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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 04:37
(wikimedia commons)

 

 

L'économiste Jacques Sapir s'insurge contre la volonté d'Hervé Morin de sanctionner le général Desportes pour sa tribune publiée dans Le Monde sur la stratégie américaine en Afghanistan.

 

Morin sanctionne Desportes: " Sois pro-Américain, ou tais-toi !"

 

Une dépêche d’agence nous apprenait tard dans la soirée de vendredi que le ministre de la Défense avait engagé une procédure disciplinaire contre le général Vincent Desportes, responsable du CID (le Collège Interarmées de Défense ou ancienne « École de Guerre ») pour sa tribune libre publiée dans un quotidien du soir sur la stratégie suivie en Afghanistan.

 

Le général Desportes ne prenait pas position sur la guerre elle-même ni sur les buts de guerre, qu’il soutient. Il ne prenait pas position sur la stratégie française non plus. Il questionnait la stratégie américaine, ou plus exactement son ambivalence qui aboutit à une absence. Il ne faisait que remarquer, et souligner, les hésitations du président Obama. Les positions affirmées dans cette tribune ne font que traduire le sentiment d’une très large partie de l’Armée.

 

On peut penser ce que l’on veut de la tribune du général Desportes. Reconnaissons lui le mérite insigne d’ouvrir un débat qui est plus que nécessaire au vu de la tournure des opérations en Afghanistan. Il faut ici signaler qu’il est dans la vocation même du CID de mener de tels débats. Le  général Desportes était dans sa mission et dans son droit quand il a écrit cette tribune, qui était légitime.

La décision du ministre de la Défense est inique. Elle est aussi scandaleuse et stupide.

Elle est scandaleuse parce qu’elle revient à sanctionner l’un des plus brillants cerveaux de l’Armée française non pas pour avoir critiqué ses autorités politiques mais celles d’un autre pays. Il faut noter qu’aux Etats-Unis ce type d’article, de la part d’officiers d’active, est monnaie courante. Va-t-on alors se donner le ridicule de sanctionner en France ce qui est passé dans les mœurs outre-atlantique ? Ira-t-on jusqu’au comble du ridicule en sanctionnant un officier supérieur non pour avoir critiqué sa propre hiérarchie mais celle d’un autre pays ?

Quand le général Petraeus qualifie de très sérieuse la situation en Afghanistan, ne critique-t-il pas, lui aussi, du moins implicitement, la stratégie qui a été menée depuis des années ?

Le général Desportes n’est pas un factieux, mais un homme qui fait ce pourquoi il a été nommé à son poste. Venir le lui reprocher aujourd’hui serait donc un scandale.

Au-delà c’est une action d’une profonde et insigne stupidité. Un débat sur la stratégie de l’Otan en Afghanistan est à l’évidence nécessaire. Peut-être convient-il de le rappeler à certaines personnes, mais dans ce pays des femmes et des hommes meurent chaque jour, les uns civils, victimes d’attentats, de représailles ou des tirs fratricides, et les autres militaires, dans des embuscades, tués ou mutilés par des mines et des engins piégés. Ces morts et ces souffrances sont peut-être nécessaires, mais il faut dire à ce moment pourquoi et définir la meilleure possible des stratégies applicables. La guerre n’est jamais un jeu dans lequel on engage une nation impunément.

 

Aujourd’hui, avec la montée des pertes militaires, mais aussi des pertes civiles qu’impliquent les bombardements de l’Otan, il est clair que la stratégie élaborée à Washington ne fonctionne pas. Toute tentative pour réprimer et supprimer le débat sur ces questions ne peut que nous enfermer dans une stratégie perdante. Le comportement de bunker que les mesures contre le Général Desportes révèlent nous renvoient à ce vieil aphorisme militaire « dans le béton les plus cons ! ».

En fait, ces mesures posent un autre problème. Peut-on en France critiquer les États-Unis depuis que nous avons réintégré l’organisation intégrée militaire de l’Otan ? Si telle était la raison cachée des mesures visant le Général Desportes, et avant lui d’autres officiers supérieurs moins connus, alors cela signifierait que notre alignement n’est autre qu’un asservissement.

La sanction dont le général Vincent Desportes est menacée est donc porteuse d’un problème grave pour le fonctionnement de notre démocratie. Elle témoigne de la déliquescence de ce gouvernement.

http://www.marianne2.fr/Morin-sanctionne-Desportes-Sois-pro-americain-ou-tais-toi-!_a194919.html
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18 septembre 2010 6 18 /09 /2010 12:57

A 57 ans, le général Vincent Desportes savoure les joies de la retraite depuis le 1er septembre. Soulagement pour cet officier, sanctionné d'une ministérielle réprimande cet été, après avoir dit un peu trop fort quelques vérités sur l'Afghanistan : guerre ingagnable, mais pas encore perdue… Entretien à Parlons Net, le club de la presse internet de France Info, en partenariat avec Rue89.

Il y a quelques semaines, il était encore le très dynamique patron du Collège interarmées de défense (CID). L'ex-Ecole de guerre forme depuis des décennies l'élite guerrière de la nation. Sans oublier une poignée d'officiers étrangers.

« L'important, c'est de gagner la paix en Afghanistan »

Début juillet, le général Desportes exprimait dans Le Monde un point de vue iconoclaste sur l'engagement français en Afghanistan. Des propos crus, fermes et très réalistes pour les observateurs de la vie militaire. Une vraie liberté de ton qui n'a pas plu aux politiques français.

Dans les mess, l'affaire Desportes a suscité une désapprobation ombrageuse. Brillant officier de l'arme blindée cavalerie, ayant passé plusieurs années aux Etats-Unis, Vincent Desportes est un intellectuel respecté des cercles militaires. Il a notamment dirigé le Centre de doctrine et d'emploi des forces. Il a aussi beaucoup fait écrire et publier ses stagiaires du CID.

Sur l'Afghanistan ? Son avis n'a pas changé :

« Gagner la guerre, ça n'a pas d'importance, l'important c'est de gagner la paix, parce qu'un jour, on partira. Le problème est de redéfinir des objectifs qui correspondent aux moyens que l'on peut consentir. » (Voir la vidéo)


« Ni la majorité, ni l'opposition » ne débattent de la guerre

Voué aux gémonies par le ministre de la Défense Hervé Morin -que l'on a connu plus chaud partisan de la pensée critique-, le général rebelle a finalement écopé d'une simple réprimande. Sanction légère, mais symbolique, le dernier officier général à être sanctionné pour un écart de langage remonte à la Seconde Guerre mondiale.

Pourquoi une telle réaction du pouvoir ? Avec le recul, Vincent Desportes y voit une conséquence de l'absence de débat public autour de ce conflit. Sans doute parce que les partis politiques n'y voient aucun enjeu intérieur :

« Je pense que le débat [sur l'Afghanistan, ndlr] est insuffisant. Pour des raisons politiques qui me dépassent, ni la majorité, ni l'opposition n'ont décidé de se saisir de ce sujet pour véritablement en débattre. »

Conclusion additionnelle :

« Pour des raisons historiques, le corps social des officiers français a progressivement perdu le droit à la parole… et l'envie aussi. Nous ne sommes pas du tout dans la même position que les militaires américains. » (Voir la vidéo)


« Si l'armée s'engage en banlieue, forcément il y a de la casse »

Dernier sujet de débat : la perspective de voir des troupes de l'armée française intervenir dans les banlieues pour rétablir l'ordre en cas d'émeute. Une hypothèse longuement évoquée dans un livre dont Rue89 reparlera bientôt.

Comme de nombreux militaires, le général Desportes n'y voit que des inconvénients. C'est à écouter dans la version intégrale de l'entretien de Parlons Net, à partir de la vingt-septième minute.

« L'Etat doit éviter cela le plus longtemps possible. Pour deux raisons : la force armée est l'ultima ratio de la nation et doit le rester. Si un gouvernement doit utiliser l'armée, c'est qu'il est acculé et c'est une preuve de faiblesse absolument époustouflante.

Et je ne peux pas penser qu'une nation comme la France n'ait pas d'autres solutions que d'utiliser son armée dans ce cas-là.

La deuxième raison, c'est que l'armée, c'est l'armée du peuple. Il n'y a pas d'armée qui soit efficace si elle n'a pas le soutien de la nation. Et donc, si l'armée s'engage dans les banlieues, forcément il y a de la casse, parce qu'on ne peut pas utiliser l'armée autrement qu'avec ses moyens.

Mais alors c'est une partie de la nation qui lutte contre une autre partie de la nation. On est dans quelque chose qui ressemble à une guerre civile et ça, ce n'est pas bien. Il faut éviter cela au maximum, mais on est très loin de ça en France… »

 

Rue89

 

 

http://changementclimatique.over-blog.com/article-le-general-desportes-le-debat-sur-l-afghanistan-est-insuffisant-57278042.html

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