des richesses qu’ils cumulent. Il faut bien comprendre qu’il s’agit pour eux d’une question de survie, de rester maîtres du pouvoir et bien sûr de leur privilèges. L’une des contradictions qu’ils doivent gérer vient justement du fait que l’accumulation du Capital et la concentration des richesses qu’ils sont contraints de perpétuer sous peine de perdre pouvoir et privilèges implique aujourd’hui des centres de décisions de plus en plus fermés, dans l’entreprise comme dans la société. Or, cette tendance à la centralisation va à l’inverse de mouvement des sociétés qui pousse vers plus d’ouverture, de démocratie, de participation, de culture notamment avec le développement des sciences et des techniques.

Geostrategie : Quels faits caractérisent aujourd’hui cette concentration des richesses ?

J-L.I. : Aujourd’hui 200 sociétés transnationales contrôlent plus de 23% du commerce mondial et 1% des plus riches détient plus de 57% des richesses produites. L’augmentation des richesses conduit-elle à l’enrichissement des peuples ? Non. Au niveau mondial 103 200 personnes, pour la plupart propriétaires privés de l’économie, détiennent un patrimoine financier de plus de 30 millions de dollars, hors résidence principale et biens de consommation. Mais, si l’on se réfère aux statistiques de l’Organisation des Nations Unies, plus de 80 pays ont aujourd’hui un revenu par habitant plus bas qu’il y a dix ans. D’une part les peuples prennent de plus en plus conscience qu’ils ne profitent pas de l’augmentation des richesses produites, que plus les richesses se concentrent entre quelques mains plus la misère s’accroît dans les sociétés mais également que ce phénomène touche aujourd’hui le cœur même de l’Occident capitaliste qui s’en croyait à l’abri. Selon les chiffres du fisc étasunien, à la veille de l’aggravation de la crise 60 millions de personnes « vivaient » aux Etats-Unis avec moins de sept dollars par jour. Bien que dissimulée par les médias qui appartiennent aux milliardaires, la situation est analogue dans la petite Europe de Maastricht de 20 millions de chômeurs où 80 millions de citoyens – soit quand même 16% de ses 495 millions d’habitants – courent un risque de pauvreté, 17 millions sont répertoriées comme « très pauvres » et 70 millions d’autres n’ont pas accès à un logement décent selon les propres statistiques publiées par la Commission européenne et d’autres organismes « européens ». Dans ce contexte, les grands possédants de l’économie ont besoin de faire courber la tête aux peuples pour maintenir leur système d’exploitation.

Les dirigeants bourgeois organisent le déficit des nations

Geostrategie : Comment le pouvoir politique favorise-t-il ces grands propriétaires privés de l’économie ?

J-L.I.: De différentes manières. Cela va du vote de lois en faveur de la grande bourgeoisie, à une complicité évidente avec le système d’évitement fiscal qui appauvrit la collectivité jusqu’au vote de crédit pour des guerres régionales dans lesquelles vous voyez apparaître et se développer des Sociétés Militaires Privées (SMP) liées aux armées et services occidentaux et financées par les Etats et leurs transnationales. Les provocations répétées à coups de campagnes médiatiques contre la Fédération de Russie, la République Populaire de Chine, la République Islamique d’Iran ou d’autres mais aussi le soutien à des dictatures comme en Irak après avoir ravagé le pays par la guerre, dans plusieurs pays d’Afrique ou l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan sont des illustrations de la tentation totalitaire du capitalisme. L’actuelle présidence française, son Premier ministre et son gouvernement sont au diapason de ce qui se passe dans tous les pays capitalistes sans exception : atteintes répétées aux libertés, vote de lois en faveur des grands possédants, réduction du rôle des assemblées élues – par exemple, avec la volonté de tenter de supprimer les communes ou les départements en France ou en réduisant le rôle du Parlement -, « dépénalisation du droit des affaires » qui a pour conséquence de laisser faire le pillage de la nation par les grands propriétaires privés de l’économie, retrait du rôle de l’Etat dans ses fonctions essentielles de la santé, de l’éducation, du logement, du développement économique et de l’emploi, engagement dans des guerres et occupations de pays contre l’intérêt des peuples.

Geostrategie : La dégradation de la situation économique ne dépend donc pas seulement de la crise comme les médias de masse tentent d’en accréditer l’idée ?

J-L.I. : Comme je l’ai dit, la crise est liée à la nature même du capitalisme. Elle prend une ampleur que n’a jamais connue le système alors que le pouvoir politique n’a cessé de border son lit. Par exemple l’actuel président français s’était engagé lors de sa campagne électorale à mettre en oeuvre une politique de plein emploi. Mais l’explosion du chômage et de la misère que nous connaissons aujourd’hui n’est pas le fait de la seule crise. Bien avant que celle-ci ne se manifeste brutalement, le gouvernement français UMP, à peine installé, procédait déjà à la suppression de dizaines de milliers d’emplois dans la fonction publique sur plusieurs années tandis que les dirigeants de grandes sociétés privées en programmaient la liquidation de centaines de milliers d’autres dans tous les secteurs d’activité. Cette politique au service de la concentration du Capital n’est que la continuité des précédentes politiques menées par les gouvernements de droite comme de gauche. En fait le rôle de l’Etat bourgeois se borne à protéger les intérêts des grands possédants contre l’intérêt général avec pour conséquence l’aggravation du déficit budgétaire, l’endettement de l’Etat et une misère grandissante pour le plus grand nombre. Un exemple : les sociétés transnationales qui auraient dû payer plus de 33 milliards d’euros d’impôts pour la seule année 2006 en ont réglé 6,1 milliards avec la bénédiction de l’Etat ! Dans le même temps, ces entreprises qui ne créent pratiquement pas d’emplois, organisent des plans de licenciements, exportent une partie de leurs bénéfices pour échapper à l’impôt ont reçu de l’Etat 65 milliards d’euros d’aides de toutes sortes et bénéficié de milliards d’euros d’exonérations fiscales. Pour vous donner une idée, sur deux années, cela représente environ 130 milliards d’euros soit pratiquement l’équivalent du budget annuel européen pour la période 2007-2013 ou le montant du déficit record du budget de la France fin 2009 contre 56,3 milliards en 2008. La dette publique de la France atteint aujourd’hui des sommets en se situant, selon l’INSEE, à 1413,6 milliards d’euros pour le premier trimestre 2009 soit 72,9% du Produit Intérieur Brut (montant des richesses créées dans un pays sur une année entière). De même, l’Etat et les dirigeants des grandes sociétés privées doivent des milliards d’euros à la Sécurité Sociale qui ont déjà été payés par les salariés aux entreprises et les consommateurs mais ne sont toujours pas reversés à l’organisation de solidarité nationale par le grand patronat. Voilà comment le gouvernement organise les déficits. Quand le Président de la République et les ministres de l’Intérieur qui se succèdent affirment « qu’il n’y a pas de zone de non droit » en ciblant la jeunesse amputée d’avenir qui se révolte, ils se moquent ouvertement du monde. Les premières zones de non droit se situent au sein même de structures de l’Etat et elles sont le fait de leur politique qui conduit le pays à la ruine ! Ce n’est qu’un aspect qui explique aussi la violence du système vis-à-vis de toutes les résistances qu’il rencontre et de celles qui en découlent de manière plus générale dans les rapports sociaux.

Geopolitique : La violence est donc liée à la fin du système ?

J-L.I. : Oui, un peu comme les derniers sursauts d’une bête blessée à mort. Elle se manifeste par le rejet brutal de millions d’hommes et de femmes du système de production, leur mise à l’écart de la vie sociale, du logement, de la santé, de la culture. Elle se manifeste également par la destruction de pans entiers de l’économie, de régions et de pays comme en Yougoslavie, en Irak, en Palestine, en Amérique centrale ou en Afrique où les derniers « rois-nègres » ne doivent leur trône qu’à la corruption débridée de transnationales et, parmi d’autres, au pouvoir élyséen. Le capitalisme est un système criminel qui a fait la prospérité d’une caste de milliardaires sur la mort de centaines de millions d’êtres humains, sur les souffrances les plus atroces des peuples sur tous les continents par la famine, la surexploitation, le colonialisme, la guerre. Et cela continue. Au moment où nous parlons, selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies, une personne meurt de faim – « seulement » de faim, épidémies et guerres non comprises – toutes les quatre secondes. Dans le même temps les dirigeants occidentaux en sont à faire payer les paysans par les contribuables à coups de primes pour mettre leurs terres en friches, à détruire des pêches entières par des règlements imbéciles décidés par les bureaucrates de Bruxelles. Et au moment où nous parlons ce sont plus de 350 millions d’enfants de 6 à 17 ans qui sont surexploités par les transnationales capitalistes sur tous les continents dans presque tous les types d’industrie, de l’Asie aux Etats-Unis(3). Si ce n’est de la violence et de l’égoïsme, qu’est-ce donc le capitalisme ?!

Une exigence de destruction

Geostrategie : Dans votre livre vous rapportez le témoignage de plusieurs intervenants de différents milieux et pays dont certains évoquent une crise totale contrairement aux précédentes. Quels changements avec les crises précédentes ?

J-L.I. : Effectivement la crise est presque mondiale par le fait qu’elle touche tout le système capitaliste. Des pays comme la Fédération de Russie, la République Populaire de Chine, Cuba, le Venezuela révolutionnaire du président Hugo Chavez, le Brésil, la République démocratique du Vietnam ou d’autres comme la République Islamique d’Iran sont moins touchés car ils sont, pour des raisons diverses – historiques, politiques, culturelles, économiques – moins imbriqués dans le système capitaliste, ses réseaux commerciaux, bancaires et financiers. Jusqu’à présent nous devions faire face à des crises conjoncturelles du capitalisme, des périodes où la concentration du Capital s’accélérait brusquement en mettant en difficulté momentanée des monnaies, des économies, des pays. Face à cette situation inédite il était important que je donne la parole à des intervenants de différents milieux tous concernés par la banque, la finance, l’organisation d’entreprise et de la société. Quelques français comme le Président du groupe Crédit Agricole Société Anonyme, un commissaire aux comptes ou un important cabinet d’avocats d’affaires parisien ont refusé de débattre de la situation et de répondre à des questions portant sur l’évolution de l’activité de leur secteur professionnel dans le contexte actuel. La plupart ont joué le jeu et apportent, comme vous avez pu le lire, une contribution importante à mon travail par leur vécu mais également par leur propre réflexion et leurs travaux. C’est le cas du président Etienne Pflimlin du groupe bancaire mutualiste Crédit Mutuel-CIC, de Pierre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, l’une des plus importantes sociétés de conseil aux actionnaires, du président Alban d’Amours du Mouvement des Caisses Desjardins, l’un des plus importants instituts financiers du Canada de forme coopérative, d’Hervé Sérieyx, haut fonctionnaire, dirigeant de société, chercheur et conseil en organisation d’entreprise, de Mark Schacter au Canada qui est conseil international en organisation d’entreprise, de l’Institut Canadien des Comptables Agréés faute de trouver un européen qui daigne répondre à de simples questions de droit sur la transparence de gestion et la validité des comptes des transnationales, du réseau SWIFT spécialisé dans les transactions internationales, d’un syndicaliste de la CGT fin connaisseur du monde bancaire ou encore de magistrats comme Jean de Maillard, spécialisé dans les nouvelles formes de criminalité financière, des avocats d’affaires et bien entendu des responsables du mouvement Coopératif international. La rencontre de tous ces acteurs de l’entreprise, de la finance, de la banque, du droit au sein d’un même lieu – un livre -, la transmission aux lecteurs de leur expérience comme de leurs idées et de leurs propres travaux permet de dresser un tableau aussi précis que possible de la situation actuelle pour mieux comprendre les origines et mettre en exergue les responsables de la crise. De même cette démarche permet de mon point de vue de tenter d’esquisser les possibles d’un nouveau mode d’organisation et de gestion économique et social. Ainsi que l’explique Sherron Watkins, l’ancienne vice-présidente de la société étasunienne Enron, transnationale de l’énergie faillie en décembre 2001, la crise du capitalisme est désormais totale. Elle touche tout le système : économie, finance, groupes de surveillance du monde des affaires et institutions internationales, politique, morale et idéologie. La continuité de ce système s’accompagne aujourd’hui d’une exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possédants. Ils appellent cela « déréglementation », « privatisation », « libéralisation » ou « mondialisation » et couvrent la répression, l’esclavage, le colonialisme et la dépendance des mots de « sécurité », « liberté », « droits de l’Homme » n’ayant plus que le mensonge, la tromperie et la falsification pour camoufler la fin de leur système.

Geostrategie : Mais ces pouvoirs sont l’émanation du suffrage universel, du vote des peuples. Si l’on pousse le raisonnement à son terme doit-on en conclure que les peuples occidentaux souhaitent le capitalisme ?

J-L.I. : Effectivement, les peuples occidentaux se sont prononcés jusqu’à aujourd’hui en faveur de représentants du capitalisme, pratiquement sans rien connaître du reste de la nature de celui-ci ni même envisager où ce système les conduit à l’heure actuelle. Prenons l’exemple de la France. En 1981, lors des élections présidentielles puis des élections législatives qui ont suivi, le peuple français a eu l’occasion de choisir entre la continuité du système symbolisée par les partis conservateurs et la rupture que proposait à l’époque le Parti Communiste Français avec le Programme commun de gouvernement des forces de gauche auquel était associé le Parti Socialiste et les radicaux de gauche. Ce Programme commun de gouvernement était lui-même l’aboutissement d’années d’engagement des communistes français pour ouvrir une voie nouvelle dans la construction d’une démocratie avancée. Ce programme venait en effet après plusieurs grandes campagnes nationales du PCF et l’élaboration et la diffusion du propre programme du PCF à des millions d’exemplaires sous le titre de « Changer de cap », programme pour un gouvernement démocratique d’union populaire. Pour la préparation de celui-ci les militants communistes ont mené à l’époque de grandes campagnes d’information, de débats, collecté sur plusieurs mois avec « les cahiers de la misère » le vécu et les espoirs du peuple dans les campagnes, les quartiers, les usines, les universités. Tout cela a permis d’aider les gens dans leurs problèmes quotidiens – par exemple en s’opposant aux licenciements dans des entreprises qui réalisaient des profits ou à empêcher des saisies-expulsions – tout en débattant avec eux des changements à mettre en œuvre pour une nouvelle politique nationale. Au moment du vote, lors des élections présidentielles et des législatives qui ont suivi, une majorité de votants a cédé aux campagnes médiatiques anticommunistes et s’est réfugiée dans le giron du Parti Socialiste. Une fois au pouvoir, celui-ci s’est empressé d’abandonner ses engagements sous la pression de la bourgeoisie et du gouvernement étasunien qui s’opposait à la présence de ministres communistes dans le gouvernement français. Toutes les transformations radicales contenues dans le programme commun de gouvernement, tout particulièrement les nationalisations des secteurs clés de l’économie, le développement de la démocratie et toute mesure qui permettait de rompre avec le système ont ainsi été abandonnées par la « génération Mitterrand ». Démonstration a été faite une nouvelle fois que sans parti révolutionnaire, sans mobilisation et soutien à des propositions de rupture avec le système, il ne peut y avoir de réel changement. Si les mesures préconisées par le PCF avaient reçu à l’époque un large soutien populaire, le cours des choses aurait été bien différent, y compris la question européenne. Du reste, si vous relisez aujourd’hui « Changer de cap », le programme du PCF, ou même le Programme commun de gouvernement de 1972, vous constaterez avec le recul du temps et en regard de la situation actuelle le bien fondé des propositions de l’époque dont certaines ne demandent qu’à être actualisées. Chacun doit donc assumer ses responsabilités face à l’Histoire. Le passage à la construction d’une société socialiste ne peut se faire que sur la base d’un rapport des forces sociales et politiques favorables au peuple et ne peut être que le résultat de sa volonté et de sa lutte. Une trentaine d’années plus tard le peuple français, sans tirer les leçons de ses expériences, continue de voter tantôt à gauche, tantôt à droite sans avoir encore conscience qu’il confie en réalité son pouvoir aux mêmes maîtres de la finance et de l’économie. La politique qu’il vit au quotidien reste par conséquent la même et rien ne change dans l’entreprise, dans la vie économique à laquelle il consacre l’essentiel de son existence. Bien entendu, la situation s’est aggravée au fil des trois décennies qui se sont écoulées depuis 1981 et il commence à payer chèrement sa marche « droite-gauche-droite-gauche » à coups de chômage, d’impôts, de taxes, d’exclusions, de restrictions, de lois liberticides et de guerres. Mais il ne peut s’en prendre qu’à lui-même car c’est en dernier ressort lui qui décide, par ses luttes et ses votes. Souvenons-nous toutefois que l’Histoire a montré que les révolutions ne sont pas prévues dans les calendriers électoraux de la bourgeoisie.

La priorité est à l’action sur des propositions révolutionnaires

Geostrategie : La responsabilité serait-elle uniquement le fait d’un peuple ignorant de la chose politique et de sa propre histoire ou plus préoccupé par ses « petits problèmes » que du devenir de la société et de la planète ?

J-L.I. : Non, bien évidemment. La crise n’incite pas à la réflexion et à l’action. Les médias qui sont la propriété privée des milliardaires par banques et sociétés de communication interposées jouent un rôle important dans la désinformation et l’abrutissement des masses. Le fait qu’un navet comme le film « Bienvenue chez les Chtis » soit élevé au rang de succès cinématographique ou que des foules honorent comme un dieu la mort d’un pantin médiatique comme Michael Jackson qui, en dehors du fait qu’il n’a rien apporté d’essentiel à la musique, se droguait, couchait avec des petits enfants et s’était fait tirer et blanchir la peau pour ne plus être noir en dit assez long sur le niveau culturel d’une frange des sociétés occidentales. Nous sommes bien loin des grands musiciens et chanteurs comme King Oliver, Sindey Bechet, Count Basie, Louis Armstrong, Ray Charles, Otis Redding ou d’autres dont les musiques populaires traversent les générations ! Ce n’est qu’un aspect des conséquences des batailles que se livrent les transnationales étasuniennes, européennes et japonaises pour le contrôle des grands moyens de communication, des groupes de presse aux satellites en passant par les majors du cinéma. Sans doute le peuple sortira-t-il de son hibernation politique lorsque nous passerons de « Qui veut gagner des millions ? » à « Qui va partir à la guerre ? »… Depuis les années quatre-vingt, les dirigeants du PCF ont commis de lourdes erreurs stratégiques. Comme s’ils n’avaient pas compris les leçons du passé, ils continuent de rechercher des alliances électorales avec d’autres partis réformistes au lieu de privilégier des propositions pour éveiller les consciences, organiser de grands débats nationaux sur les questions essentielles et rassembler dans l’action avec audace. Lorsqu’un parti ou un mouvement posera des questions comme « Comment contrôler le système bancaire et financier ? », « Quelle organisation bancaire et financière pour l’économie ? », « Quelles mesures pour la gestion démocratique des entreprises ? » ou « Comment rendre à l’assemblée du peuple sa représentation nationale ? », questions dont les réponses sont essentielles pour s’engager dans une rupture avec le système, alors la société commencera à s’éveiller. Et dans l’immédiat, il ne faut pas compter sur les états-majors syndicaux qui sont surtout préoccupés de canaliser le mécontentement afin d’éviter les grandes colères qui commencent à gronder. Il est particulièrement lamentable de voir des représentants syndicaux négocier la diminution du nombre de licenciés dans des entreprises en pleine santé financière quand ceux-ci devraient non seulement appeler à la lutte pour le maintien et le développement de l’emploi, exiger des licencieurs l’ouverture des comptes de l’entreprise et se battre pour des droits nouveaux afin de participer à leur gestion. Dites-moi un peu à quoi servent les comités d’entreprises quand des salariés découvrent du jour au lendemain des plans de licenciements prévus de longue date ?! Avez-vous remarqué comment le mouvement radical de séquestration de responsables de ces plans de licenciements né à la base a été enrayé ? Ce type d’action très intéressant a pratiquement disparu des journaux télévisés et autres du jour au le demain. Dans l’immédiat, entre des partis dits progressistes sans propositions révolutionnaires et des syndicats au minimum compatissants, le pouvoir des « compteurs de petits pois », pour reprendre la formule d’Hervé Sérieyx, ne pouvait pas mieux espérer.

Geostrategie : Est-ce à dire que la situation est politiquement bloquée et qu’il sera difficile de sortir de la crise ?

J-L.I. : L’idée selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du système qui l’engendre est une hérésie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimère ne vise, une nouvelle fois, qu’à berner le peuple en lui faisant croire que l’avenir sera meilleur s’il accepte de nouvelles mesures antisociales comme par exemple le report de l’âge de la retraite à 65 ans. Ce n’est que la suite logique du « travailler plus pour gagner plus » développé par l’UMP. Il n’y aura pas de sortie de crise pour la simple raison que le capitalisme ne peut plus être aménagé. Vous avez pu remarquer combien les médias des puissances financières se font silencieux tant sur l’origine de la crise, ses conséquences générales et son extension dans d’autres pays. Il faut surtout éviter que les masses prennent conscience de l’ampleur des dégâts comme des responsables de la situation pour mieux les enfermer dans la fatalité et le renoncement à la lutte.

Nous ne sommes plus en démocratie

Geostrategie : Cela signifie-t-il que l’appauvrissement continu de la société va se poursuivre de manière plus brutale au détriment de l’intérêt général et au seul profit des grands propriétaires privés de l’économie ?

J-L.I. : Oui. Nous entrons dans une nouvelle période où le chômage s’accroît de manière considérable et où des millions de citoyens supplémentaires sont écartés du droit de vivre dignement de leur travail, où la collectivité humaine déjà menacée va encore s’appauvrir tandis que le clan des grands propriétaires privés de l’économie va continuer de s’enrichir. Selon le World Wealth Report publié par la banque d’affaires étasunienne Merrill Lynch et Cap Gemini « la croissance de la richesse des grands fortunes financières privées devrait être de 7,7% par an pour atteindre 59100 milliards de dollars à l’horizon 2012 ». Voilà des gens qui sont, eux, dispensés de l’allongement de la durée du travail comme de l’effort national que les gouvernements occidentaux tentent d’imposer aux peuples pour leur faire payer une crise dont ils ne sont pas responsables. Deux options se présentent : la continuité du système et la guerre ou la révolution. La première hypothèse va se traduire par un renforcement du caractère autoritaire du pouvoir politique, dernier stade de l’impérialisme avant la dictature et la guerre, la guerre économique conduisant toujours à la guerre totale. C’est ce à quoi nous assistons en France comme dans la plupart des pays capitalistes. Le pouvoir politique devient plus autoritaire, toutes les libertés sont graduellement réduites sous prétexte de prévention, de sécurité et d’ordre, les assemblées élues sont amoindries dans leur pouvoir de décision et d’intervention, qu’il s’agisse des collectivités, des comités d’entreprise et autres. A ce stade, la bourgeoisie dispose encore des moyens de diviser le peuple en favorisant des « faux-nez » d’opposition comme le Parti Socialiste en France et en introduisant dans la vie politique des courants rétrogrades dont elle sait qu’ils contribueront à jeter le trouble dans la bataille d’idées. C’est le cas du mouvement Vert ou prétendument écologiste qui a germé sur une conséquence du capitalisme – la détérioration de l’environnement humain par les transnationales – et grandit sur son fumier sans remettre en cause le système, les causes profondes de cette détérioration.

Geostrategie : Pourtant le mouvement écologiste dénonce la destruction de l’environnement ?

J-L.I. : Bien sûr et le Parti Socialiste dit vouloir s’opposer à la politique du Premier ministre de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Mais vous pouvez dénoncer tout ce que vous voulez, cela ne gêne nullement la bourgeoisie du moment que vous ne vous en prenez pas à l’essentiel, à la cause, à l’origine de cette destruction : son pouvoir politique et celui des puissances financières, son système et son mode de gestion des entreprises et des sociétés humaines. Le discours de ces écologistes opposés, par exemple, à la maîtrise et au développement de l’énergie nucléaire rappelle ces mentalités arriérées qui accusaient dans les années 1830 les premiers trains à vapeur de répandre la tuberculose dans les campagnes. Quant à la LCR-NPA, quelle que soit ses changements de nom, cette organisation a toujours contribué à diviser et affaiblir le mouvement populaire avec une phraséologie pseudo-révolutionnaire et elle doit être combattue comme telle. Elle est du reste complètement absente des mobilisations ouvrières contre la crise.

La question du Front National

Geostrategie : Et le Front National ?

J-L.I. : Il en va un peu de même pour le Front National qui dénonce les puissances financières mais dont le programme politique n’envisage aucune mesure économique radicale pour mettre un terme à leur domination et contraindre les maîtres de l’économie à rendre gorge. Contrairement aux campagnes de ce parti, ce ne sont pas les immigrés qui sont responsables du chômage. Je parle bien entendu de l’immigration qui vient travailler en France avec une qualification, s’y former dans le cadre de contrats avec des entreprises ou des universités ou y est présente depuis plusieurs génération et non de l’immigration clandestine issue de l’aggravation de la misère qui déserte son combat national pour changer l’ordre des choses. Cette dernière, la plupart du temps inculte, sans formation, analphabète, parfois trafiquante au-lieu d’être parquée dans des camps de rétention aux frais des contribuables devrait être reconduite aux frontières sans atermoiements. Essayez donc comme français de vous rendre clandestinement, « sans papiers », dans un pays d’Afrique ou même en Albanie pour juger de l’hospitalité qui vous sera réservée…Ce qui coûte cher à la France c’est le grand patronat qui attire et utilise cette main d’ouvre bon marché et inculte pour briser le tissu social et les avancées démocratiques qui sont autant d’obstacles à son enrichissement. Et quand cela lui est insuffisant, il délocalise les entreprises, comme le groupe Michelin, pour faire du chômage en France et produire à moindre coût et bien souvent à qualité inférieure dans des pays à la main d’œuvre corvéable à merci. Je le rappelle : 350 millions d’enfants sont actuellement surexploités par les transnationales à travers le monde ! Je rappelle également, puisque personne n’en parle, que le grand patronat français a reçu près de 65 milliards d’euros de subventions de l’Etat tout en bénéficiant de 8,5 milliards d’euros d’exonérations fiscales, de 25 milliards d’euros au titre d’une ribambelle de prêts bonifiés et de la baisse du coût du travail, etc. (4) Dans le même temps l’Etat ne budgétisait que 6 milliards d’euros pour le logement et 5 pour une justice qui se situe déjà parmi les derniers pays d’Europe par son budget !… Ce qui coûte cher à la France, c’est le grand patronat, le chômage qu’il fabrique et son organisation corrompue, le Medef. Le Front National ne reconnaît pas la lutte des classes, condition essentielle du combat pour l’émancipation humaine, raison pour laquelle il ne pourra pas mener jusqu’au bout le combat qu’il prétend mener, ce qui ne veut pas dire qu’il n’aurait pas un rôle à jouer. Mais pour prétendre être « front » et « national » sans doute faudrait-il qu’il se réfère plus à l’avenir qu’au passé dans son discours et ses propositions et que ses militants n’hésitent pas à se trouver aux côtés des travailleurs en lutte pour la défense de leur avenir au lieu de pratiquer un discours antisyndical d’un autre âge. Quand le Front National désignera pour cible le clan des milliardaires qui pille la France au lieu des immigrés qui contribuent à l’enrichir par leur travail, quand ce parti proposera et appellera à la lutte pour nationaliser la haute finance, rendre à la nation ce qui lui appartient, développer la démocratie directe, alors celui-ci commencera à être crédible comme « front national ». Cette logique s’inscrirait d’ailleurs dans la lignée de ses propositions pour une «Europe des peuples » par opposition à « l’Europe des banques ». Pour l’heure il reste enfermé dans un discours anticommuniste, antisyndical, anti-fonctionnaire et s’accroche aux oripeaux du système comme l’église catholique – je parle bien entendu de l’institution et non de la croyance, même si je suis athée – et s’oppose ainsi à tout grand rassemblement national sur des propositions de rupture. Imaginez la force que représenteraient le rassemblement et la mobilisation des organisations – partis politiques, syndicats, associations, etc. – agissant de concert sur des objectifs communs de rupture, chacun conservant, bien évidemment, son identité. Un Front National ouvert, démocratique, aux propositions novatrices, en prise avec la société en lutte pourrait jouer ce rôle de rassembleur. Après chacun prendra ses responsabilités de l’accompagner ou non sur les objectifs en question mais la clarté serait faite dans la société sur qui défend réellement l’intérêt général des français. Pourquoi le Front National ne soutient-il pas les travailleurs qui séquestrent les licencieurs dans des entreprises en bonne santé pour exiger des droits nouveaux dans les entreprises ? Visiblement, les propositions de changement font défaut et se limitent plutôt aux périodes électorales qu’au vécu quotidien des français. Bien entendu le rejet du Front National par la classe politique est injustifiable. Mais pour une part, il porte la responsabilité de cette situation en ne désignant pas les vrais responsables de la crise et en restant enfermé dans un carcan droitier et populiste qui l’empêche, pour partie, de prétendre à devenir national et populaire. Des dirigeants trop souvent issus de partis bourgeois ou à « l’idéologie de reclus » s’identifient par leur propos et leur image plus aux forces du passé qu’à une force porteuse d’avenir et de changement radical. Même si aucune perspective de changement réelle n’existe à l’heure actuelle, la grande bourgeoisie est très préoccupée par la réduction de son assise populaire. Plusieurs faits en attestent comme ses tentatives répétées de faire voter plusieurs fois les peuples ou de remplacer un vote populaire sur des questions qui engagent toute la nation par celui du Parlement lorsque leurs votes ne lui conviennent pas, la tentative de se fabriquer des circonscriptions sur mesure, etc. Nous ne sommes plus en démocratie…

Les forces vives de la nation absentes du Parlement

Geostrategie : …Parlement dont les membres sont pourtant élus par le peuple ?

J-L.I. : Oui, mais les Parlements ne représentent plus vraiment les peuples dans les pays occidentaux et leurs élus nationaux sont de plus en plus coupés des citoyens. Je n’évoque même pas le cas du Sénat français qui est une assemblée inutile et coûteuse qui devra être supprimée afin de renforcer les moyens et l’efficacité de l’assemblée des représentants de la nation. Si vous vous intéressez à la composition de l’Assemblée Nationale française, vous constaterez que sur les 577 députés, ne figure qu’un seul député issu de la classe ouvrière, le député communiste Maxime Gremetz, et un seul salarié agricole, le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle qui est technicien agricole. Quant aux artisans, la « première entreprise de France », selon leur slogan, ne compte que deux élus ! Par contre vous trouvez vingt-deux « sans profession déclarée » parmi lesquels dix-neuf UMP, la plupart fils et filles de petits bourgeois, quinze permanents politiques, tous de l’UMP et du PS, qui faute de faire métier ont fait carrière dans la fonction d’élu et n’ont jamais participé aux forces vives de la nation, trente-huit avocats et, toutes catégories confondues, 184 fonctionnaires dont l’essentiel n’est pas représentatif de la fonction publique, exception faite des enseignants qui forme le gros de cette troupe avec les hauts fonctionnaires. Dans les faits, ce Parlement français n’est pas représentatif de la société française dans sa composition socioprofessionnelle. Les forces vives, classe ouvrière en tête, celles qui font le pays et connaissent les problèmes du quotidien, les drames de la vie sont quasiment absentes du lieu où se décident les lois ! Où sont les ouvriers, les marins-pêcheurs, les paysans, les ingénieurs, cadres et techniciens ? Ceux qui font vivre la France dans ce qu’elle a d’essentiel, de généreux, de génie créateur délèguent en masse leur voix et leur pouvoir à de petits bourgeois et à des politiciens carriéristes qui, une fois élus, ont tôt fait de les oublier ! De plus, le mode de scrutin ne permet pas une véritable représentation du peuple. L’Assemblée Nationale française est bien moins démocratique dans sa composition et son fonctionnement que la Douma en Fédération de Russie dans laquelle tous les partis ayant obtenus un minimum de suffrages sont représentés. En France, lors du premier tour des élections législatives de juin 2007, l’UMP s’est attribué 98 députés avec 10,28 millions de suffrages alors qu’il en a fallu 6,43 millions au Parti Socialiste pour en obtenir un seul ! Quant au PCF et au Front National ils n’en obtenaient aucun avec un peu plus de 1,11 millions chacun ! Le propos n’est pas de savoir si l’on est d’accord ou pas avec la politique proposée par ces partis mais de constater que le mode de scrutin ne permet pas une représentation équitable des courants de pensée de notre société. Le second tour de scrutin avec ses alliances opportunistes et politiciennes ne fait qu’aggraver la situation en excluant des millions d’électeurs de leurs choix et de la représentation nationale. Faute de proportionnelle intégrale, un français sur trois n’est pas représenté au Parlement.

Geostrategie : S’il n’y a pas grand-chose à attendre des partis politiques et des assemblées élues, comment les citoyens peuvent-ils modifier le cours des choses ?

J-L.I. : La démocratie est d’abord ce que les citoyens en font. Ils peuvent intervenir auprès des maires des communes, généralement plus accessibles pour changer la donne sur des problèmes locaux mais également auprès des députés pour des questions qui relèvent de la politique nationale. Les citoyens peuvent très bien se grouper et agir sur des objectifs de rupture avec le système – par exemple, refuser tout licenciement dans les entreprises qui font des profits, s’opposer aux délocalisations, exiger la construction de nouveaux logements, l’embauche de professeurs pour les écoles, de personnels pour les hôpitaux, les services postaux, etc. – et obliger leurs élus à s’engager sur leurs revendications, à leur rendre des comptes sur leurs votes dans les assemblées, ce qui ne sa fait pratiquement plus. Mais les questions fondamentales du passage à une démocratie politique avancée et du contrôle des grands moyens de production, de financement et d’échange reste toujours à conquérir. D’une manière générale, de mon point de vue, les luttes sociales demeurent encore bien en retrait dans leur contenu et leur combativité pour faire front aux attaques dont le monde du travail est l’objet. Mais l’entreprise reste le cœur des batailles à venir : c’est là que les salariés doivent agir pour obtenir de nouveaux droits leur permettant de participer à la gestion et de bénéficier des bons résultats auxquels ils contribuent. Dans les faits comme l’explique Hervé Sérieyx dans mon livre, « il s’agit de passer du « personnel-instrument » au service de l’organisation à « l’organisation-instrument » au service des personnes. » Il s’agit de cheminer d’une organisation d’entreprise destinée à gérer la docilité à une organisation qui suscite chez chacun de ses membres le désir d’y devenir un acteur engagé. La route est difficile mais les partis politiques classés habituellement comme « progressistes » ont failli à leur tâche. Il ne suffit pas que le monde capitaliste s’écroule pour qu’une nouvelle société prenne le relais. L’émancipation du peuple sera l’œuvre du peuple lui-même et à ce jour l’absence d’un courant révolutionnaire important fait défaut pour éclairer les citoyens sur des propositions de rupture avec le système finissant. C’est l’outil qui manque pour favoriser cette transformation politique et sociale. Le peuple est égaré, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas en attente ou demandeur de solutions pour changer la vie.

Des premières mesures d’un gouvernement révolutionnaire

Geostrategie : Quelle seraient les premières mesures que devrait prendre un gouvernement révolutionnaire ?

J-L.I. : Le pouvoir devra immédiatement stopper toutes transactions financières internationales le temps de procéder immédiatement à la nationalisation de la Banque de France et du secteur bancaire et financier, exception faite des sociétés coopératives de banque qui présentent dans leurs principes de critères de gestion démocratiques. L’un des premiers objectifs du nouveau pouvoir devrait également consister à donner de nouveaux droits aux sociétés coopératives, tout particulièrement afin que leurs sociétaires disposent des moyens réels de faire respecter les principes de gestion par les dirigeants quand ce n’est pas le cas. La banque et la finance sont le cœur de l’activité économique et c’est d’abord là que des mesures nationales et radicales doivent être prises avant d’envisager par la suite une action de proposition plus importante au niveau européen et international, à l’ONU par exemple ou par d’autres organisations internationales. De même, il devra formuler dans un second temps des propositions pour changer ces vieux outils du capitalisme (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, etc.) Sur ces points, le gouvernement de Vladimir Poutine de la Fédération de Russie peut permettre d’avancer rapidement puisqu’il est déjà prêt à agir, à proposer et à soumettre au débat des solutions. Il ne faut pas perdre de vue que les mesures qui permettraient d’envisager un avenir meilleur sont également valables pour tous les peuples. Parler de la « réglementation de la vie économique » ou de « réguler les marchés financiers » comme le président français et ses homologues occidentaux en passant sous silence la nationalisation du secteur bancaire et financier ou la gestion démocratique des entreprises, en ne s’attaquant pas aux puissances financières c’est tromper les gens en discourant sur des promesses que l’on est décidé à l’avance à ne pas tenir. Comment peut-on prétendre contrôler et réglementer l’économie sans contrôler et réglementer les banques, le cœur de la vie économique, sans unifier la « comptabilité financière » de l’Etat ?!

Geostrategie : Mais la nationalisation démocratique des banques est une opération difficile qui prendra du temps ?

J-L.I. : C’est l’idée que distillent dans l’opinion les milliardaires avec leurs médias qui ont pardessus tout peur de perdre ainsi la maîtrise de l’économie et leurs privilèges. Dans les faits cette opération qui ne présente pas de grande difficulté sur le plan technique peut aller très vite. L’individu qui aura 1500 euros sur son livret d’épargne comme celui qui possédera 15 millions d’euros sous forme d’actions, d’obligations ou autre garderont chacun ce qu’ils possèdent après la nationalisation. Ceux qui propagent l’idée inverse sont uniquement motivés par le fait d’entretenir la confusion entre nationalisation et confiscation des biens privés pour protéger leurs privilèges. Dans un premier temps, le nouveau pouvoir devra surtout voter des lois favorisant la démocratie dans les entreprises par de nouveaux droits pour la gestion et l’élection des dirigeants sur la base de leur formation, de leur compétence et de leur expérience. Les sociétés coopératives seront des outils précieux pour insuffler la démocratie dans l’économie. Comme vous avez pu le lire, je mets en valeur dans mon livre la contribution importante des sociétés coopératives au mouvement pour la gestion démocratique des entreprises en comparant leurs principes de gestion et leur vécu avec les critères des sociétés classiques ou capitalistes si vous préférez. C’est un chantier immense, ardu et passionnant.

Geostrategie : Qu’est-ce qui changerait si une telle mesure était mise en œuvre ?

J-L.I. : Disons que nous ouvririons la porte de la rupture avec le capitalisme en donnant aux acteurs de l’économie, et en premier lieu à la classe ouvrière et à ses alliés qui font fructifier le Capital par leur travail, des ouvriers des chantiers aux analystes financiers, les moyens de définir et contrôler la marche des entreprises auxquelles ils sont associés, la possibilité de s’intéresser à leur organisation, d’intervenir pour participer à leur transformation. Ce serait le début d’un long mouvement d’émancipation, d’appel aux intelligences, d’appropriation de l’économie par tous ses acteurs au profit de l’intérêt général. Par exemple, concernant les banques, comme j’en fais la démonstration dans mon livre avec l’intervention de spécialistes de la comptabilité des grandes entreprises, aucun contrôle effectif de ces établissement n’est actuellement réellement possible tant les capitalistes jouent sur des procédés extrêmement complexes et subtils pour en établir les bilans, les faire « contrôler », fonder des structures dans des places off shore, éviter l’impôt, spéculer à hauts risques avec des produits financiers ultrasophistiqués. Pourquoi avoir tant de banques qui offrent les mêmes produits financiers quand leur réunion en une seule – exception faite des banques coopératives où se trouvent en germe les principes d’une gestion authentiquement démocratique -, laissant à chacun ce qu’il possède, permettrait le contrôle réel du mouvement des capitaux au profit de l’intérêt général ? Cette nationalisation démocratique accompagnée de la démocratisation des coopératives permettrait à l’Etat de savoir où et comment circulent les capitaux, au profit de qui et de les faire revenir à l’économie réelle sous contrôle populaire. Ce serait un véritable poumon d’oxygène pour la société toute entière quand on sait qu’un niveau mondial les pertes annuelles de recettes fiscales par les gouvernements du monde provenant du seul évitement fiscal – fraude et blanchiment non compris – sont estimées à plus de 255 milliards de dollars.

Geostrategie : Les banques ont déjà été nationalisées ainsi que des sociétés transnationales. Pourtant rien n’a vraiment beaucoup changé à l’époque ?

J-L.I. : C’est exact et c’est la raison pour laquelle j’insiste sur l’aspect démocratique que devront avoir les nationalisations. Il ne s’agit pas de remplacer des dirigeants de droite par des dirigeants de gauche à la tête de ces entreprises pour que ceux-ci les gèrent de manière identique, comme des « compteurs de petits pois », sur la base de seuls critères financiers de profit maximum immédiat avec des hiérarchies bardées de pré carré, des atteintes répétées aux libertés démocratiques, une opacité de gestion et de trucage des comptes incompatibles avec la démocratie. Les dirigeants auront à mettre en œuvre immédiatement les décrets et lois du pouvoir révolutionnaire donnant de nouveaux droits aux salariés pour qu’ils puissent intervenir complètement dans la gestion, mettre un terme au détournement d’une partie des bénéfices par les dirigeants actuels des entreprises des secteurs clés de l’économie, démocratiser toutes les fonctions jusqu’à changer l’entreprise, faire que l’entreprise soit un outil au service de ses acteurs et de son environnement et non l’inverse comme aujourd’hui. C’est une étape décisive qui implique une élévation quantitative et qualitative de la conscience de ses acteurs mais également de l’environnement des professionnels qui l’accompagnent dans sa création et son développement : commissaires aux comptes, auditeurs, experts comptables, etc. Sans cela les nationalisations resteront lettre morte et deviendront, comme nous l’avons connu, des « étatisations ». C’est la raison pour laquelle ces grandes orientations du pouvoir pour aller vers une démocratie avancée doivent s’accompagner de ce que Pierrre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, la principale société de conseil aux actionnaires, appelle « les petits pas ». Ainsi qu’il l’explique, il faudra initier des réformes plus modestes et locales qui vont dans le bon sens.

Geostrategie : Par exemple ?

J-L.I. : Par exemple d’abord décourager le grégaire et encourager la diversité d’opinion dans les marchés en mettant fin aux conflits d’intérêts des établissements financiers des groupes lors des opérations de marché. Comme le souligne Pierre-Henry Leroy, « ceci impose de recourir à des experts vraiment indépendants et non pas, comme aujourd’hui, payés et nommés par les intéressés. Une définition précise des conflits d’intérêts, des interdictions et des sanctions s’imposent. » Ou encore abolir les règlements qui alourdissent l’épanouissement de l’économie au profit de l’intérêt général, ce qui est d’autant plus facilement envisageable à partir du moment où ses acteurs disposent des moyens légaux et culturels favorisant leur intervention.

La seule issue pacifique à la crise : une révolution nationale et radicale

Geostrategie : Mais les économies étant aujourd’hui très liées d’un pays à l’autre avec la mondialisation capitaliste, pensez-vous qu’il soit possible de tenir tête aux dispositions européennes, aux règlements internationaux et aux pressions qui ne manqueraient pas de s’exercer sur une seule nation qui s’engagerait dans cette voie de rupture ?

J-L.I. : Votre question porte sur un point essentiel : le soutien du peuple à des réformes radicales. Un changement social de cette ampleur ne peut être le fait d’une seule avant-garde, aussi éclairée soit-elle. Si celle-ci est nécessaire pour formuler des propositions, porter le niveau de conscience à la hauteur des mesures indispensables, ouvrir le débat sur les questions essentielles, seul un grand soutien populaire à celles-ci peut permettre de rompre avec la situation actuelle, quelle que soit la voie de transition choisie par le peuple, électorale ou non. Le passage de la République du Venezuela d’un Etat sous domination étasunienne à un Etat démocratique, indépendant et progressiste est l’un des exemples les plus intéressants à étudier de notre époque. Toutes les attaques menées contre le gouvernement révolutionnaire du Venezuela, de l’intérieur par le grand patronat et les éléments conservateurs de l’église catholique et de l’extérieur par les Etats-Unis et d’autres pays avec certaines associations plus ou moins liées aux services étasuniens n’ont pu empêcher le processus de rupture de suivre son cours. Aujourd’hui le pays s’engage sur la construction d’une société socialiste en faisant l’apprentissage d’une authentique démocratie directe. Les secteurs clés de l’économie ont été nationalisés, les capitaux qui s’exportaient dans la poche de gros actionnaires étasuniens sont aujourd’hui injectés dans la modernisation des entreprises et des régions, des dizaines de milliers de coopératives se sont créées dans tous les domaines de l’activité économique et le pays se modernise au profit de ses citoyens. Ce qui paraissait impensable à une grande majorité du peuple se réalise aujourd’hui avec son soutien actif. Pourquoi cela a-t-il été possible malgré les accords régionaux, les règlements internationaux et les pressions de toutes sortes, jusqu’à des tentatives de coup d’Etat orchestrées par les Etats-Unis ? Parce que le peuple a su se constituer une avant-garde révolutionnaire exemplaire en bien des domaines, se rassembler, se mobiliser et le rester sur ses objectifs principaux de transformation politique et sociale radicale. Vos comprenez face à ces succès pourquoi le Venezuela révolutionnaire n’existe pratiquement pas dans les médias occidentaux. Le gouvernement français devrait se souvenir qu’il a plus besoin du Venezuela que le Venezuela n’a besoin de la France.

Geostrategie : Est-il possible de faire une telle révolution nationale et radicale en France ?

J-L.I. : Bien évidemment et c’est même la seule issue pacifique pour sortir de la crise et rompre avec le système actuel. Il est envisageable d’organiser en France le contrôle de toute la vie économique, d’opérer sa « réglementation » en la « débureaucratisant », de faire retourner à l’économie les capitaux que les capitalistes évitent de l’impôt et du développement des entreprises sans qu’il leur soit possible de dissimuler des biens et des revenus. Il n’y a nul besoin d’un appareil spécial de l’Etat puisque les salariés et les directeurs pourraient réaliser eux-mêmes la fusion immédiate de toutes les banques capitalistes en quelques semaines, par exemple sous l’autorité du ministère des Finances avec des congrès de travail réunissant les professionnels, cadres-dirigeants, représentants des propriétaires du Capital, salariés, syndicats, associations de consommateurs, etc. par banque, par région et nationalement. Il est évident que ceux qui s’y opposeraient ou feraient traîner les choses en longueur pour se livrer à des opérations malhonnêtes de dernière minute et entraver le processus de rupture en seraient exclus. Les avantages de la nationalisation du secteur bancaire seraient décisifs pour les PME, les collectivités et le peuple entier qui pourrait ainsi s’approprier les richesses qu’il crée et lui échappent. Un gouvernement qui arriverait au pouvoir avec la volonté de rompre avec le capitalisme ne peut être que nationaliste et radical. Etre nationaliste, cela veut dire donner la priorité à l’intérêt général de la communauté de territoire, de langue et de culture à laquelle on appartient. Concernant les accords régionaux ou internationaux que vous évoquiez, la petite Europe de Maastricht n’est pas un problème puisque pour ceux qui en doutaient l’expérience montre, à moins d’être complètement aveugle, qu’elle n’est qu’une organisation au service des grandes banques et des gros propriétaires privés de l’économie. Elle ne pouvait par conséquent résoudre aucun problème, quel qu’il soit, dans les sociétés qui la composent, qu’il s’agisse d’économie, de social, de culture, de liberté, de démocratie ou de droits de l’Homme. Vous remarquerez du reste que les promesses faite sur cette construction européenne par les dirigeants bourgeois et socialistes sur la fin du chômage, l’ouverture des marchés, le développement des entreprises, la solidarité entre les peuples, les libertés n’ont jamais vu le jour et que c’est même le contraire qui s’est produit. Je dresse dans mon livre un descriptif de la situation de cette petite Europe en m’appuyant sur des documents de synthèse de ses propres organismes peu connus du public. Il apparaît que celle-ci, dont les dirigeants sont si prompts à donner des leçons à d’autres peuples, est en recul sur tous les fronts. Il faut se préparer dès maintenant à construire l’Europe des peuples de Dublin à Vladivostock qui donnera la priorité aux qualités et à l’identité de chaque peuple par la recherche de coopérations mutuellement avantageuses, mettra un terme à la bureaucratie de Bruxelles engendrée par les puissances financières. Cela veut dire rompre avec l’actuelle « construction européenne », avec le traité de Maastricht et ceux qui ont suivi. Etre radical c

’est avoir conscience que la classe dominante – la grande bourgeoisie – s’accrochera au pouvoir et à ses privilèges par tous les moyens et que seules des mesures radicales bénéficiant d’un fort soutien populaire permettront de la contraindre à respecter les lois nouvelles, de la renvoyer dans ses foyers et de rompre avec son système.

Le capitalisme a besoin de la guerre pour survivre

Geostrategie : La démocratie est-elle possible dans l’entreprise et tout particulièrement dans des sociétés transnationales à l’organisation complexe ?

J-L.I. : Je montre dans mon livre comment la gestion des sociétés coopératives se distingue – du moins dans celles dont les principes de gestion sont respectés – des entreprises classiques. Les entreprises coopératives sont des exemples de gestion à partir du moment où ses acteurs font respecter leurs critères de gestion par les dirigeants qu’ils élisent. Cela fonctionne dans de grandes banques comme le Crédit Mutuel en France ou le Mouvement des caisses Desjardins au Canada et peut donc très bien se mettre en place dans des PME. Chacun doit avoir conscience de la gravité de la situation car le système a aujourd’hui besoin de la guerre pour subsister. Le général russe Leonid Ivashov a mis en garde à plusieurs reprises contre la volonté des Etats-Unis de déclencher un conflit militaire majeur…

Geostrategie : …Vous voulez dire une troisième guerre mondiale ?

J-L.I. : Je dis « conflit militaire majeur » c’est-à-dire pouvant entraîner rapidement plusieurs pays dans des conflits bien plus graves que la guerre contre l’Irak ou contre la République fédérative de Yougoslavie. C’est du reste ce qu’ont tenté les Etats-Unis en foulant le droit international et en tentant de constituer une alliance de guerre contre l’Irak en passant outre l’ONU. Les Etats-Unis sont en pleine faillite, leur dette financière n’est plus remboursable et ne peut plus qu’être remise. Comme le rappelle le général Ivashov dans mon livre, tout se qui se trouve aux Etats-Unis – industries, immeubles, technologies de pointe, etc. – a été hypothéqué plus de dix fois partout dans le monde et nous sommes au bord d’un krach du système financier international sur le dollar étasunien. Le général Ivashov, qui est vice-président de l’Académie russe des problèmes géopolitiques, estime que « les banquiers mondiaux » en faillite ont besoin d’un événement de force majeure de proportions mondiales pour s’en sortir ». Selon son analyse, « l’importance des événements à venir est réellement épique. (…) Les conflits régionaux comme ceux déclenchés contre la Yougoslavie, l’Irak et l’Afghanistan ne donnent que des effets à court terme. Ils ont besoin de quelque chose de beaucoup plus important et ce besoin est urgent ». Les Etats-Unis et leurs sujets anglo-saxons n’ont pas réussi à entraîner les pays occidentaux dans leur croisade contre l’Irak. Ils tentent aujourd’hui de renouveler leur opération contre l’Afghanistan et la République Islamique d’Iran avec l’OTAN et vont de provocation en provocation pour tenter de renverser le régime légitime du peuple Iranien.

Au nom de quoi l’Occident serait-il à l’abri des guerres qu’il provoque ?

Geostrategie : Est-ce à dire que les conflits régionaux actuels peuvent gagner en ampleur ?

J-L.I. : Malheureusement l’heure est à la guerre et les dirigeants occidentaux en portent la responsabilité. Ils font régulièrement la démonstration de leur recherche d’un conflit majeur, pour sauver leur système en faillite. Ils multiplient les provocations médiatiques, économiques et armées de manière répétée contre plusieurs Etats depuis quelques années. Par exemple, les dirigeants Français mènent des opérations militaires hors frontières contre des peuples (Comores, Afrique, Albanie, Kosovo, Bosnie, Afghanistan, etc.) avec une structure militaire, le Commandement des Opérations Spéciales dont le siège est basé à Villacoublay (Yvelines) en région parisienne, la plupart du temps sans consultation du Parlement. L’armée n’est plus au service de la défense du pays tous azimuts mais des besoins des sociétés transnationales et des guerres étasuniennes. Il semble que le président Sarközy de Nagy-Bocsa n’ait pas compris que le retour en puissance sur la scène internationale de la Fédération de Russie, de la République Populaire de Chine, de l’Inde et de l’Amérique latine et centrale mette un terme aux schémas idéologiques et aux alliances des années soixante-dix. Les français peuvent du reste interpeller leurs députés sur ces opérations militaires en se servant de mon livre puisque celles-ci vont leur coûter en 2009 plus d’un milliard d’euros avec l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan. Aujourd’hui, le mot d’ordre des militants nationalistes et révolutionnaires doit être « Troupes françaises hors d’Afrique ! », « Troupes françaises hors d’Afghanistan ! » L’action doit se développer afin d’entraver par tous les moyens le fonctionnement des troupes d’invasion et les centres nerveux des Etats qui participent à ces opérations militaires meurtrières dans lesquelles périssent de nombreux civils. Le temps de la guerre qui se déroule à plusieurs heures d’avion des capitales occidentales sans répercussions pour l’agresseur est révolu.

Geostrategie : Selon vous ces conflits sont donc susceptibles aujourd’hui d’avoir des répercussions en Occident même ?

J-L.I. : Les occidentaux doivent comprendre que les bombes qu’ils lâchent sur les autres peuples, que l’uranium appauvri que les armées étasuniennes, françaises et anglaises n’ont pas hésité à utiliser en 1991 lors de la guerre du Golfe, puis en Bosnie en 1995, puis encore contre la Serbie en 1999, puis à nouveau contre l’Irak en 2003 avec les conséquences dramatiques pour les êtres humains et l’environnement peut aussi se répandre au cœur de leurs propres villes, de leurs repaires économiques, financiers et militaires. Comme le rapporte le contre-amiral Claude Gaucherand, à l’hôpital pour enfants de Bassorah, en Irak, l’une des plus modernes maternité du monde arabo-musulman avant la guerre, où naissaient 12000 enfants par an, les femmes qui accouchent ne disent plus « fille ou garçon » mais « monstre ou être humain ? » Les cas de leucémie ont été multipliés par 13 et les cancers par 6 en douze ans et ces chiffres ne font qu’augmenter. Il faut également savoir que le plus moderne institut de production de vaccins du Proche-Orient qui fût créé dans les années 1980 par une coopération de l’Irak avec les établissements Mérieux a été détruit par l’ONU et ses envoyés de l’UNISCOM avec des conséquences dramatiques pour les populations et les animaux bien au-delà de l’Irak et de sa région. L’utilisation de telles armes comme le déclenchement des guerres sans consultation du Parlement fait des dirigeants de l’époque des criminels de guerre. Donnez-moi une seule raison qui justifierait que les populations occidentales soient à l’abri des guerres offensives qu’elles laissent financer avec leurs deniers par leurs dirigeants et leurs représentants sans sourciller ? Les bombes ne seraient-elles bonnes que pour les enfants Serbes, Palestiniens, Irakiens, Africains ou Afghans ? Ce temps là est bien fini.

Les fraudeurs ne sont pas à Téhéran mais à l’UMP

Geostrategie : Les politiciens et médias occidentaux parlent de « dictature » et de « révolution manquée » contre le régime de Téhéran, menaçant d’intervenir pour la protection des droits de l’Homme. Quel est votre avis sur l’évolution de la situation en Iran ?

J-L.I. : Premièrement, le peuple Iranien a réélu le président Ahmadinedjad avec une écrasante majorité, bien plus large que celle que le peuple français a donnée au président français lors de l’élection présidentielle de 2006. Permettez-moi de souligner au passage que l’élection du président français ne respecte même pas la loi qui prévoit qu’aucun citoyen ne peut porter de nom autre que celui exprimé dans son acte de naissance, à savoir pour ce fils d’émigrés juifs hongrois, Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Visiblement, « de Nagy-Bocsa » est resté de l’autre côté de la frontière du bulletin de vote. Ensuite, je ne pense pas que le président français et son parti, l’UMP, dont une ribambelle d’élus ont vu leur élection annulée dans différents scrutins parce qu’ils avaient triché – Serge Dassault le « jeune » sénateur-maire UMP de 84 ans de Corbeil-Essonne, fabricant d’armes, a été déclaré inéligible pour un an par le Conseil d’Etat et accusé d’avoir acheté des voix ! – soient en mesure de donner des leçons de démocratie électorale à l’Iran. Ils le sont d’autant moins que d’autres élus de l’UMP ont été également déboutés de leur tentative de remettre en cause plusieurs résultats de scrutin au prétexte que ceux-ci ne leur étaient pas favorables. Le parti des fraudeurs n’est pas à Téhéran mais bien en France. L’UMP est d’ailleurs coutumier de «putsch » contre le peuple et la démocratie.

Geostrategie : « Putsch » contre la démocratie, c’est-à-dire ?

J-L.I. : Je rappelle que le 23 mars 1999, les représentants des dix-neuf pays de l’OTAN ont déclenché les frappes aériennes contre la République Fédérative de Yougoslavie sans consultation des parlements. Puis, ils ont violé une nouvelle fois la Constitution française en 2001 quand le Premier ministre « socialiste » Lionel Jospin a, d’un commun accord avec le président UMP Jacques Chirac, décidé de participer à l’invasion et à l’occupation de l’Afghanistan. Depuis les choses n’ont fait que s’aggraver et les opérations militaires extérieures pèsent de plus en plus lourdement dans le budget de l’Etat. J’ajoute que la France participe au soutien de dictatures sur le continent Africain où elle n’a rien à faire et dont elle ne conteste du reste pas les élections de dirigeants, réellement truquées celles-ci. Et voilà qu’aujourd’hui, avec leurs homologues de la petite Europe de Maastricht, ils s’entendent pour faire revoter les Irlandais qui se sont prononcés majoritairement contre le traité de Lisbonne et dont le vote ne leur convient pas ! Et ce sont ces dirigeants français qui ont la prétention de donner des leçons de démocratie à l’Iran ? Ce n’est pas sérieux. Cette réalité n’est que celle d’une classe sociale, la grande bourgeoisie, qui s’accroche au pouvoir par tous les moyens, jusqu’à la guerre, pour sauvegarder ses privilèges

Un fait dont personne ne parle

Geostrategie : Les reproches formulés au gouvernement iranien par les dirigeants occidentaux procèdent-ils de la volonté de chercher un conflit majeur ? S’agit-il d’une opération concertée ?

J-L.I. : Oui. Plusieurs éléments prouvent que nous assistons à une tentative de déstabilisation du gouvernement Iranien réparée de longue date par les services étasuniens avec la collaboration de membres de services occidentaux et sionistes. La stratégie est la même que celle employée pour la prétendue « révolution orange » en Ukraine ou dans d’autres pays comme la Géorgie avec d’autres couleurs et d’autres valets. Vous retrouvez derrière ces « candidats de la liberté » les mêmes associations financées par des annexes des services étasuniens, les mêmes bailleurs de fonds, les mêmes campagnes médiatiques spontanées avec manifestations, pancartes, mots d’ordre en anglais, provocations, etc. Malheureusement les occidentaux, tous particulièrement les étasuniens, les anglais et les français, devront se faire à l’idée que le président Ahmadinejad jouit d’un fort soutien populaire et de la confiance des forces révolutionnaires d’Iran. J’attire du reste votre attention sur un fait dont personne ne parle : ces conservateurs petits bourgeois qui se présentent comme des défenseurs de la « liberté », de la « démocratie » et des « droits de l’Homme » ont tous le même programme politique : « libérer » l’économie. Cela signifie privatiser avec les conséquences qui s’en suivraient pour le peuple, tout particulièrement dans le domaine de l’énergie puisque l’Iran est un grand pays producteur de pétrole. Avez-vous remarqué le silence entretenu par les médias occidentaux sur le programme politique de cette opposition ? Je ferai le reproche aux dirigeants iraniens de ne pas suffisamment mettre en avant les acquis de la Révolution islamique qui a libéré le pays du joug de l’étranger et a permis de consacrer au développement économique et social des capitaux qui partaient auparavant dans la poche des gros actionnaires des sociétés occidentales. La République Islamique d’Iran se modernise, y compris par la maîtrise de l’énergie nucléaire, et contrôle son activité économique au profit de toute la société : voilà ce que ne supportent pas les occidentaux, français compris, dont les milliardaires dirigeants des sociétés transnationales convoitent les richesses et la place stratégique. Il est évident qu’un Hossein Moussavi comme tout autre dirigeant soutenu par les occidentaux permettrait à Israël de poursuivre tranquillement le génocide du peuple Palestinien sans que cette entité ait à répondre régionalement et internationalement de ses crimes. La politique de paix développée par l’Iran s’accompagne forcément d’une dénonciation de la réalité de la politique raciste et belliciste de l’entité sioniste, que cela plaise ou non. Il ne peut y avoir d’aboutissement à plus de soixante années de conflit sans que la réalité des faits soit posée sur la table.

Il est temps d’en finir avec « l’Etat » raciste israélien

Geostrategie : La communauté internationale peut-elle encore jouer un rôle dans le règlement de la question juive au Proche Orient ?

J-L.I. : La communauté internationale n’existe plus depuis longtemps Pour qu’elle existe encore faudrait-il qu’il y ait une volonté politique commune de régler les conflits dans l’intérêt des peuples, ce qui n’est plus le cas, tout particulièrement avec ce que l’on appelle « l’Etat » d’Israël. Le président Ahmadinejad a souligné avec raison, lors de son intervention à la tribune des Nations Unies à Genève le 11 avril dernier qu’ « après la deuxième guerre mondiale, sous prétexte « des souffrances des juifs », un groupe de pays puissants a eu recours à l’agression militaire pour faire d’une nation entière une population sans abri. Ces pays ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et d’ailleurs pour établir un gouvernement totalement raciste en Palestine occupée. Il est tout à fait regrettable qu’un certain nombre de gouvernements occidentaux ainsi que les Etats-Unis aient entrepris de défendre ces racistes auteurs de génocide. Ils ont toujours soutenu les actes odieux du régime sioniste ou sont resté silencieux face à ces actes ». Tout cela n’est que la triste vérité et nous sommes aujourd’hui confrontés à une peste sioniste qui se répand comme un poison de manière analogue à celles des nazis : pureté de la « race » qui place le juif , « peuple élu », au-dessus de tout autre être humain – et je vous renvoie sur ce point à La question juive écrit par le juif allemand Karl Marx -, implantation de colonies qui répond au besoin d’espace vital à l’image de l’ancien Reich allemand, populations chassées à coups d’interventions militaires, villages rasés, terres spoliées, torture, etc. L’ouvrage de Serge Thion, Le terrorisme sioniste,(5) est sur ce point révélateur de la terreur qui accompagne l’occupation de la Palestine par l’entité sioniste depuis 1947. Israël n’est pas un Etat mais une entité raciste sans frontières définies et sans constitution. C’est l’amie assassine du président Sarközy de Nagy-Bocsa dont l’historien Paul-Eric Blanrue décrit fort bien l’introduction dans l’appareil d’Etat français dans son ouvrage Sarkozy, Israël et les juifs.(6)

Geostrategie : Vous êtes l’un des rares journalistes français à soutenir l’intervention du président Ahmadinejad. Selon vous, le président Iranien n’a fait que rapporter la réalité des faits à la tribune de l’ONU ?

J-L.I. : L’un des rares à le soutenir ? Je ne pense pas. Sans doute dans les salons dorés des capitales occidentales et de l’ONU à Genève – et encore car il y fût applaudi par la grande majorité des participants à la déception des représentants occidentaux. Je renvoie ceux qui doutent de la triste réalité de la Palestine occupée et du racisme de l’entité sioniste à se rendre dans les pays arabes. Je ne parle pas de descendre dans les hôtels cinq étoiles pour l’interview d’une personnalité et de partager le reste de son temps entre le bar et la piscine de l’hôtel comme le font certains journalistes occidentaux. Je parle de vivre avec le peuple, d’aller à sa rencontre, de l’écouter, d’essayer de le comprendre. Ils verront alors que le président iranien jouit d’une grande popularité dans le monde arabo-musulman. Par ailleurs, un rapport de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme qui fait suite à une importante mission d’enquête en Israël rapporte, je cite, « les nombreuses discriminations raciales (…) tant légalisées qu’empiriques, sans aucun fondement de quelque nature que ce soit » qui constituent « une violation à la Déclaration universelle des droits de l’homme, au Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et à la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ». Il est évident que si les occidentaux continuent de soutenir une telle entité raciste, ils devront finir par assumer également la responsabilité du génocide du peuple Palestinien et de la guerre qui se prépare. Depuis 62 ans cette entité viole toutes les lois internationales, procède à une véritable épuration ethnique de la Palestine, refuse d’appliquer les résolutions de l’ONU et poursuit sa guerre d’occupation et d’expansion à l’abri du discours trompeur de ses dirigeants. Vous seriez enfant Palestinien et vous auriez vu votre famille décimée sous les bombes sionistes ou chassée de sa terre, pensez-vous que vous continueriez d’applaudir aux rencontres diplomatiques sans lendemain avec un occupant qui piétine la diplomatie et les pactes internationaux jusqu’au sein de l’ONU ? Quant aux dirigeants des pays arabes au pouvoir qui ne sont, exception faite de la Syrie, que des modérés corrompus agenouillés devant les occidentaux, ils portent une lourde responsabilité dans l’extermination du peuple Palestinien et la présence coloniale dans cette région du monde.

Geopolitique : Dans de telles conditions, pensez-vous qu’après tant d’années une solution diplomatique puisse encore être trouvée ?

J-L.I. : En refusant toute véritable négociation pour que la Palestine retrouve l’intégralité de sa terre et ses droits, l’entité sioniste empoisonne la vie politique internationale et diplomatique depuis plus d’un demi-siècle. Ce racisme religieux que les occidentaux et l’ONU refusent de combattre oblige à considérer que la seule alternative qui reste désormais pour en finir avec Israël est la guerre. Que voulez-vous qu’il reste quand des dirigeants refusent de voir la réalité des choses, d’entendre la voie de la diplomatie et donc de la sagesse ? Ainsi que je le rapporte dans mon livre, une mission d’enquête de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme conclut que « le projet politique fondateur de l’Etat d’Israël, l’instauration d’un « Etat juif » est porteur d’une discrimination à l’égard de la population non juive ». Si « l’Etat d’Israël est « l’Etat des juifs » comme le stipule l’article 7 de la loi fondamentale sur la Knesset, alors tout juif qui se trouve en dehors de cet Etat doit être considéré comme immigré. Une liste noire des Etats et sociétés qui commercent avec Israël, fournissent à cette entité du gaz, du pétrole – comme la Fédération de Russie, la Turquie, la Géorgie et quelques autres -, des armes et autres bien de consommation doit être dressée afin de dénoncer publiquement leur participation au massacre du peuple Palestinien et d’organiser un boycott progressif et massif de leur commerce. Il faut ainsi s’opposer comme le font une centaine d’organisations, de partis politiques, d’associations, y compris juives, à l’implantation de la société israélienne Agrexco à Sète et ailleurs en France. Ce n’est qu’un aspect du combat qu’il faut aujourd’hui mener contre cette entité raciste jusqu’à la contraindre à la raison car chaque jour elle vole la vie et la terre des Palestiniens.

Renforcer l’action commune des peuples contre l’impérialisme

Geostrategie : Revenons à l’Iran. Pensez-vous que la République Islamique d’Iran puisse affronter la crise provoquée par les occidentaux ?

J-L.I. : Crise est un bien grand mot. Je parlerai plutôt de nouvelle provocation occidentale et d’ingérence dans les affaires du peuple iranien. Non seulement elle le peut mais elle en sortira renforcée. Il faut savoir qu’ au-delà d’un appareil d’Etat en pleine modernisation, la République Islamique d’Iran dispose de militants révolutionnaires aguerris à la lutte contre les provocations occidentales, d’une jeunesse formée dans les écoles et Universités ouvertes à toutes les couches de la population qui soutient majoritairement le régime contrairement à ce que diffusent les médias occidentaux, de penseurs et d’intellectuels riches de la culture perse, d’une religion avec laquelle la corruption et l’enrichissement personnel contre l’intérêt général ne sont pas compatibles. Il ne faut pas oublier qu’en août 1953 les occidentaux ont eux-mêmes préparé le coup d’Etat pour renverser le régime démocratique de Mohammad Mossadegh afin d’installer au pouvoir la dictature des Pahlavi qui a plongé l’Iran dans un bain de sang. Quelques mois après son installation au pouvoir par les occidentaux, en 1954, un consortium composé de compagnies étasuniennes, anglaises, françaises et hollandaises se mettait en place pour gérer l’exploitation pétrolière de l’Iran au profit des actionnaires des grandes compagnies occidentales. Un véritable pillage de l’Iran s’est ainsi opéré pendant près de vingt-six années de dictature jusqu’à la Révolution islamique en 1978 et 1979. Il est évident que les dirigeants occidentaux entendent aujourd’hui dicter de nouveau à l’Iran sa politique économique tantôt en lui interdisant d’utiliser l’énergie nucléaire, tantôt en le menaçant, tantôt en exerçant des pressions économiques ou en essayant de déstabiliser son régime démocratiquement élu pour imposer une marionnette à leur solde afin de s’approprier ses richesses.

Geostrategie : Mais vous êtes vous-même athée et vous soutenez le pouvoir religieux de Téhéran ?

J-L.I. : Où est le problème ? Notre foi n’est pas la même mais je constate que le régime de Téhéran défend l’indépendance économique du pays, les nationalisations – même si celles-ci doivent aujourd’hui passer à un niveau qualitatif supérieur – et donc la possibilité pour le peuple Iranien d’améliorer ses conditions d’existence en participant plus fortement à la vie économique. On ne peut en dire de même du Vatican ou de l’entité sioniste qui sont deux des principales destinations du blanchiment de l’argent du crime organisé et du commerce des armes, ni des Etats-Unis avec leurs 60 millions de pauvres où la misère, contrairement à la République Islamique d’Iran, est en pleine expansion ! Quant à l’Union Européenne, donneuse de leçon de droits de l’Homme elle devrait commencer par s’occuper de ses 20 millions de chômeurs, de ses 70 millions de citoyens mal logés, de ses 80 millions d’autres qui courent un risque de pauvreté dont « la moitié d’entre eux est dans une situation de pauvreté durable » si j’en crois le Rapport conjoint 2008 sur la protection sociale et l’inclusion sociale de la Commission européenne ! Où sont les droits de l’homme pour ces habitants de la petite Europe ? Par ailleurs, la France a fait le choix de servir de refuge à une organisation armée logée à Auvers-sur-Oise, en région parisienne, qui était, voici peu de temps, classé sur la liste noire des mouvements terroristes du Département d’Etat étasunien et de l’Union Européenne. Elle vient d’en être retirée car les dirigeants anglo-saxons ont réalisé qu’ils avaient besoin de l’instrumentaliser pour développer une grande campagne contre la République Islamique d’Iran. Tout ce qui peut leur servir contre l’Iran révolutionnaire est bon. Il serait du reste intéressant de savoir de qui cette organisation reçoit des fonds et des armes en quantité impressionnante… Le gouvernement français devrait prendre garde. Que n’entendrait-on si l’Iran abritait sur son sol une organisation dont le but avoué serait de renverser le gouvernement français ?! Sans intervenir dans les affaires intérieures iraniennes, je pense que les dirigeants iraniens devraient revoir les conditions des échanges avec les pays de l’Union Européenne, tout particulièrement la France, et choisir des partenaires commerciaux plus fiables et respectueux de l’indépendance des peuples. Cela vaut pour l’Iran comme pour tous les peuples qui se lèvent sur tous les continents et qui doivent, au-delà de leurs croyances différentes, se rapprocher pour agir en commun contre l’impérialisme.

Geostrategie : Le conflit majeur dont vous parlez pourrait prendre des formes nouvelles ?

J-L.I. : Je le pense car les occidentaux semblent oublier qu’il ne peut y avoir de second Hiroshima puisque cela signifierait la fin de l’Humanité. Le président étasunien Obama qui a pris un ton aux relents de guerre froide vis-à-vis de la Fédération de Russie devrait bien réfléchir à changer d’attitude contre le cœur de l’Eurasie. De même, son implication et celle de son administration – CIA, Institut de l’hémisphère occidental pour la sécurité et la coopération(7) et Commandement Sud des Etats-Unis (Southcom) – dans le coup d’Etat en juin dernier contre Manuel Zelaya, président démocratiquement élu du Honduras, ne fait que confirmer la poursuite de la politique belliciste et agressive de ses prédécesseurs. Vous constaterez au passage la disproportion du traitement dans les médias français entre le coup d’Etat étasunien au Honduras avec des centaines de morts et des milliers d’arrestations qui n’ont eu droit qu’à quelques toutes petites minutes d’antenne et le coup d’Etat manqué des occidentaux en Iran qui a fait chaque jour l’objet de commentaires aussi faux qu’abondants. Les Etats-Unis ne sont plus en état de dicter leur volonté au monde et leur président va devoir faire front sur le plan intérieur aux déceptions qui vont naître des promesses qu’il a faites pour être élu et qu’il ne pourra tenir. Sur le plan extérieur les guerres qu’il entretient et les nouvelles qu’il cherche à provoquer vont accroître l’endettement et contribuer au processus d’affaiblissement majeur des Etats-Unis et du capitalisme en faillite. Imaginez ce qu’il adviendrait de la société étasunienne dans un tel contexte politique, économique et social si son président noir était victime d’un odieux attentat raciste perpétré par un groupe sioniste ou des miliciens extrémistes blancs ?!… Imaginez ce qu’il adviendrait demain si les images captées par satellite et caméras sur le prétendu attentat contre le Pentagone en septembre 2001 étaient publiées ? Certains responsables du Federal Bureau of Investigation en ont une idée pour avoir fait saisir aux Etats-Unis certaines de ces bandes vidéos…Il est étrange, ne trouvez-vous pas, que cette manipulation et mise en scène hollywoodienne ait échappé aux « yeux du ciel » pour l’un des bâtiments les plus surveillés de la planète ? Sans doute faut-il encore laisser du temps au temps. Les occidentaux ne sont plus les seuls à maîtriser les nouvelles technologies et les peuples à qui ils ont pris leurs familles, leurs terres, leurs richesses, leur espoir, leur avenir n’ont plus rien à perdre. Ces « terroristes » là seront les libérateurs d’aujourd’hui comme l’étaient hier communistes et sans partis dans la Résistance contre le nazisme. A mains nues ou en costume cravate nous devons être à leurs côtés car pour eux comme pour nous, l’avenir c’est aujourd’hui la révolution ou la guerre.

 

Notes :

(1) Diplômé de l’Ecole des Hautes Sociales, de l’Ecole des Hautes Etudes Internationales et de l’ESJ, Jean-Loup Izambert est un journaliste indépendant qui a également exercé comme conseil en communication politique et communication de crise. Spécialisé depuis les années quatre-vingt cinq dans l’investigation économique, politique et financière, il est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages : Le krach des 40 banques (Ed. du Félin, 1998), Le Crédit Agricole hors la loi ? (Ed. Carnot, 2001), Crédit Lyonnais, la mascarade (Ed. Carnot, 2003), ONU, violations humaines (Ed. Carnot, 2003), Faut-il brûler l’ONU ? (Ed. du Rocher, 2004), Les Démons du Crédit Agricole (Ed. L’Arganier, 2005), Pourquoi la crise ? (Ed. Amalthée, 2009)

(2) Lire Résistance, n°56, juin 2009 et le site Internet voxnr.com

(3) Source : Organisation Internationale du Travail.

(4) Source : Rapport sur les aides publiques aux entreprises, Inspection générale des Finances, des Affaires sociales et de l’Administration, janvier 2007.

(5) Le terrorisme sioniste, par Serge Thion, Ed. Akribeia, Paris (disponible ici).

(6) Sarkozy, Israël et les juifs, par Paul-Eric Blanrue, Ed. Oser dire (disponible ici).

(7) L’institut de l’hémisphère occidental pour la sécurité et la coopération, aussi appelé « Ecole américaine » est un centre d’entraînement et de formation étasunien destiné à former des militaires et commandos pour contrer les forces progressistes et révolutionnaires du continent d’Amérique centrale et latine. Plusieurs chef militaires des dernières dictatures de ce continent soutenues par Washington en sont issus.

 

http://www.geostrategie.com/point-fort/le-capitalisme-en-crise-a-besoin-d%E2%80%99un-conflit-militaire-majeur

 

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 02:01

La banqueroute ou la guerre ?

 

C’est connu depuis la nuit des temps : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie. De là à se demander si notre amour soudain pour les Libyens est vraiment désintéressé, il n’y a que l’amble d’un Cheval de Troie…

 

L’année avait plutôt bien commencé puis, très vite, les choses ont tourné à l’aigre. D’abord le cataclysme au Japon, dont les fragrances radioactives ne tarderont plus à nous rattraper, puis maintenant la Libye, pour laquelle l’Occident feint de découvrir que le “Guide suprême” n’est pas seulement un priapique cocaïnomane, mais aussi un dictateur sanguinaire. Depuis la Suisse, cela donne envie de rire, quoique la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, doive plutôt grimacer en se souvenant combien son pays était isolé, il y a encore une année, alors qu’il avait affaire aux menaces de Kadhafi suite à l’arrestation de son ivrogne de fils à Genève quelques mois auparavant. Un Kadhafi qu’il était alors de bon ton de soutenir dans la communauté internationale, et peut-être même, pour le président Sarkozy, d’en obtenir le soutien financier pour sa campagne électorale.

Mais l’amiral Mullen, chef d’état-major US, a déjà prévenu, à moins qu’il s’agisse de préparer le terrain : « On ne sait pas où l’on met les pieds, et le conflit pourrait bien s’enliser », tout en essayant de nous rassurer : « Notre objectif n’est pas de chasser Kadhafi du pouvoir. »(1) On imagine bien en effet qu’une opération baptisée Aube de l’Odyssée cache des objectifs un peu plus considérables que de mettre à la retraite l’instigateur des soirées Bunga-bunga [Silvio Berlusconi et ses partouzes NDLR].

Thierry Meyssan voit assurément juste quand il écrit que « les frappes françaises sur la Libye ne sont pas une opération française, mais une sous-traitance placée sous l’autorité de l’US AfriCom. Elles n’ont pas pour objet de secourir les populations civiles libyennes, mais elles prétextent de la situation pour ouvrir la voie au débarquement des forces étatsuniennes sur le continent africain. »(2)

Dans une récente analyse (3), Pierre Hillard nous rappelle que « les grands événements sont toujours le fruit des actions d’une élite » et que « les masses ont toujours été utilisées comme instrument en faveur d’une politique bien définie. » L’auteur de La marche irrésistible du Nouvel ordre mondial (4) explique comment la trame de fond à « l’origine de tous ces événements » réside dans le développement du Nouvel ordre mondial qui n’est plus seulement une idéologie, mais une mystique.

Banqueroute des États-Unis

Bill Gross, gestionnaire du plus important fonds d’investissement au monde, Pimco, a annoncé le 10 mars dernier qu’il s’était débarrassé de tous ses Bons du Trésor. Il faut se souvenir que les Bons du Trésor sont la plus grande bulle de ces cent dernières années. Ils sont considérés par les spéculateurs comme une assurance-vie gratuite et qui rapporte tout de suite et très gros.

Depuis novembre 2010, la Fed a racheté auprès des banques d’affaires plus de 70 % des Bons du Trésor aux Etats-Unis. Elle continue d’en racheter mensuellement 100milliards et devrait, d’ici juin 2011, en détenir pour 800milliards de dollars.

Si Pimco fait savoir aujourd’hui qu’il y a tout à perdre à collaborer avec l’État américain et qu’il convient de se débarrasser avec urgence des Bons du Trésor US, c’est qu’elle prévoit que les cours des obligations d’État US vont s’effondrer avant l’été prochain. Que cela entraînera une contraction de l’économie qui peut mener le pays à l’éclatement monétaire par l’hyperinflation, à la récession et au chômage de masse. En clair, la banqueroute des États-Unis.

Barack Obama, Tim Geithner, son Secrétaire d’État aux Finances, et Ben Shalom Bernanke, le Directeur de la Fed, ont engraissé les banques et leur ont permis de fusionner, de s’agrandir afin de devenir “too big to fail ” (trop grande pour faire faillite). Les banques peut-être, les Etats-Unis c’est moins sûr. A moins que la guerre…

 

Clovis Casadue, pour FLASH

Publié  sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

Reproduction libre avec indication des sources

Notes :

1. NBC, le 20 mars 2011

2. « Washington regarde se lever l’aube de l’odyssée africaine » Réseau Voltaire, le 19 mars 2011

3. « Le nouvel ordre mondial à l’assaut de l’Islam » Mecanopolis, le 18 mars 2011

4. « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial », Editions François-Xavier de Guibert

 

http://www.mecanopolis.org/?p=22836

 

Article placé le 23 mar 2011, par Flash

Par Eva R-sistons

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 01:58

 

Quand la guerre devient « culture de la défense »

par Manlio Dinucci

Le 2 avril 2011



Alors que l’Italie participe à la guerre en Libye, cinquième en deux décennies (après le Golfe persique, le Balkans, l’Afghanistan et l’Irak) arrive au Sénat, après avoir été approuvée par la Chambre des députés, la proposition de loi « pour la promotion et la diffusion de la culture de la défense ».

 

La phrase obligée ajoutée au titre -« à travers la paix et la solidarité »- ne change pas la substance : toutes les guerres désormais sont de « peacekeeping » (maintien de la paix NdT) et « humanitaires ».

 

La finalité de  la loi est de « rendre les citoyens conscients des politiques de sécurité et de défense de la nation et de l’action des Forces armées » et de faire en sorte que « les administrations publiques promeuvent des initiatives sur les thèmes concernant la culture de la défense », dans les écoles surtout, dans le cadre de la « Journée du souvenir des militaires et civils tombés dans les missions internationales pour la paix » (12 novembre). A cette fin on institue, auprès du Ministère de la défense, le « Comité pour la culture de la défense ».

 

La loi, depuis le 30 mars à la commission défense du Sénat, est le produit d’une large entente multipartisan (Pd, Idv, Pdl, Lega).

 

Comme l’a souligné l’on. Federica Mogherini Rebesani (Pd) le 7 mars à la Chambre, elle offre « l’opportunité de combler une apparente, grave et fausse opposition entre la culture de la défense et la culture de la paix et de la solidarité, de dépasser un lieu commun qui veut opposer aujourd’hui le monde et l’action militaire  à ce que nous appellerons en simplifiant le pacifisme ».

 

Ces pacifistes « simplifiés » qui sont aujourd’hui dans la rue contre la guerre n’ont pas dépassé le « lieu commun »

 


Edition de samedi 2 avril 2011 de il manifesto


http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/02-Aprile-2011/art.  

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24107

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 00:35

25 mars 11

La guerre totale contre la Libye et la montée du prix du brut
« Les guerres humanitaires sont bonnes pour les affaires »... Les spéculateurs applaudissent...

 

par Michel Chossudovsky

 

LIBYE.gif


PARTIE I

Insurrection et intervention militaire: Tentative de coup d'État des États-Unis et de l'OTAN en Libye? - par Michel Chossudovsky - 2011-03-10


PARTIE II 


 

23869.jpg  L’« Opération Libye » et la bataille du pétrole : Redessiner la carte de l’Afrique
- par Michel Chossudovsky - 2011-03-22
L’intervention militaire menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Libye comporte des implications géopolitiques et économiques d’une portée considérable.


PARTIE III
L'article original a été rédigé en anglais le 16 mars 2011.


La mise en place d’une zone d’exclusion aérienne est sur la planche à dessin du Pentagone. L’Arabie Saoudite et les États du Golfe, appuyés par la Ligue arabe et l’Organisation de l'unité africaine (OUA), ont étiqueté la Libye comme étant « un pays inamical ».

 

Le scénario envisagé par Washington est d’impliquer l’Arabie Saoudite et les États du Golfe dans des attaques aériennes contre la Libye.

On a également demandé à l’Arabie Saoudite de fournir des armes aux forces de l’opposition.

Des reportages confirment que des forces spéciales et des conseillers militaires de l’OTAN sont sur le terrain dans l’est de la Libye, auprès des rebelles.

 

Une intervention militaire menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Libye comporte des implications géopolitiques et économiques considérables.

 

Détenant environ 3,5 % des réserves mondiales de pétrole, soit plus du double de celles des États-Unis, la Libye figure parmi les plus importantes économies pétrolières du monde.

 

Une guerre contre la Libye aurait des répercussions immédiates sur le prix du pétrole brut. Ce dernier a augmenté de 18 % depuis le début de l’insurrection en Libye.

 

Le prix du brut se situe à 104,42 dollars le baril sur le New York Mercantile Exchange pour la livraison d’avril, son plus haut niveau depuis le krach financier de septembre 2008. Depuis août 2010 le prix du brut est passé de 75,93 à 104,42 dollars le baril (mars 2011), une hausse substantielle de 37,5 % (Voir le tableau ci-dessous)

 

Pétrole brut – Prix mensuel – Prix des denrées

 

 

Mois

Valeur

 

Août-10

75.93

 

Sep-10

76.14

 

Oct-10

81.72

 

Nov-10

84.56

 

Déc-10

90.1

 

Jan-11

92.66

 

Mars 2011 Prix pour livraison en avril 104. 42

 

 

Source indexmundi.com. Crude Oil (petroleum) - Monthly Price - Commodity Prices

 

Une guerre contre la Libye ferait monter le prix du pétrole brut à des niveaux extrêmement élevés et pourrait déclancher une spirale inflationniste entraînant l’appauvrissement de larges segments de la population mondiale.

 

Une augmentation considérable du prix du pétrole sur une période prolongée serait dévastatrice sur le plan économique : les coûts de transport et de production augmenteraient de manière dramatique. La hausse des prix de l’essence et de l’énergie entraînerait une nouvelle série de faillites dans d’importants secteurs de l’activité économique. Cela contribuerait par ailleurs à une hausse impressionnante de la dette extérieure des pays en développement.

 

Ces hausses de prix, déjà en cours, se produiraient malgré le coût extraordinairement bas du pétrole du Moyen-Orient.

 

Cela signifie que de puissants spéculateurs institutionnels de Wall Street ayant des liens avec l’establishment de l’armée et du renseignement des États-Unis encaisseront des milliards de dollars en gains spéculatifs, non seulement sur le marché du pétrole, mais aussi sur les marchés des denrées et des devises.

 

Cet argent est tiré des ménages qui doivent maintenant payer le pétrole à un prix supérieur.

 

Une « guerre humanitaire » serait « bonne pour les affaires ». Elle sert les intérêts des spéculateurs institutionnels et contribue à faire avancer un processus d’appropriation de la richesse financière.

 

Les institutions financières qui étaient informés à l’avance des événements en Égypte et en Lybie ont déjà fait des milliards de dollars en gains spéculatifs sur les marchés des contrats à terme et des options pour le pétrole brut.

 

Ces institutions financières et bancaires mondiales, qui ont « fait leurs jeux » il y a plusieurs mois, ont « un intérêt particulier dans la guerre ». Plus le marché du pétrole brut est volatil, plus les gains spéculatifs sont élevés. Les gains spéculatifs à court terme dus à la volatilité des marchés font également partie de ce processus. Le fait d’être informé à l’avance de la succession d’événements politiques ou militaires et de la façon dont ceux-ci affectent les marchés, ainsi que le contrôle et la manipulation des nouvelles financières relativement à ces événements sont un élément essentiel du processus de gageure.

 

À cet égard, nous traitons du fonctionnement des bourses de marchandises mondiales, dont la plus importante est CME Group, créée à la suite de la fusion du Chicago Mercantile Exchange(CME), du Chicago Board of Trade (CBOT) et du New York Mercantile Exchange (NYMEX).

[Cliquer pour voir la déclaration du professeur Chossudovsky sur GRTV]

Rumeurs politiques et fausses informations

 

Répandre des rumeurs et de fausses informations se révèle aussi une entreprise profitable, particulièrement en ce qui a trait aux fluctuations à court terme des bourses de marchandises.

 

[...] Une rumeur voulant que le dirigeant libyen longtemps en poste, Mouammar Kadhafi, ait été abattu a fait plonger les bourses de marchandises, faisant ainsi baisser les contrats à terme du pétrole brut de plus de 2 %. D’autres rumeurs ont eu des effets immédiats tout aussi considérables, même sans que de réels changements aient eu lieu sur le plan de la production ou des réserves de pétrole. Ceux qui spéculent sur le pétrole en sont la cause, comme les fonds de couverture, lesquels achètent et vendent des marchandises, et engrangent des profits en misant sur les variations de prix à court terme.

 

Ces spéculateurs habituels font des gains sur des variations rapides en pariant sur des rumeurs et des phénomènes erratiques du marché. Ils achètent et revendent rapidement les marchandises qu’ils n’ont pas l’intention de détenir ou d’utiliser. Leur opportunisme frappe une fois encore les familles de la classe ouvrière à travers le pays en augmentant le fardeau des petites entreprises et des agriculteurs [...] (Rep. Joe Courtney: Market Speculators and the Real Cost of Oil, Huffington Post, 16 mars 2011)

Sanctions économiques 

 

Des sanctions économiques ont été imposées à la Libye par les États-Unis, ravageant ainsi l’approvisionnement de l’Union européenne en pétrole libyen. Ces sanctions ciblent indirectement l’Union européenne : elles contribuent à l’affaiblissement de l’Italie et de la France, grandement dépendantes du pétrole de la Libye.

 

Le commerce du pétrole libyen a pratiquement été paralysé puisque les banques refusent d’approuver les paiements en dollars en raison des sanctions étasuniennes (Reuters, 8 février 2011) « Ce choix est venu à la suite d’une décision prise par les grandes pétrolières étasuniennes de mettre fin au commerce avec la Libye et rend l’achat de pétrole libyen par les firmes européennes presque impossible, de même que l’approvisionnement des raffineries dans des pays comme la France et l’Italie. »

 

[Wall Street et Washington] ont ordonné aux banques de geler les transactions financières : « Les banques ne veulent pas financer le système en Libye, donc pour le moment personne ne reçoit d’argent pour du pétrole. Il y a de gros problèmes de paiements », a déclaré un principal négociateur d’une compagnie pétrolière européenne.

 

« Ce n’est pas une question de choix, il y a un embargo sur les dollars étasuniens qui entrent et sortent de la Libye », a affirmé le négociateur d’une des entreprises en faisant référence à la résistance des banques d’approuver les paiements en dollars US.

 

« Toutes les transactions en dollars US sont bloquées », a déclaré le négociateur en ajoutant qu’il n’était pas clair à ce stade-ci s’il était possible d’effectuer des paiements dans d’autres devises et si une banque suisse ou européenne quelconque était prête à conclure des transactions. (Libyan oil trade paralysed, deals in dollars blocked | Energy & Oil | Reuters, 8 février 2011)

 

Les impacts économiques d’une opération militaire des États-Unis et de l’OTAN

 

Si cette opération militaire est mise en œuvre, les prix du pétrole vont monter en flèche et contribuer à exacerber davantage la crise économique et ses conséquences sociales dévastatrices, particulièrement dans l’Union européenne, laquelle dépend grandement du pétrole libyen.

 

Les hausses de prix du pétrole favorisent la pauvreté accrue, l’augmentation simultanée des prix mondiaux des aliments (lesquels font aussi l’objet d’activités spéculatives sur les bourses de marchandises) et plus généralement la hausse du coût de la vie dans le monde, c’est-à-dire de l’indice des prix à la consommation.

 

Blé - Prix mensuel – Prix des produits de base

 

Mois

Valeur

 

Août-10

246.25

 

Sep-10

271.69

 

Oct-10

270.29

 

Nov-10

274.37

 

Déc-10

306.99

 

Jan-11

326.54

 

 

USD par tonne

 

Maïs - Prix mensuel – Prix des produits de base

 

Mois

Valeur

 

Août-10

175.6

 

Sep-10

205.84

 

Oct-10

235.7

 

Nov-10

236.44

 

Déc-10

251.02

 

Jan-11

265.29

 

 

 

 

USD par tonne

 

Maïs U.S. No. 2 Yellow, FOB Gulf of Mexico, prix en USD par tonne
Blé, No.1 Hard Red Winter, ordinary protein, FOB Gulf of Mexico, prix en USD par tonne

 

Maïs - Prix mensuel – Prix des produits de base

 

Blé - Prix mensuel – Prix des produits de base

 

Source indexmundi.com.

 

Les hausses de prix du pétrole auront en revanche un impact significatif sur les coûts du transport, les marchandises internationales et les voyages aériens. Au plus fort d’une crise économique, cela minera davantage le commerce intérieur et extérieur.

 

Les intervenants économiques importants, incluant les politiciens et les spéculateurs, savent et comprennent tout cela. Les politiciens suivent les directives établies par Wall Street, qui, en grande partie, dicte la politique financière gouvernementale.

 

La réglementation du prix des produits alimentaires de première nécessité ou du prix de détail de l’essence est considérée comme un empiètement dans le fonctionnement du « marché libre ».

 

Nous sommes face à un système économique corrompu qui se nourrit de guerre et de destruction.

 

Le prix moyen de l’essence à la pompe aux États-Unis est de l’ordre de 3,80 dollars le gallon et excède les 4 dollars le gallon en Californie.

 

Les spéculateurs applaudissent! Les médias blâment simplement Kadhafi pour la hausse de prix… « Les ménages coupent dans les voyages, le cinéma et l’épicerie au Royaume-Uni, où les prix ont grimpé à 130,68 pence le litre (8,06 dollars le gallon) le 3 mars [...] Les prix ont établi des records dans les Pays-Bas et en Italie. (Record Gas Prices: $8 In Europe, $4 In California; Trichet Could Raise Interest Rates To Halt Inflation | Markets | Minyanville.com, 4 mars 2011)

 

Prix moyen de l’essence aux États-Unis (USD par gallon)

 

State's Graph

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : 
 Daily Fuel Gauge Report--national, state and local average prices for gasoline, diesel and E-85. (American Automobile Association, AAA )

 

 States Map

 

Source : AAA

 

 

 

Article original en anglais : « All Out War on Libya, Surge in the Price of Crude Oil... "Humanitarian Wars are Good for Business".... Speculators Applaud....», publié le 18 mars 2011.

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca


Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).    

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23943

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 17:11


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Pourquoi les guerres ?

Par eva R-sistons

 

 

 

Libye : Guerre pour protéger les populations civiles.

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

 

Hier, entre autres :

 

Yougoslavie : Guerre pour protéger les populations des massacres ethniques.

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

Afghanistan : Guerre contre le terrorisme.

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

Irak : Guerre pour détruire les armes de destruction massive.

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

 

Demain, entre autres :

 

Iran : Pour protéger du nucléaire iranien.

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

 

D'une façon générale, guerres pour défendre "la liberté",

"la démocratie", "les peuples", le Bien...

Comprendre : pour protéger les grands intérêts financiers

des puissances occidentales.

 

eva R-sistons

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 16:15
Article placé le 20 mar 2011, par Réseau Voltaire

 Les frappes françaises sur la Libye ne sont pas une opération française, mais une sous-traitance de l’opération Odyssey Dawn placée sous l’autorité de l’US AfriCom. Elles n’ont pas pour objet de secourir les populations civiles libyennes, mais elles prétextent de la situation pour ouvrir la voie au débarquement des forces états-uniennes sur le continent noir, observe Thierry Meyssan.

 

Ce sont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui ont proposé au Conseil de sécurité des Nations Unies le texte adopté en tant que résolution 1793, instituant une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye.

Cette initiative doit se comprendre de deux manières :

Premièrement, Barack Obama ne souhaitait pas endosser vis-à-vis de son opinion publique intérieure une troisième guerre dans le monde musulman, après celles dans lesquelles son pays est embourbé, en Afghanistan et en Irak. Washington a donc préféré déléguer cette opération à ses alliés.

Deuxièmement, Nicolas Sarkozy—qui représente les intérêts états-uniens partisans de la « relation spéciale » entre Londres et Washington— s’est efforcé prioritairement depuis le début de son mandat de rapprocher les défenses françaises et britanniques. Il y est parvenu avec les accords de défense du 2 novembre 2010 et trouve dans la crise libyenne l’occasion d’une action commune.

Avec le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, voté le 17 mars 2009 et acté au sommet de Strasbourg-Kehl, les 3-4 avril 2009, Nicolas Sarkozy a renoncé au principe d’une défense française indépendante.

Avec le Traité de Lisbonne, dont il revendique être l’un des principaux artisans, il avait déjà contraint l’Union européenne à renoncer à toute défense indépendante et à s’en remettre définitivement à l’OTAN.

Sa politique marque le triomphe, avec un demi-siècle de retard, du principe de la CED, jadis combattu par les gaullistes et les communistes.

Sous le prétexte de réaliser des économies d’échelle en période de crise, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont liquidé les derniers acquis du front nationaliste gaullo-communiste et signé deux traités.

Le premier prévoit une coopération accrue ainsi que le partage et la mutualisation de matériels et d’équipements, dont les porte-avions. Surtout, il institue une force expéditionnaire interarmées conjointe, mais non permanente, composée de 3 000 à 3 500 hommes, susceptible d’être déployée, avec préavis, pour des opérations militaires bilatérales de l’OTAN, de l’Union européenne ou des Nations Unies.

Le second initie des projets industriels et de recherche-développement. Surtout, il prévoit la mise en commun de technologies en matière d’essais nucléaires en laboratoire. Ce qui implique que la force de dissuasion nucléaire française ne sera plus indépendante —tandis que la force de dissuasion britannique est sous contrôle états-unien—.

Pour concrétiser la force expéditionnaire franco-britannique, les ministres compétents des deux pays, Liam Fox et Alain Juppé (ministre de la Défense du 14 novembre 2010 au 27 février 2011) ont planifié un vaste exercice aérien commun qui devait se dérouler du 21 au 25 mars 2011, sous la dénomination Southern Mistral.


 

 

Il devait comporter « des missions aériennes de type COMAO (Composite Air Operations) et un raid spécifique (Southern Storm) en vue de délivrer une frappe conventionnelle à très longue distance. Plus de 500 personnes seront mobilisées pour cet exercice bilatéral », indique le site internet dédié édité par le Commandement de la Défense aérienne et des Opérations aériennes, « Southern Mistral ».

« Six avions Tornado GR4, un ravitailleur Vickers VC-10 et un Boeing E3D seront mobilisés aux cotés des Mirage 2000D, 2000N et 2000C de l’Armée de l’air française qui engagera une trentaine d’aéronefs incluant hélicoptères, Boeings ravitailleurs et avions radar Awacs (…)

Simultanément, le Commando Parachutiste Air 20 (CPA20) accueillera à Dijon un de ses homologues britanniques, le RAF Regiment et s’entrainera à la mission de protection des bases aériennes en théâtre opérationnel telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée en Afghanistan.

Par ailleurs, des membres du RAF Regiment seront entraînés à la pratique des mesures de sécurité aérienne à partir d’hélicoptères. Ces procédures particulières sont appliquées au quotidien par les hélicoptères « sûreté aérienne » de l’armée de l’air afin de pouvoir intervenir contre les aéronefs se déplaçant à faible vitesse », poursuit le communiqué officiel.

Cet exercice devait être dirigé par les généraux Desclaux et de Longvilliers (France), l’air marshall Garwood et l’air commodore Maas (Royaume-Uni).

Hasard ou préméditation ? Quoi qu’il en soit, c’est une opération réelle et non un exercice qui a été lancée le 19 mars 2011 en application de la résolution 1793 du Conseil de sécurité. Seuls la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis y ont participé le premier jour. En attendant la participation d’autres Etats membres de l’OTAN et la constitution d’un commandement de coalition, toutes les opérations —y compris françaises— sont coordonnées depuis l’AfriCom, basé à Stuttgart (Allemagne) par le général états-unien Carter Ham. Les forces navales —y compris les bâtiments italiens et canadiens qui rejoignent la zone— et le commandement tactique sont placés sous l’autorité de l’amiral états-unien Samuel J. Locklear, embarqué sur l’USS Mount Whitney. Tout cela conformément à la planification préalable de l’OTAN [1].On est donc bien loin du bla-bla officiel sur l’initiative française, mais dans la logique décrite plus haut de vassalisation des forces.

Le volet français de l’opération a été dénommé Harmattan, mot qui désigne ce « Mistral du Sud » qui balaye l’Afrique occidentale.

Le volet britannique s’appelle Operation Ellamy.

Mais le volet US est dénommée Odyssey Dawn, afin que chacun comprenne qu’il marque l’aube d’une odyssée états-unienne en Afrique [2]. Il importe ici de noter que, contrairement aux discours lénifiants et mensongers des leaders atlantistes, la résolution 1793 est rédigée en termes si flous qu’elle peut autoriser le débarquement de troupes coloniales en Libye. En effet, l’interdiction « déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen » ne s’applique pas à la création de la zone d’exclusion aérienne, mais uniquement aux opérations de protection civile (§ 4). Ce point a été soulevé par les ambassadeurs de Russie et de Chine au Conseil de sécurité et n’a pas trouvé de réponse, en conséquence de quoi, ils se sont abstenus durant le vote [3]



 

Pour ce premier jour de l’Harmattan, les forces françaises ont déployé les appareils qui devaient être utilisés dans l’exercice Southern Mistral ainsi que deux frégates anti-aériennes et de défense aérienne (le Jean Bart et le Forbin) positionnées au large de la Libye. Elles auraient détruit quatre blindés. De leur côté, les forces anglo-saxonnes ont utilisé un sous-marin britannique de la classe Trafalgar et onze bâtiments états-uniens —dont deux destroyers (le Stout et le Barry) et trois sous-marins (le Providence, le Florida, et le Scranton)— pour tirer 110 missiles guidés Tomahawk.

Cette opération militaire pourrait durer si les forces libyennes opposent une résistance. Quoi qu’il en soit, la logique adoptée devrait conduire à la situation qui avait prévalu en Irak entre Tempête du désert et Iraqi Freedom : une partition de facto du pays entre loyalistes et rebelles.


Thierry Meyssan, pour le Réseau Voltaire

 

Notes :


[1] « Press conference by Anders Fogh Rasmussen on Libya », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[2] Sur la manipulation de la crise libyenne et les intentions US en Afrique, lire : « Proche-Orient : la contre-révolution d’Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mars 2011.

[3] « Résolution 1973 » (avec le texte des débats), Réseau Voltaire, 17 mars 2011.

 

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Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine

 

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