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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 04:43
HOTO
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Kaboul comme Dien Bien Phu...

 

Opinion de René Cagnat

 

Kaboul comme Dien Bien Phu...

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*Le colonel (retraité) René Cagnat, 70 ans, est un spécialiste reconnu de l'Asie centrale, où il vit, à Bichkek (Kirghizstan). Il propose notamment des services pour la découverte de ces régions: son site est ici. Ancien attaché militaire en Urss et dans les pays de l'Est, René Cagnat a également servi à Berlin, au SGDN et à la DAS. Il a quitté le service actif en 1999. Docteur en sciences politiques, chercheur à l'IRIS, il est l'auteur de nombreux livres et articles. On lui doit notamment "la Rumeur des steppes" (Payot, 2001) dont une nouvelle version doit paraitre le mois prochain.


A la suite d'un séjour à Kaboul en 2008, il avait écrit cet article, qui n'avait alors connu qu'une diffusion confidentielle. Il y comparait la capitale afghane avec Dien Bien Phu. "une garnison assiégée que menacerait tôt ou tard le fanatisme et l’ostracisme des Afghans. J’avais alors été frappé, nous confie-t-il aujourd'hui, notamment à Kaboul, par la « promiscuité » dangereuse entre bases et banlieues proliférantes. Aujourd’hui, la situation est la même, mais les banlieues s’insurgent : la population afghane, révulsée par les bourdes à répétition des Américains, vomit littéralement les occupants étrangers. (...) Le printemps va être très difficile à vivre pour un corps expéditionnaire qui amorce à peine son repli. La guerre n’est pas encore perdue,mais elle n’a plus de sens! Avant que l’étau ne se resserre, il faut la terminer dignement mais vite, d’ici la fin d’année, par un rétablissement provisoire de nos unités en Afghanistan du nord et en Asie centrale."


A sa demande et alors que la situation se dégrade dans le pays, suite à l'affaire des Corans, nous publions cet article de 2008. Il n'a malheureusement rien perdu de son actualité.
Jean-Dominique Merchet
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"Une arrivée en avion à Kaboul remet en mémoire Dien-Bien-Phu. Les dimensions de la vallée, les contreforts qui la dominent, l’aéroport hérissé de défenses et jusqu’aux points d’appui adossés aux axes d’entrée, tout cela remémore la cuvette où nos soldats connurent, en 1954, le désastre et la gloire.


Mais la ressemblance ne s’arrête pas là. La capitale afghane, peuplée aujourd’hui de trois millions de quasi réfugiés, passe à l’état de siège : alors que les Taliban s’infiltrent dans la population, les routes d’accès se ferment. Les Etats-Unis et l’OTAN vont jusquà payer indirectement les insurgés pour obtenir l’approvisionnement terrestre de la garnison. (...) Notons que l’environnement populeux de Kaboul est mille fois plus dangereux que celui, agreste, de Dien-Bien-Phu : il permet d’installer des commandos auprès des points d’appui et fournit le terreau d’un fanatisme qui pourrait submerger les défenseurs.


Le peuple afghan, au fil de son histoire, a plusieurs fois illustré sa capacité à chasser les étrangers. Il est facile d’envahir l’Afghanistan, pays divisé dans lequel on peut toujours s’appuyer sur une faction. Mais le tenir est une autre affaire ! L’Afghan, en effet, et en particulier le Pachtoun, se caractérise par une xénophobie latente. Pour peu que le nouveau venu fasse preuve d’arrogance, pour peu qu’il n’appartienne pas à l’islam, et voici l’unité qui se reconstitue contre lui. Les Anglais qui ont essuyé en moins d’un siècle, de 1838 à 1921, trois échecs en s’aventurant en pays pachtoun, auraient dû s’en souvenir.
Mais non !


Quel Anglo-saxon revenu à Kaboul s’est rappelé le désastre infligé en 1842 aux 4500 hommes du premier corps expéditionnaire britannique ? Contraints de quitter la capitale afghane, ils ont disparu à l’exception d’un seul, le docteur Brydon. Aujourd’hui, comme en 1880, voici les mêmes Britanniques enlisés dans l’Helmand. Sait-on qu’alors, dans cette province même, au cours de la bataille de Maïvand, l’armée de Sa Majesté, face à des guerriers déchaînés, s’est débandée perdant 800 hommes sauvagement tués, tous ses canons et, même, ses deux étendards ? Les Afghans, il est vrai, avaient été fanatisés par une passionaria locale, Malalaï, qui leur répétait : « si tu reviens vivant de Maïvand, la honte sera sur toi ! ». En 1919, enfin, alors que l’émir Amanullah, ulcéré par les contrôles anglais sur sa politique étrangère, vient d’attaquer à l’improviste la garnison anglaise, Londres, déjà, se met à bombarder par avion le palais royal. Le monarque fait mine de céder, mais la maladresse anglo-saxonne laisse des traces profondes dans un peuple plus indomptable que jamais.


Il le montre de 1979 à 1989 contre les Soviétiques. Face à la montée des périls, ces derniers ont le mérite de réussir un repli avant que la nasse ne se referme sur eux. Cette nasse correspondait à un étranglement terrestre de la capitale par les résistants complété par l’utilisation de missiles anti-aériens stinger fournis par les occidentaux.
Puisse nos troupes de l’OTAN se retirer à temps ! Sinon, notamment à Kaboul, comment faire face à des foules fanatisées ? Aujourd’hui déjà, il y a pléthore de volontaires pour les attentats par kamikazes alors même que l’armement des Taliban s’améliore. Comme à l’état-major de Saïgon où prévalait le point de vue selon lequel le Viet-Minh ne pourrait installer son artillerie lourde autour de la cuvette, domine de nos jours à l’OTAN l’opinion que les insurgés ne pourront se procurer les missiles anti-aériens ou autres armements qui leur permettraient d’acquérir la supériorité. Or nombre d’ex-Soviétiques, humiliés naguère par les stinger remis aux mujjahidines, rêvent d’agir de même avec les révoltés. (...) Que deviendront les points d’appui isolés par les insurgés lorsque les hélicoptères menacés ne pourront plus assurer le ravitaillement ?


A quoi bon insister ? La guerre a été perdue dès novembre 2001. Le peuple afghan, révulsé par la dictature des Taliban, venait pourtant d’accueillir avec curiosité sinon bienveillance –hospitalité oblige- ces étrangers qui promettaient d’apporter le renouveau et la richesse. Hélas ! A peine les Américains étaient-ils arrivés qu’ils procédaient à des bombardements massifs.
Depuis, les Etats-Unis et, à leur remorque, l’OTAN, n’ont cessé d’accumuler les fautes graves. Ils n’ont pas lutté contre la culture du pavot qui finance de plus en plus l’insurrection. Ils n’ont pas établi un contact suffisant avec la population. Enfin, alors qu’ils avaient affaire à une société médiévale, ils ont promu un système démocratique inadapté, assorti d’un pouvoir fantoche : seule la famille royale, autour du roi Zaher Shah, avait l’aura et le savoir-faire nécessaires pour brider les seigneurs de la guerre et lutter contre la corruption.


Malgré l’aggravation de la situation, les Américains s’accrochent. Ils le font surtout parce que leurs bases dans la région leur offrent un pivot idéal pour prendre à revers aussi bien l’Iran ou la Chine que la Russie. Devant l’importance de l’enjeu, ne vaudrait-il pas mieux, au nom de l’efficacité, qu’ils se désengageassent, sinon des bases de Bagram et de Kandahar, du moins de Kaboul trop menacé ?


Ils retrouveraient ainsi une liberté de manœuvre leur permettant, entre autres, de mieux lutter contre la culture du pavot. Que les Russes et les Chinois – et, à travers eux, l’Organisation de coopération de Shanghaï - fussent alors obligés d’intervenir serait logique : l’insécurité afghane n’est-elle pas, d’abord, le problème des pays de la zone ?


Si les Américains persistent dans leur guerre, une question se pose, pour nous Français comme pour nos comparses de l’OTAN : comment tirer notre épingle d’un « très grand jeu » qui, pour l’instant, ne nous concerne pas (...) ?"
http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EFFpkAkkyyXcwCLNMp.shtml

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Published by eva r-sistons - dans Guerres passées
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  • Divorcée, père origine bordelaise, mère russe. Licenciée es-lettres modernes, diplômée Ecole de Journalisme. Journaliste-écrivain. Carrière: Presse écrite, radio, TV, et productrice d'émissions. Auteur de plusieurs ouvrages (Hachette etc)
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